MORTE
faut ineriminer ? Aucune démonstration définitive n’est venue répondre à ces questions.
La seconde hypothèse, celle qui invoque l'hétérointoxication donnerait une explication plus définitive des faits. Un microbe pénètre dans l'organisme, par une porte d'entrée quelconque, il y pullule, y secrète une toxine convulsivante : celle-e1 agissant sur un‘individu que sa prédisposition héréditaire nerveuse rend encore plus vulnérable dans ce sens, pourrait déterminer les accidents de l'épilepsie.
Faudrait-il s'étonner outre mesure, d'une semblable théorie ? Nous ne le pensons pas. Si nots regardons en arrière, ne Voyons-nous pas, par exemple, qu'à une époque encore peu reculée, le tétanos était considéré comme une névrose pure. Et pourtant aujourd'hui, il n'est peut être pas de maladie, dont l'origine microbienne, infectieuse soit démontrée d’une façon plus indubitable. Le bacille de Nicolaïew reste localisé dans la plaie qui lui a servi de porte d'entrée, il sécrète un produit toxique, le poison télanique, qui, imprégnant l'organisme, est la” cause de cette terrible maladie. C'estaprès la démonstration de celte origine du tétanos, que plusieurs auteurs, en particulier M. Tuffier, ont pu proposer une nouvelle méthode de traitement qui paraît plus rationnelle : les saignées répétées suivies d’injections intra-veineuses de sérum artificiel.
L'éclampsie puerpuérale, qui est voisine de l’état de mal épileptique, tant par la forme de ses symptômes que par leur évolution et leur gravité extrême, ne tend-elle pas aussi à prendre sa place parmi les maladies infectieu-
ses microbiennes ? Déjà Depaul semblait nettement se rattacher à l’idée d'une altération du sang comme cause de cette maladie ; puis Delore (1) (de Lyon) invoqua franchement la théorie microbienne, Doléris (2), Bar, Tarnier et Chambrelent (3), Neumann (4) (de Berlin), ont trouvé des microbes dans l'urine. Emile Blane (5) en trouve dans le sang et dans l'urine, Favre (6) décrit un « micrococcus eclampsiæ », Comberale et V. Bué (7) ont conclu d'une série d'expériences que l’éclampsie était due aux staphylocoques « aureus » et surtout « albus », dont ils ont conslaté la présence dans le sang : pour eux, les toxi- nes de ces microbes possèderaient, au moins dans certaines conditions, un pouvoir Convulsivant.
Hergott (8) (de Nancy, dans une intéressante revue
(EH) Delore. — De l'infection dans l’éclampsie. Congrès de Blois 1884. (Compte rendu de la séance du 12 août).
(2, Doléris. — L'’urine des éclamptiques au point de vue bactériologique. Soc. de Biol. (Compte rendu des séances de février 1883, avril 1885, janvier 1886).
(3) Tarnier et Chhambrelent. — Bactériologie de l’urine des éclamptiques.Soc. de Biol. (Compte rendu de la séance! lu 30 juin 1892).
(4) Neumann. — Les microbes de l’urine des éclamptiques. (Compte rendu de la séance de la Soc. Méd. de Berlin. Janvier 1892).
(5) Blanc. — Staphylocoques dans le sang et les urines des éclamptiques. Cité par Hergott in Gaz. hebdomad. de médecine et de chirurgie. 11 mars 1893.
(6) Favre. — Micrococcus éclampsiæ. Gaz. hebdomad. de méd. et de chirurgie. Mai 1891.
(7) Comiberale et V. Bué. — De la présence des staphylocoques.
«aureus » et (Çalbus » dans le sang des éclamptiques. Soc. de Biol. (Compte rendu de séance mars 1891;.
(8) Hergott. — Staphylocoques dans le sang et les urines des. éclamptiques. In Gaz. hebdomad. de méd. et chir. 11 mars 1893.
générale, admet deux ordres de causes à l’éclampsie : 4° l’auto-intoxication ; 2° l’hétérointoxicalion, due au toxines des staphylocoques.
Dans le mémoire de J. Voisin et R. Petit, la théorie microbienne est aussi invoquée pour l’épilepsie, et ces auteurs arrivent à des conclusions très voisines de celles que formulait Hergott pour l’éclampsie. D'ailleurs, pendant notre séjour à la Salpêtrière, nous avons pu voir les cultures que J. Voisin et R. Petit ont faites, avec le sang des épileptiques, et nous assurer maintes fois de la présence des staphylocoques doré et surtout blanc dans le sang d’épileptiques du service. Chez la malade qui est l'objet de l'observation I de ce travail, nous avons vu faire des prises de sang et des cultures avec succès, de même chez un certain nombre d’autres, dont les examens sont relalés in extenso dans le mémoire que nous citons plus haut.
Cette théorie de l’intoxication que nous voulons défendre ici est encore appuyée sur des recherches faites sur ies urines qui, comme nous le verrons à l'instant, sont hypotoxiques avant et pendant les accès, et deviennent hypertox'ques ensuite. Il semble done que la fin des accès ou des séries d’accès soit liée à l'élimination des toxines par les urines.
Nous croyons par conséquent, que dans la grande majorité des cas, l’épilepsie générale est le résultat d'une intoxication agissant sur un organisme prédisposé À réagir par des convulsions. Ce poison pourrait être formé de toutes pièces dans l'organisme (auto-intoxication), ou être secrété sous forme de toxines par un microbe, le staphy-