‹ Contribution à l'étude de la Pathogénie et du traitement des états psychoneurasthéniquesChapitre 18 sur 33 · FIL DS · texte numérisé non relu

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définie. Elles répondent à une nécessité dont elles sont l'expression. Seulement, cette nécessité qui les détermine ne s'applique pas par un « jeu de motifs in- « tellectuels, mais s’appuie sur un état très spécial de « l’affectivité, qui, en dernière analyse, apparaît com- « me la conséquence d’un trauma affectif ancien, non « liquidé et qui joue ainsi le rôle du conflit ».

L’obsession normale qui trouve son expression la plus fréquente dans le phénomène du remord, va servir à pénétrer le mécanisme rudimentaire du phénomène. On sait combien le remord entraîne une sensation de dédoublement de la personnalité, notion comparable à la sensation de « corps étranger psychique > comme on a appelé l’obsession. Que se passet-il ? Une faute a été commise que le coupable regrette ; il la fuit par tous les moyens, il la repousse du moi, il la refoule, cherchant l’oubli. C’est une lutte sans merci, un conflit entre ce qui a été et ce que l'individu refuse d'admettre.

Lorsqu'on passe dans le domaine pathologique cette notion du conflit est plus difficile à mettre en évidence. Il devient nécessaire de se pénétrer de lidée de refoulement qui, si elle reste ici, comme ailleurs, un processus général de tout le psychisme, prend cependant une valeur exceptionnelle et s’effectue selon un mode très particulier. À côté du refoulement il sera nécessaire d’envisager l’existence d’un mode de pensée auquel Freud a donné le cours de « pensée compulsionnelle » et qui fait que l’obsession apparaît comme la formation d’un compromis entre les représentations refoulantes et refoulées. Ce refoulement

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est incomplet, partiel et porte sur les éléments représentatifs seuls, se bornant à arrêter le « souvenir pa- « thogène dans sa figure originelle, ainsi que le re- « proche qui en découle » (Freud). Mais il permet le passage d’un « substitut >» plus au moins modifié et qui n’est autre que ce compromis dont nous parlions. C’est la tendance issue du souvenir qui va se faire jour. Qu’elle soit en contradiction avec le moi du sujet ne saurait nous étonner, puisque celui-ci s’efforce de le maintenir refoulé. Mais puisqu’elle passe à demi, elle va tendre à prendre une place dans le psychisme.

Quelles sont donc les forces qui imposent le refoulement ? Nous touchons ici une des hypothèses fondamentales de l’œuvre freudienne : c’est l’antagonisme entre les impulsions instinctives primaires de la première phase sexuelle et la contre-pulsion frénatrice des parents et éducateurs, qui fait qu’il existe dans le « moi » de tous les êtres des centres de force distincts dont les premiers issus de pulsions instinctive constituent le « ça » (le « Es »}, les seconds, le surmoi (Uber-Ich) résultat de l’éducation.

Comme nous l'avons dit, le conflit initial n’est pas complètement refoulé dans l’inconscient. Il reste prêt à reparaître sans cesse et demande ainsi au sur-moi une répression constante. C’est pourquoi, ne pouvant passer dans la conscience sous sa forme réelle, il va prendre un déguisement, comme cela se passe dans le rêve. L'observation et l’analyse des faits montre que le contenu de l’obsession n’est jamais en rapport direct avec le traumatisme et le conflit causal. Il y a

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transposition affective, il s’agit d’un déplacement du conflit.

La généralisation, la répétition incessante de certains actes chez les obsédés doivent être considérés comme un moyen de défense. Tous les moyens plus ou moins symboliques, que ces malades emploient au cours de leurs « cérémoniaux de défense » ont pour but de retourner dans le passé et faire que l’acte n’aie pas lieu ou que la pensée n’aie pas été conçue.

Pénétrant encore plus profondément dans l’étude du problème de l’obsession, les psychanalystes envisagent sa signification. Le point de départ de leurs recherches, ïks le choisiront ‘encore dans l’obsession banale, périodique et fugitive que chacun peut avoir connue. Il ne saurait y avoir de différence de qualité entre elle et l’obsession pathologique, l’une et l’autre représentant le même phénomène psychique. Ce qui les sépare c’est avant tout une question de degré et une question de terrain psychologique. C’est de l’analyse de l’obsession-remord que va jaillir l’explication du phénomène morbide. Si on étudie le mécanisme du remord, on constate d’abord qu’en soi le remord est inutile, qu’il est même parfois nuisible à lindividu puisqu'il peut le conduire à se dénoncer, par conséquent à se livrer à un châtiment assuré. Il faut donc de graves raisons à ce comportement. C’est dans le degré moral de l'individu qu’il faudra les rechercher, ou ce qui revient au même, en termes psychanalytiques dans son « sur-moi ».

Mais, étant entendu qu’à l’origine se trouve un conflit intra-psychique,pourquoi le sujet le résoud-il sous

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forme d’obsession ? C’est qu’il s’agit, en somme de régler un différent et cela, il y a intérêt à le faire au moindre prix et finalement d°’ « endormir le sur-moi » en lui accordant le moins possible. On sait combien les manifestations extérieures des sentiments apparaissent à la majorité des hommes comme ces sentiments eux-mêmes. Nous nous leurrons inconsciemment et d'autant plus que nous sommes directement intéressés, car il s’agit de nous racheter. Les idées morales dont nous avons été imprégnés depuis notre enfance nous enseignent que l’on n’oublie que ce qui est expié. Le remord n'est-il pas précisément une expiation à bon marché ?

Lorsque l’on se transporte dans le domaine du pathologique, il devient indispensable de se pénétrer de la notion de l’inactualité du psychisme des névrosés, dans ce sens qu’ils conservent une affectivité qui n’est pas en harmonie avec leur vie actuelle. Des pulsions et des tendances qui devraient normalement être abolies ou sublimées, dominent leur activité, donnant à leurs réactions un caractère tout à fait frappant. L'analyse montre qu’à l’origine des troubles rencontrés dans les névroses, on trouve un conflit. Mais, alors que dans les cas de conflits normaux, conflits actuels, les réactions sont en relation directe avec le conflit, il n’en est plus de même quand reste seule la pulsion affective alors que les éléments représentatifs sont oubliés. Voilà, précisément, ce qui peut expliquer l’étrangeté des réactions. Elle est la conséquence de cette affectivité inactuelle.

Le psychisme des obsédés est avant tout caractérisé

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par la présence d'éléments affectifs anciens, inactuels, évoluant à côté du moi conscient et actuel et intervenant sur lui. C’est en somme la diminution de la « fonction du réel » de P. Janet.

Voilà, résumé à un point qui nous fait craindre de l’avoir déformée, l'interprétation psychanalytique de l’obsession. Si elle n’est point exempte de critique, il est loyal d’y reconnaître un louable essai que nous souhaitons fructueux. Nous aurons à revenir plus loin sur ce point en parlant de la psychanalyse en tant que traitement.

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