CHAPITRE IV
Observations.
OBSERVATION I (Lavrand).
En 1887, nous avons eu occasion d'observer un cas d’érysipèle de la face avec gonflement du nez et, quelques heures après, apparition de la rougeur sur la joue ; c'était le 20 mai 1887, Or, la veille au matin, nous avions trouvé la malade très souffrante. Depuis le 18 au soir, l'oreille droite était douloureuse. Le tympan est rouge, épais, tuméfié. La malade était traitée pour une ulcération syphilitique du pharynx.
Nous avions donc une otite érysipélateuse et un érysipèle de la face consécutifs à une lésion pharyngée.
Quelques semaines après, deuxième érysipèle de la face avec sécheresse du nez avant l’apparition de la rougeur extérieure.
Les lésions du naso-pharynx n'étaient pas encore guéries.
OBSERVATION II (Lavrand).
Constance D.., 40 ans, a eu un érysipèle de la face il y a 4 ans. Cette femme a souvent des angines. Le 22 mai 1889, elle
entre à l’hôpital pour un érysipèle de la face.
Gauthier
OBSERVATION III (Lavrand).
Angèle N..., 55 ans, érysipèle de la face qui à commencé par
une angine.
OBSERVATION [IV (Lavrand).
S... Marie, 26 ans, est entrée le {er février 1888, dans le service de M. le professeur Desplats, pour un érysipèle de la face. L’affection a débuté, le 30 janvier, par un frisson. Le 31, au matin, après une nuit assez bonne, la malade s'aperçoit qu’un érysipèle, partant du point lacrymal droit, à envahi ja joue de ce côté.
A son entrée, presque toute la moitié droite de la face, l’oreille et le cuir chevelu sont pris. Le 2, il gagne encore. T. 40°. La desquamation commence le 4 sur la face, mais l’exanthème continue à s'étendre sur le cuir chevelu. La convalescence ne commence que le 4. L'oreills moyenne n'a pas été intéressée.
Cette femme était enceinte de 7 mois ; elle sort guérie sans que la grossesse ait été impressionnée apparemment.
On ne peut songer ici à incriminer les règles. Or, il s’agit bien d’érysipèle à répétition, car celui que nous décrivons est le trentième.
Le premier est apparu à 13 ans et, depuis lors, il en est survenu 5 à 6 par an, à des époques irrégulières. L'affection se montrait généralement bénigne ; trois ou quatre fois seulement
elle à présenté un caractère grave.
Notons que les règles n’ont apparu qu’à l’âge de 18 ans. D’ail-
leurs, aucune coïnsidnece entre l’érysipèle et la menstruation.
L'exanthème a toujours débuté de la même manière, c’est-àdire est sorti du nez chaque fois.
Depius son enfance la voix s’enroue facilement ; dans le pha- rynx, la malade éprouve souvent de la gêne, des picotements. L'examen local a été pratiqué le 20 février, puis le 15 mars, pour observer un organe bien guéri des lésions érysipélateuses:; nous avons chaque fois constaté ce qui suit :
Un peu d’hypertrophie de la muqueuse des cornets, catarrhe du pharynx nasal avec muqueuse épaissie, rouge, glandules Saillantes par places. Au niveau de la bourse de Luschka, on observe qu’il exisle des croûtes au-dessous desquelles la muqueuse est granuleuse, friable, saignant facilement. Assez souvent, le matin, le cavum est rempli de mucosités adhérentes, visqueuses ; à la suite des efforts pour les enlever, la malade crache un peu de sang.
Donc chez cette malade il y a catarrhe rétro-nasal ; la muqueuse est friable, présente souvent des érosions, témoins les filets de sang. On peur donc admettre que par ces brèches épithéliales le streptocoque de l’érysipèle pénètre facilement dans la muqueuse et l'affection se confirme quand la virulence du microbe est accrue ou quand la résistance du sujet diminue, c'est à-dire quand la réceptivité augmente.
Evidemment chez notre malade, la seule voie de pénétration apparente, la seule porte d'entrée se trouve dans le pharynx nasal au voisinage de la bourse de Luschka.
Malheureusement nous avons perdu la malade de vue et
: j is du nous n'avons pu vérifier notre conception par le résultat
traitement.
pos
OBSERVATION V (Lavrand).
A... D.., 15 ans, nous est envoyé le 15 décembre 1888 par le professeur Dujardin, à qui on l’avait adressé pour un œdème des paupières, croyant à une lésion oculaire, En l’absence d’affection de l’appareil visuel, nous examinons ce malade. Nous constatons un œdème chronique des. paupières considérable portant plutôt sur les paupières inférieures ; celles-ci sont dures au toucher.
La bouche est habituellement ouverte ; dans le pharynx nasalil y a des végétations adénoïdes remplissant le cavum comme le faciès le fait soupconner ; le voile est très épais. Rien de particulier dans le pharynx buccal, ni aux amygdales.
Dans les fosses nasales on constate unechypertrophie marquée de la muqueuse des cornets inférieurs sans lésion autre de la muqueuse.
Ce jeune garçon est atteint de tuméfaction des paupières depuis trois ans, c’est-à-dire depuis le commencement d'une série d’érysipèles de la face. En effet, durant ces trois dernières années, deux ou trois fois chaque mois, un érysipèle apparaissait d'üne manière assez régulière. Lors de chaque poussée, après quelques heures de malaise général et de gêne plus grande de la respiration par la voie naso-pharyngée, le patient accusait une sensibilité particulière au niveau de l’un des points lacrymaux : bientôt on voyait la rougeur et le gonflement érysipélateux se dessiner,
Le traitement institué a consisté au début en irrigations nasales et pharyngéés, en gargarismes et à l’intérieur huile de foie
de morue.