III. — Parasitisme microbien latent
Tous les auteurs sont unanimes à admettre que, entre les diverses atteintes, le streptocoque vit en parasite dans organisme, attendant une occasion favorable de produire une nouvelle poussée aiguë. Mais il reste le problème de son habitat que nous allons étudier en détail.
La solution est bien simple quand la présence du streptocoque a produit déjà des effets pathogènes, teis, par exemple, que l'entretien d’une fistule purulente, ainsi qu'on le trouve rapporté dans nombre d’observations. Dans ce cas, le point de départ constant de l’érysipèle consiste en une fistule consécutive à une plaie, un abcès dans le pus duquel on retrouve un streptocoque souvent peu virulent (Achalme). Verneuil cite un certain nombre de cas se rapportant à des fistules à l’anus ou à des suppurations osseuses entretenues par la présence d’un séquestre. Les observations recueillies par Achalme ont surtout trait à des plaies par armes à feu où à des dacryo-cystites chroniques.
« Cette dernière maladie est presque toujours liée à la « présence d’un streptocoque d’une virulence faible, qui, € par son exallation, peut donner lieu aux érysipèles fré- « quents qui compliquent cette maladie (Achalme) ».
Mais l’origine externe du germe ne peut expliquer tous
les cas d’érysipèles à répétition. Et d’abord les faits sont
es
fréquents qui établissent une naturelle transition entré les cas d’origine interne et ceux d’origine externe. Ce sont ceux où une fisiule, point de départ d’érysipèles répétés, se cicatrise, sans que les érysipèles cessent de récidiver au niveau de la cicatrice. Un fait de ce genre est rapporté par Achalme. IT s’agissait d’un vieux capitaine blessé à lépaule d’un coup de feu ; depuis il avait eu onze érysipèles qui avaient toujours eu pour point de départ un peüt trajet fistuleux ayant persisté après la guérison de la blessure. Lorsqu'Achalme la vu pour la première fois, il venait de se faire soigner de sa deuxième atteinte. Son derme et le pus de sa fisiule contenaient un streptocoque de virulence semblable et provoquant l’érysipèle par inoculation à l'oreille d’un lapin. Cherchant à atteindre le mal dans sa cause, il injecta pendant une quinzaine de jours une soluiion de chlorure de zinc dans la fistule, qui au bout d’un mois était complètement cicatrisée. Il l’a revu au bout de deux ans atteint de son troisième érysipèle. Sa cicatrice n’était nullement rompue et son tégument externe ne présentait pas la moindre porte d'entrée.
Nous sommes donc autorisé à croire que le streptocoque avait été enfermé au-dessous de la cicatrice et que d’externe l’origine de son érysipèle était devenue interne.
Pour prouver la latence des germes dans l’organisme, Vasfi relate dans sa thèse un ceriain nombre de constatations qu'il a faites sur les urines des érysipélateux. Il établit que chez tous les malades atteints d’érysipèle la toxicité urinaire est inférieure à la normale et que cette
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hypotoxicité s’accompagne d’elbum'aur.e. Il établit deux
grandes cafégoriés de malades. « Dans la première qui
comprend les érysipèles ordinaires se manifestant par une seule attaque, l’hypotoxicité et l’albuminurie accompagnent la fièvre ; quand celle-ci tombe, l'albuminurie disparaît et l’hypotoxicité fait place à l’hypertoxicité. Cette hypertoxicité persiste pendant plusieurs jours ; nous l’avons observé du cinquième au vingtcinquième jour de la maladie. En même temps on consfate la présence de streptocoques dans lesurines. Dans la deuxième catégorie, comprenant les érysipèles à répétition, la chute de la fièvre et la disparition de Palbumine n’amènent pas l’hypertoxicité des urines ; Phypotoxicité persiste sinon toujours du moins pendant longtemps, et nous avons pu la constater pendant près de deux mois. Chez ces malades, pas d’état pathologique manifeste, pas de signes d’intoxication. Leur santé est florissante, ils mangent avec appétit, leur poids augmente, en même temps que persiste lhypotoxicité des urines. Le streptocoque n’a été trouvé dans les urines ni pendant ni après la maladie. Les urines des malades de la première catégorie n’immunisent pas les lapins pendant la période d’hypotoxicité ; lors de l’hypertoxicité au contraire, une injection intra-veineuse d’une petite quantité d'urine produit l’immunité.
« Les urines des malades de la seconde catégorie, toujours hypotoxiques, ne sont jamais immunisantes, ni à la période d’état ni pendant la convalescence. La rétention des toxines streptococciennes et la rétention si-
multanée des toxines normalement fabriquées par lor-
Co « ganisme est indiscutable, C’est ainsi que se passent les « choses chez les malades atteints d'affection érysipéla- « leuse à forme récidivante. Mais comment se produit « cette rétention? Le microbe, dit-on, introduit dans l’or- « qanisme, passe tout de suite à l’état latent et ne pro- « duit plus de toxines. Mais l’hypotoxicité urinaire démon- « tre que les déchets normaux de l'organisme ne sont « plus éliminés, du moins par les reins. Ces produits « prennent-ils la voie pulmonaire, la voie cu'anée, sur- « Lout à chaque nouvel accès d’érysipèle ? Cette hypothèse « peut être plausible, elle ne saurait être exacte. Pour « nous, il est certain que le microbe qui a une fois habité « l'organisme, ou qui continue à l’habiter, produit des « troubles profonds qui sont la cause de cette réten- « tion ».
Le streptocoque peut donc, lorsque rien ne sollicite sa vitalité et sa puissance prolifératrice, vivre à l’état latent dans l’organisme. Dans le cas d’érysipèle spontané de la face à répétition, c’est dans la muqueuse des voies aériennes supérieures qu'il demeure en permanence. Il est pharyngicole, auricole, nasicole, suivant l'expression de Verneuil. Il nous semble que l’on peut restreindre encore son habitat le plus habituel ; il serait surtout pharyngicole. Les observations que nous publions montrent que le point de départ a toujours été le cavum pharyngé. Nous allons essayer d'expliquer ces faits. Pour cela, nous exposerons d’abord qu’elles sont les conditions qui font qu'un saprophyte vulgaire peut devenir subitement virulent, puis nous verrons si ces conditions ne sont pas pré-
cisément réalisées chez les angiueux et les adénoïdiens,
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