‹ Contribution à l'étude de la Pathogénie et du traitement des états psychoneurasthéniquesChapitre 21 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous avons eu l’occasion de dire, au cours des chapitres précédents, que les états psychoneurasthéniques n’évoluaient pas d'une manière continue et ne se présentaient pas avec des symptômes d’une intensité égale suivant le moment auquel il était donné au médecin de les observer. Il y a lieu, en effet, de distinguer deux périodes : la première, celle de l’accès, la seconde qui se situe entre les accès.

Le médecin est, généralement, appelé à prodiguer ses soins dès la première période, au paroxysme des phénomènes pénibles et des troubles variés que nous avons esquissés plus haut. C’est probablement le moment le plus critique du traitement de ces malades délicats ; c’est de lui que va dépendre à peu près tout le succès, non seulement de l’action morale du praticien sur son patient, ce qui va de soi puisque la confiance est à la base de toute psychothérapie, mais encore des traitements physiques qu’il faut bien faire accepter par un malade presque toujours méfiant.

Pere

1° La question de l'isolement

D'abord, où va-t-on soigner ces névropathes ? Fautil les laisser chez eux ou le séparer de leur entourage? Il ne peut y avoir de réponse catégorique ; il ne s’agit, le plus souvent, que de cas d’espèce : ou bien le milieu est compréhensif, capable de réaliser qu’il est d’autres malades que ceux qu’une pneumonie ou une fracture de cuisse rendent dignes d’être soignés, disposant d’un personnel, susceptible d’assurer une surveillance constante et d’une installation suffisante pour les soins qu’il y a lieu de donner à ce genre de malades, en un mot de réaliser la clinique à domicile. Dans ce premier cas, inutile d’aller chercher ailleurs ce que l’on a sous la main. Certaines autres fois, le médecin va se heurter à un entourage qui, ne voulant pas admettre le bien-fondé des lamentations du malade, ne « saura pas ce qu’il faut ne pas faire », considérera d’un œil sceptique les manœuvres ordonnées qui seront forcément mal suivies. Devant tant de diificultés l’éloignement du patient hors de ce milieu presque hostile, s’impose. Si la famille est riche, on l'aiguille sur une maison de santé qui n’est pas toujours facile à trouver (si on l’exige exempte d’aliénés, ce qui s’impose, pourtant). Dans le cas contraire, le médecin se trouvera obligé de faire interner un individu lucide dont le contact avec des aliénés risque de lui être funeste.

Mais il n'existe rien pour ceux que l’on a appelé les « petits mentaux » et plus que jamais se fait sen-

tir la nécessité urgente de services ouverts dont la subsistance ne pourra jamais être assurée que dans les établissements hospitaliers publics. Ce besoin ne se fait d’ailleurs pas seulement sentir pour ces malades mais aussi, et d’une manière également pressante, pour tous les psychopathes lucides. Ce sont des individus dont la place n’est pas dans les hôpitaux où, d’ailleurs, ils ne sont jamais reçus. Ils sont, actuellement, condamnés soit à l’abandon à eux-mêmes, ce qui, pour la plupart, équivaut à une mort certaine, soit à la détention, au milieu d’aliénés. Nous n’insisterons pas sur le désarroi moral dans lequel peut jeter une pareille mesure, et l’influence désastreuse du contact de déments sur des esprits affaiblis.

Le repos au lit est prescrit dans les deux cas, qu’il s'agisse d’une cure à domicile ou d’un traitement dans une maison de santé. En même temps qu’il assurera le repos maximum toujours indiqué, il répondra à plusieurs autres indications, entre autres l’anxiété. Cette mesure sera maintenue dans les cas moyens de huit à quinze jours, exceptionnellement plus de trois semaines.

2° Psychothérapie

Ces remarques préliminaires faites, nous en arrivons au traitement proprement dit et nous commencons par la thérapeutique morale. C’est elle qui va, en effet, servir la première et c’est seulement grâce à elle que le médecin, gagnant la confiance du malade, va pouvoir s’introduire dans sa vie même qu’il prendra réellement en main.

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