CAUSE DÉTERMINANTE
Comme partout ailleurs en psychiatrie, il y a lieu de distinguer dans la genèse et l’étiologie des états psychioneurasthéniques des causes prédisposantes, des causes déterminantes, occasionnelles ou encore accidentelles. Les malades ont eux-mêmes tendance à rendre responsables de leurs affections les événements qui précèdent d’une manière plus ou moins immédiate l’apparition de leurs troubles. Ils trouvent là une explication qui satisfait leur esprit et qui surtout n’y fait pas naître la crainte qu’ils nourrissent contre tout ce qui peut toucher de loin ou de près à lhérédité.
Si, aux yeux du médecin, ces causes immédiates invoquées par les malades apparaissent d’emblée d’une importance minime, voire nulle dans le rôle de l'éclosion des affections à manifestations purement physiques, l’observation clinique oblige à leur accorder une part autrement importante dans l’étiologie des névroses et des psycho-névroses. Certains auteurs, entre autres Maurice de Fleury, ont voulu y voir lunique responsable de la neurasthénie. Nous avons déjà eu l’occasion d’exposer ce point de vue.
À la vérité, il semble que l’apparition des états psychoneurasthéniques, nécessite le concours des deux facteurs : prédisposition d’une part, cause occa-
sionnelle d'autre part et cela dans une proportion variable qui obéirait à une sorte d'équilibre, l’importance de la cause prédisposante étant inversement proportionnelle à celle de la cause occasionnelle. On pourrait ainsi être amené à énoncer cette sorte de loi : à cause prédisposante forte, il suffira d’une cause accidentelle faible et vice versa pour engendrer l’état morbide.
Nous n'avons pas l'intention de nous étendre ici sur les facteurs héréditaires. Rappelons seulement que, sous le mot de prédisposition, nous comprenons non seulement l’idée de prédisposition héréditaire innée, mais aussi de prédisposition acquise. Cette notion est loin d’être sans importance pour des états tels que ceux que nous étudions et dont une des caractéristiques est la facilité et la fréquence des rechutes. Nous avons vu que chez tels malades touchés par une première atteinte, il se constituait un état nouveau qu’on peut considérer comme une constitution différente. C’est précisément en quoi on est amené à parler de prédisposition acquise. Au bout d’un certain nombre de rechutes, de par ce mécanisme d’accumulation, tout va se passer comme si notre malade était menacé par une prédisposition marquée. Conformément à la loi que nous énoncions plus haut, il suffira alors d’une cause occasionnelle légère pour déterminer un nouvel état paroxystique.
La nature des causes accidentelles est multiple ; son étude mériterait un développement que nous ne pouvons lui donner ici. Leur caractéristique est de n'être pas spécifique. Les maladies infectieuses et
Pépoer
entre autres la grippe, malgré sa bénignité mais parcequ'asthéniante, sont fréquemment rencontrées ainsi que les diverses auto-intoxications parmi lesquelles celle du brightisme et du surmenage occupent une place importante. Les émotions constituent une des causes les plus habituelles des états psychoneurasthéniques. La plupart des autres qui sont généralement invoqués tels que passions dépressives, chagrins, déceptions et soucis de toute nature, peuvent être ramenées au choc émotif. Le surmenage intellectuel lui-même, comme il a été montré, ne pourrait guère être incriminé, qu’autant qu’il s'accompagne de préoccupations.
Déjerine a montré la part prépondérante qui revenait à l'émotion dont il a fait l’origine unique des névroses. En ce qui concerne les états neurasthéniques, il refuse à l’émotion-choc un rôle en tant qu’acton immédiate, la dislocation morale et mentale ne se faisant que lentement et progresisvement. Pour créer l’état neurasthénique, il faut que les phénomènes émotifs se prolongent, se superposent en s’additionnant et en multipliant leur action.
Il y a lieu de donner une place à part à l’étiologie spéciale qui a fait décrire sous les appellations diverses d’asthénie traumatique chronique, de neurasthénie traumatique et d’hytéroneurasthénie traumatique, de névrose traumatique, un syndrome survenant à la suite de traumatismes graves ou bénins en apparence, le plus souvent crâniens avec perte de connaissance et commotion cérébrale. La dernière guerre en a fourni de multiples exemples et les acci-
pos
dents automobiles aujourd’hui en sont l’occasion fréquente. Le malade se plaint de phénomènes qui traduisent la faiblesse musculaire ou idéative, des troubles du caractère avec phobies et tendance au suicide, s’accompagnant de constipation, de brady ou tachycardie, de céphalée, rachialgie, vertige et étourdissement.
Il y a lieu de rapporter en grande partie ces accidents à des lésions cérébrales. Néanmoins, tous les auteurs sont à peu près d'accord pour reconnaître que ces atteintes anatomiques ne sont pas les seules responsables et que des facteurs moraux interviennent la plupart du temps et en font premier lieu l’émotion.
Aussi grand que puisse être le rôle des causes occasionnelles, il n’en demeure pas moins qu’elles ne suffisent pas à elles seules à déclancher ces états et pour ne prendre que le choc émotif auquel on a fait jouer parfois un rôle exclusif, il est bien permis de penser que si les causes morales pouvaient, à elles seules, créer l’état neurasthénique, tout le monde succomberait à la maladie de Beard. Nous voyons bien les sujets les mieux équilibrés présenter à la suite d’ennuis graves ou d'émotions vives, des symptômes de dépression nerveuse, tels que l’asthénie générale, Vanorexie; mais ces états sont essentiellement passagers : si leur santé physique est bonne ils surmonteront facilement cet état de dépression d’un moment. Au contraire, si le sujet présente un trouble quelconque de l’équilibre humoral, conséquence d’une tare
LR GAVE
héréditaire ou de phénomènes morbides survenus au cours de sa vie, il est à craindre que le surmenage ou les chocs émotifs n’aient une action plus grave et plus prolongée.