TROUBLES PSYCHIQUES
(Cantaloube)
Un cultivateur de 45 ans fait une fièvre de Malte de deux mois de durée. Le jour où la fièvre tombe, le malade dit à sa femme: « Il me semble qu’à certains moments ma tête s’embrouille ». Le délire s’installe progressivement. Cependant, à mesure que la fin s’approche, décès en 18 jours, l’activité onirique s'éteint, la torpeur s'étend. Quand la mort arrive elle n’a devant elle, aux battements du cœur près, à la prespiration près, qu’un cadavre.
« Les trois ou quatre jours précédant la mort, le malade me reconnaît, alors qu’il a cessé de reconnaître son entourage. Je lui demande: « Qu’avez-vous fait hier? >» La réponse se fait chaque fois attendre davantage. L’indifférence se meut progressivement en torpeur. Il me répond: « Hier, je suis allé acheter une chèvre à Saint-Martial. Combien y a-t-il de kilomètres d’ici à Saint-Martial? — Il y a... » et il se borne-là ». (Cantaloube.) |
Cette activité polygonale évolue dans un sens de confusion. inentale, la désorientation se montre fréquemment. X... se croit logé chez des étrangers, ne reconnaît pas sa chambre, ses meubles. Il appelle sa femme: « Retournons chez nous, je m'embête ici ». |
Les intervalles de lucidité se retrécissent à mesure que la torpeur augmente et que le délire s’accroît. Indifférence morne, Mort.
Dole
} (Cantaloube)
X.., 42 ans, maquignon, présente, au cours d’une fièvre de Malte de cinq mois de durée, des troubles psychiques importants. |
Pendant une dizaine de jours, il répond à peine, ses traits expriment le détachement absolu, l’œil éteint voit, mais ne regarde pas. Je lui demande de s’asseoir, il m’a compris, mais paraît ne pas savoir comment on s’assied. Je lui tend les ‘ mains, sa femme le soutient et il s’assied.
Trois éléments se détachent nettement sur le psychisme de ce malade: la torpeur, le délire, l’amnésie.
La torpeur: allongé dans son lit, le malade ne bouge pas, semble figé. 11 ne parle pas, ses yeux n’expriment aucune attention, aucun sentiment. On lui présente une.tasse, il boit. On lui demande de tirer la langue, ïl la tire. Il exécute d’ailleurs ces divers mouvements avec hésitation et lenteur. Il paraît sortir constamment d’un sommeil profond. Les facultés supérieures sont EE Cest le délire.
Le délire. — Je dis à X..: « Comment vous trouvez-vous, aujourd’hui? » Il me répond, au bout d’un instant, d’une voix eunuchoïde: « Je vais très bien; j'irais à merveille sans cette imprudence. >» — « De quelle imprudence parlez-vous? » — < Hier, je suis allé voir des moutons à M.…, j'y suis allé de nuit pour ne pas déranger ma femme, cette course m'a éreinté ».
Un jour, s'adressant à un voisin qui s'inquiète de sa santé: « Regarde cet arbre (on distingue, en effet, par la fenêtre, un arbre sur la collinette). Ce matin, à 3 heures, j'étais là à l'affût ».
L’amnésie contemporaine du délire, lui, survit. Un jour, je fais appel à ses souvenirs: « Vous rappelez-vous ce qui s’est passé avant votre maladie? » — « Oui, très bien, sauf que Ia
semaine auparavant, ayant vendu des moutons, je ne sais plus où et à qui et si l’on me paya », etc.
De ce délire et de cette amnésie, je ne donne que ces exemples choisis entre cent.
(Cantaloube)
Z.., 19 ans, cultivateur, présente, au cours d’une fièvre de Malte particulièrement sévère, un syndrome confusionnel avec délire, désorientation, amnésie.
Un soir, il se met à crier: « Ouvrez-moi » et son visage dénote la terreur. On s’empresse de le calmer. Le malade regarde autour de lui étonné et sourit: « On m'avait enfermé dans le cimetière ». — « Qui t’avait enfermé? >» — « Je ne sais pas ». Lwi aussi voyage de-ci, de-là, en esprit du moins. Il raconte à son entourage qu’il revient de chez moi et que je lai autorisé à manger. Au milieu de la nuit, il appelle: « Venez vite, je suis perdu dans le Grand-Hubac (une gorge déserte à 2 kilomètres), j’ai peur ». Son père vient et le rassure. Le malade se calme et, s'adressant à son père, qu’il prend pour un étranger, il lui confie: « Ah! je suis bien heureux de mes parents (oncle et tante), mon père est un vaurien ». — « Merci, répond le père, tu es aimable ». — « Ah! c’est toi, je ne te reconnaissais pas ».
Z.., toutefois, n’est pas désorienté dans le temps, il ne l’est que lors de so entrée en convalescence. A ce moment, il répond mai pour février, alors que jusque-là il ne se trompait pas plus sur l’heure, que sur le jour, le mois, l’année: Il ne se rappelle plus alors à quelle date commença sa maladie, quel âge il a, etc. Il voit parfois des étrangers dans la chambre et prie ceux qui l'entourent d'ouvrir la fenêtre pour les laisser sortir.
La guérison s'affirme, cependant que le psychisme reste encore un certain temps en désarroi.
(Broc et Bonan) :
‘Un malade de 21 ans présente, au cours d’un état infectieux, avec hyperthermie apparente, reconnue être ultérieurement une mélitococcie, après une. période de prostration de auelques jours, un état d’agitation avec cris, mots incohérents. C’est du délire.
Du 27 mai au 3 juin, sans cesse jour et nuit, le malade, cn proie à une excitation extrême, pleure, crie, chante sans repos. À cette agitation s'ajoute un délire visuel et audiiif à type hallucinatoire.
Pendant huit jours, le malade refuse toute nourriture, chaque essai d'alimentation provoque une phase d’excitation de grande violence. Pour obtenir une sédation relative, on est obligé de recourir à des doses considérables d’hypnotiques.
Pendant les jours suivants, le malade est plus calme. Le délire survient à intervalles éloignés pour disparaître ensuite totalement.
Le malade guérit, garde une amnésie totale de toute la période délirante.
DES (Pedro À Nouvillas)
D... Ventura, 22 ans, domestique, rentre le 22 février 1930 à l’Asile. Nous ne savons rien, sinon qu’elle fut atteinte de fièvre et que, par la suite, elle devint folle. Son état de santé laisse à désirer. Etat fébrile à 38°, qui cède certains jours pour réapparaître les jours suivants.
Assoupissement, stupeur. La malade semble désorientée,
Elle n’est pas en relation avec le monde extérieur, ne répond presque pas. Angoissée. Négativisme; elle refuse de s’alimenter, ce qui oblige à utiliser la sonde.
Le séro-diagnostic de Wright est positif.
L'état décline progressivement et la malade succombe au dix-septième jour de son entrée à l’asile.
(Pedro À Nouvillas)
Raymonde, 23 ans, entre, le 15 novembre 1929, à l’Asile de
Navarre. Elle ne présente aucun signe objectif d'affection organique. Seul, un syndrome psychique occupe toute la scène clinique: gesticulations, manièrisme, rire sans motif, irritabilité, violences pour l'entourage, indocilité, négativisme. Dissociation de la pensée. Persévération. Pas d’hallucinations ni d'idées délirantes appréciables.
Diagnostic provisoire: schizophrénie.
Mais bientôt la malade s’adapte au régime de l'asile, devient docile, son irritabilité cesse.
Au début de janvier, elle se rend compte de sa situation et |
de sa maladie. Elle raconte qu’au mois d’août (date imprécise) elle resta deux mois avec de la fièvre et qu’on lui avait dit que c'était de la fièvre de Malte.
Mis sur la voie par ce récit, l’auteur découvre un séro de Wright positif. L'amélioration se poursuit. Trois mois après l’internement la malade sort absolument guérie.
| OBSERVATION 35 (H. Roger) Duf... Joseph, 56 ans, chaudronnier. À partir du mois de
Sn 1929, fait une imélitococcie avec SYIptoN atologie classique et séro-diagnostic de Wright positif. ;
Vingt jours après le début de la fièvre apparaissent des phénomènes délirants (inquiétude, agitation, loquacité) de quatre ou cinq jours de durée.
A.cette agitation succède une période de mutisme et de torpeur: il ne répond pas aux questions qui lui sont posées. Ji ne paraît pas véritablement obnubilé, mais plutôt indifférent. Quand une personne de sa connaissance vient de voir, il sourit mais ne parle pas. La nuit, il paraît plus absent et ne reconnaît pas toujours les personnes de son entourage. Il est calme, dort assez bien. On le fait manger.
Durant notre examen, il exécute correctement les quelques gestes élémentaires qu’on lui demande de faire, maïs son attention parait s’épuiser rapidement. Ce mutisme dure huit jours environ. Température aux environs de 38°.
Assez rapidement, le malade redevient psychiquement normal. Guérison complète de sa mélitococcie en trois mois.
è OBSERVATION 36
(H. Roger)
Fernande C.., 22 ans, est atteinte, en octobre 1929, d’une fièvre ondulante. A la convalescence, elle fait une affection pleuro-pulmonaire avec hémoptysie. Après cet épisode, elle présente d’abord des troubles du caractère, à type mélancolique, puis un état stuporeux. avec mutisme et léger négativisme.
A l'entrée à la clinique neurologique, la malade ne parle plus depuis 24 heures, elle ne répond à aucune question, elle reste inerte et passive, le regard vague. On arrive avec peine à lui faire sortir à demi la langue, à faire diriger son regard, à lui faire tenir une main en l’air. Elle se laisse examiner assez facilement la tête et les membres supérieurs, mais celle se défend avec violence et retient les couvertures avec force quand on veut la découvrir pour examiner ses membres inférieurs et son abdomen. A d’autres moments elle oppose un
re certain négativisme, refusant de s’allonger après qu'on à obtenu qu’elle soit assise. W£ Ces troubles psychiques durent environ trois mois. Puis ils s’améliorent assez rapidement, mais l’état subfrébrile, es irrégulier jusqu'ici, se transforme en une fièvre He d’abord rémittente, puis intermittente, pendant que s’installent les lésions pulmonaires et intestinales (hémorragies intestinales) qui emportent la malade au bout de plusieurs mois.
SYNDROME ENCEPHALO-MENINGE
(H. Roger)
Erb.….., 37 ans. Fièvre de Malte, d’une durée de quatre mois.
Trois mois après sa terminaison clinique, début du syndrome suivant:
1° Crises d’hémipuresthésies, droites ou gauches, avec aysarthrie, accompagnées de nausées, suivies d’hémicranie occipitale, d'angoisse, d’abattement; s
2° Asthénie et amaigrissement progressif (la température n’est pas notée);
3° Diminution progressive de l’ouie à gauche.
Au bout de deux ans et demi on ne note aucun signe neurologique objectif.
Ultérieurement s'installent, en outre, des symptômes déjà décrits qui subsistent, des troubles de l’équilibre, du tremblement.
Liquide céphalo-rachidien incolore, lymphocytose de 280, hyperalbuminose de 8 gr. 10.
Séro-diagnostic de Wright négatif. É
Terminaison un an plus tard, après paraplégie et troubles mentaux intermittents, par exitus.
(H. Roger)
Co.., 26 ans. Fièvre de Malte d’une durée de quatre mois.
Quatre ans après: 1° asthénie, somnolence ;
2° Céphalée, diplopie;
3° Troubles de léquilibre;
4° Crises d’hémiparesthésie droites avec aphasie, avec hémianesthésie constatée une fois ;
95° Diminution bilatérale de l’ouïe (température non notée).
A l'examen: hémisyndrome cérébelleux gauche discret ; signe de Babinski bilatéral, absence de signes méningés.
Liquide céphalo-rachidien: 2 éléments cellulaires, hyperalbuminose de 3 gr. 20. ;
Séro-diagnostic de Wright non pratiqué. |
Evolution ultérieure vers la guérison.
(H. Roger)
* Cor, 51 ans. Fièvre de Malte d’une durée de quatre mois.
Dix-neuf mois après la terminaison apparente:
1° Crises d’aphasie transitoire et d’'hémiparesthésies droites marquant le début d’une poussée fébrile;
2° Céphalée frontale légère;
8° Surdité bilatérale;
4° Tremblement (?).
Examen complètement négatif.
Pas de ponction lombaire; séro-diagnostic de Wright non pratiqué.
Evolution ultérieure vers la guérison.
- (H. Roger)
Ri.. 22 ans. Fièvre de Malte d’une durée de 12 mois (laissant persister quelques vertiges et un peu de diminution de l’ouie)..
Douze mois après la terminaison clinique:
1° Crises: de. paresthésies. droite ou gauche avec troubles visuels, hémicranie, vomissements;
2° Surdité: labyrinthique bilatérale;
3° Asthénie; somnolence. Température non mentionnée.
Examen: complètement négatif, sauf signe de Babinski gauche; pas de symptôme méningé.
Liquide céphalo-rachidien: Iymphoeytose à 450, hyperalbuminose de 1 gr. 20. Séro-diagnostic de Wright négatif.
Guérison ultérieure (sauf la surdité) par traitement spéci-
fique: hémophylaxine antimélitococcique.
(H. Roger)