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les neurasthéniques sont subjectifs, l’état somatique est sous la dépendance de l’état mental, seul responsable,
Dubois de Berne basa sur cette façon de concevoir la pathogénie des névroses, une thérapeutique qui fit fortune. Ses études se distinguent tout d’abord par leur caractère négatif, une tendance à éliminer les choses auxquelles d'ordinaire, les médecins attachent une grande importance. L’analyse des symptômes et le diagnostic ne le préoccupent pas, il ne cherche pas à distinguer les psycho-névroses les unes des autres : « Il est inutile, dit-il, de s’efforcer de donner à l’hys- € térie le caractère d’une entité morbide, de la sépa- « rer artificiellement de la neurasthénie avec laquelle « elle est presque toujours combinée. Les modifica- « tions de la sensation ne méritent pas de retenir un « instant notre attention. La sensation peut être an- « nihilée par la distraction ou par l’anto-suggestion « inhibitrice, elle peut être rendue plus aiguë et gros- « sir par l’attente, elle peut être créée de toutes pièces « par la représentation mentale. Les troubles que le « malade a constaté sont simplement fonctionnels, « ils n’ont en eux-mêmes ni gravité, ni importance ; « on le comprend très bien quand on se rent compte « de leur véritable nature et de leur origine ».
Déjerine, peu satisfait des essais de pathogénie organiscite dont nous avons entrevu les principales écrivait : « en somme, pas plus que la théorie de l’intoxi- « cation trouble primordial, la théorie de lépuise- « ment avec ou sans intoxication secondaire ne ré- « pond à la réalité des faits cliniques.
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« Pour nous, la neurasthénie n’a que des facteurs « psychologiques et ces facteurs psychologiques c’est « essentiellement, sinon exclusivement, l'émotion qui « les détermine ».
Il fait jouer un rôle capital à l'émotion dans la production des manifestations fonctionnelles des névropathies, considérant un grand nombre d’elles comme une sorte de cristallisation de phénomènes émotifs. Il va plus loin et cherche à démontrer que l’émotion préside à la constitution non seulement des accidents des psycho-névroses mais : « à la genèse même du terrain mental sur lequel se greffent ces accidents ». Distinguant deux origines à l’émotion l’une extérieure, l’autre intérieure dans son livre : « les manifestations des psycho-névroses », il étudie en détail les réactions psychologiques immédiates, puis tardives, produites par l’excitation émotive. Il passe ensuite aux troubles physiques de l’émotion pour envisager leurs rapports avec les troubles psychiques et en arrive à émettre l'hypothèse que : « les champs de la conscience intellectuelle voisinent avec ceux de la conscience orga- « nique », et que « il y a une action réciproque évi- « dente des phénomènes de mentalité sur les phéno- « mènes organiques considérés comme cause ou com- « me effets >» ; ce qui expliquerait que des phénomènes d’excitation ou de dépression psychiques diffuses soient susceptibles d’influencer la marche générale des fonctions organiques. Les modalités physiques des réactions émotives sont variables selon les individus, chacun réagissant à l’émotion d’une manière qui lui est propre, et non seulement propre mais semblable
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quelque soit la nature de l’émotion. L’émotion-choc qui jouerait un rôle prépondérant dans la genèse de hystérie, n’interviendrait en tant qu’action immédiate, que d’une façon minime en ce qui concerne le développement des états neurasthéniques. Déjerine accorde en effet que l'individu en pleine santé physique ne devient pas neurasthénique s’il est surpris par un choc émotif, même dans les cas où les circonstances qui ont entouré l'apparition de l'affection peuvent le faire penser ; il n’y arrivera qu’à la longue et « parcequ’il n’a pu se dégager du souvenir de l’émo- « tion qu’il a subie. La dislocation mentale et mo- « rale du sujet ne se fait en général que progressive- < ment ». Alors que chez l’hystérique, explique l’auteur, on rencontre une mentalité particulière avec un état moral à peine modifié ; chez le neurasthénique, au contraire, on se trouve en présence d’un malade frappé avant tout de son état moral. Or, alors que l’erreur de représentation mentale, les décharges émotives de tous ordres constituant les accidents hystériques, peuvent s'installer d'emblée, les modifications de l’état moral seront nécessairement progressives. Pour créer un état de pessimisme général, il ne suffit pas d’une grosse émotion mais de phénomènes émotifs qui se prolongent, se superposent et s’additionnent. Il lance cette affirmation : « dans la genèse des états de névrose, il existe toujours une cause émotive ». La nature de ces causes serait variable, souvent elle devrait être recherchée dans la zône génitale ; souvent aussi c’est dans la vie affective qu’on la trouverait, parfois c’est l’avenir qui est en jeu, ce sont encore les
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infériorités réelles ou supposées dans le domaine de la santé. Quoiqu'il en soit, cette cause évidente ou dissimulée existerait toujours.
Déjerine conclut par cette définition : « la neuras- « thénie est constitué par l’ensemble des phénomènes « qui résulte de la non adaptation de l’être à une « cause émotive continue et de la lutte de l’être pour « cette adaptation ».
Pierre Janet, dont le nom reste inséparable de celui de psychasthénie, a rejeté cette théorie émotionnelle pour y substituer une théorie plus générale. Il voit dans ce syndrôme une faiblesse congénitale de certaines fonctions mentales et tout particulièrement de la « fonction du réel » (en vertu de laquelle nous pensons et agissons avec l’impression satisfaisante de la réalité), fonction supérieure que conditionnerait un degré suffisant de « tension psychologique ». Chez le psychasthénique, sous l'influence de troubles nutritifs et toxiques des centres cérébraux, il se produirait une baisse de cette tension psychologique, et le sujet ne parviendrait plus à la perception de la réalité. C’est de là que viendraient ces sentiments d’ « incomplétude » (incapacité à sentir les choses complètement), cette défiance de soi qui constitue l’état mental de ces malades, lorsqu'ils cherchent à effectuer des opérations mentales de « haute tension » ils gaspillent l’effort qu’il mettent en œuvre, l’énergie libérée « dérive sur des opérations inachevées ou inférieures comme les ruminations intérieures de l’obsession ou les agitations de l’angoisse ».
La psychanalyse dont les psychonévroses consti-
tuent le champ d’études le plus important ne pouvait se désintéresser de la question.
Dans un livre intitulé : « la psychanalyse des névroses et des psychoses » publié par Régis et Monsieur le Professeur Hesnard en 1914, est exposée leur conception pathogénique, analytique et freudienne, avec une rigueur catégorique qui a, au moins, le mérite de la simplicité; leur point de vue est le suivant: « l’étio- « logie des états neurasthéniques serait toujours l’abus « de la masturbation ou des pollutions spontanées « exagérées. L'action prolongée et intensive de cette « pernicieuse satisfaction à laquelle s’adonnent plus « ou moins beaucoup d’adultes, sans en connaître le « danger réel, détermine directement la neurasthénie « parfois sous forme aiguë »…
Nous nous empressons de dire à son honneur, que la psychanalyse a fait des progrès en France depuis 1914, du moins dans le domaine de l’éclectisme (Freud semble en être resté à sa conception primitive).
Dans son livre récent sur « les syndrômes névropathiques », Monsieur Hesnard étudiant surtout la nature du terrain psychologique sur lequel évoluent les états psychoneurasthéniques, rappelle la description que Pierre Janet fit du syndrôme psychasthénique pour critiquer cette hypotèse de la fonction du réel résultante de la tension psychologique que nous rappelions plus haut : « nous nous refusons à admettre », écrit-il « qu’il y ait une difficulté réelle, définitive- « ment conçue de façon scientifique, dans l’acte de « l’esprit qui donne à l'individu l'impression du réel. « Nous nous refusons également à considérer les psy-
« chasthéniques comme des déficients de l’énergie « psychique, trep de faits nous inclinant à penser « qu’ils souffrent au contraire d’un trop plein d’éner- « gie qu’ils ne savent dépenser. Pour nous, le sens « du réel est la résultante directe d’un assouvissement « intégral, harmonieux, des grandes tendances affec- « tives, en particulier des instincts, comme lintinct « sexuel ».
Le Professeur Hesnard croit à un trouble très précoce de l’évolution instinctive qui a détourné le malade, encore jeune, de la joie de vivre, de la spontanéité des sentiments naturels. Il présente, dit-il, un infantilisme affectif, un attachement à l’enfance, une passivité de l'instinct qui transparaissent plus tard, dans sa mentalité. Le doute, explique-t-il, est le plus souvent « une trace de cette dualité affective qui le fai- « sait jadis aimer et haïr le nourricier esclave et « maître de sa vie, auquel il obéissait mais en résis- « tant ». Le scrupule et la honte sont des formes de cette condamnation de soi-même « systématisée jadis « en lui en vertu d’une identification affective avec les « parents que, ne pouvant dominer, il copiait morale- « ment ». Le sentiment d’infériorité et d’incomplétude provient de l’impression qu’il ressent de n'être pas capable de jouir pleinement de la vie comme les autres auxquels il est inférieur par l'instinct. Son refus des plaisirs et des peines de la réalité le feront se réfugier dans la rêverie. Vivant en lui-même « il a à peu près spécialisé son malaise de vivre sur des mobiles infimes et secrets lui rappelant, par certaines analogies affectives et symboliques, des situations, in-
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tuitives et non conscientes le plus souvent, ses inassouvissements intérieurs. C’est ce qui crée son impressionabilité à des choses qui laissent indifférents les gens normaux. Il est incapable de détourner sur les objets réels son intérêt fixé à sa propre personne et cette impuissance engendre le sentiment d’étrangeté et de dépersonnalisation ».
La psychasthénie serait surtout caractérisée par le « développement constitutionnel de certains senti- « ments morbides conscients, résultat éloigné d’un « trouble évolutif de la vie instinctive qui empêche « l’individu, non précisément de percevoir la réalité « ni d'agir sur elle, mais de s’épancher affectivement « de façon suffisante dans la vie pratique et sociale » (1).
Messieurs Borel et Cenac, au congrès des Psychanalystes de langue française de 1933 ont montré comment ce trouble évolutif général et commun à toutes les névroses, intervient dans la genèse de l’obsession. Nous aurons à y revenir longuement en exposant sa pathogénie.
(1) Sous un nom un peu différent, mais en lui conférant un sens à peu près identique, Yung, élève dissidant de Freud, a décrit ces individus sous le nom d’ « introvertis », en leur opposant sous celui d’ « extrovertis >» ceux que Bleuler a nommés les « syntones ».
ÉeoR er 2° EssAI DE PATHOGÉNIE
Voilà, rapidement passés en revue, les principaux types de théories pathogéniques qui ont été émises depuis l'introduction de la neurasthénie par Beard dans la pathologie. Le moment est venu de nous demander s’il est possible d’en tirer une conception générale, une pathogénie qui jette la lumière sur les notions qui nous fournissent l’étude des causes, l’analyse des signes cliniques, les résultats de la thérapeutique. Ici, une question se pose immédiatement. Les états psychoneurasthéniques sont-ils un point de départ physique ou psychique ? En d’autres termes : des pathogénies organiques et psychiques, laquelle adoptons-nous ?
Il semble que la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question penchent pour faire des états psychoneurasthéniques des troubles à point de départ somatique à retentissement mental secondaire. Les psychanalystes eux-mêmes, dont l’objet d’étude est exclusivement le champ de phénomènes psychiques rencontrés au cours des névroses admettent, après Dupré, que ces affections n’évoluent que sur un terrain mental spécial que cet auteur avait appelé la constitution émotive. Cette constitution consiste en une disposition spéciale, une aptitude à présenter des réactions émotives disproportionnées à la cause qui les fait naître, et se caractérise par un état d’instabilité sensitive et d'insuffisance inhibitoire du système nerveux. D’après Dupré, cette constitution pouvait être soit héréditaire et relever « de nombreux facteurs de la dégénérescence », soit acquise et capable d’appa-
raître à la suite de traumatismes, de troubles sensitifs, d'infections ou d’intoxications « à détermination nerveuse ». En somme, c'était admettre les troubles physiqués comme primitifs et nécessaires à la base de ce tempéramment morbide.
Qu'un état mental spécial soit indispensable à l’éclosion des troubles névropathiques, la chose est probable : « Telle disposition physiologique est une condition nécessaire mais non suffisante de tel état psychique », écrit Bergson. Mais peut-on admettre que les chocs émotifs, un refoulement des tendances affectives et des instincts, si loin qu’on les fasse remonter dans la vie de ces individus engendre une « constitution » particulière sans que le terrain somatique ne s’y prête ? Le Professeur Hesnard lui-même, ne semble pas être aussi affirmatif. Loin de nous la pensée de nier l’influence quelquefois évidente des facteurs psychiques, en particulier émotifs, dans la genèse de ces états ; l'observation clinique ne laisse pas de doute sur leur rôle indéniable en tant que cause occasionelle. Néanmoins, nous pensons qu’à l’origine existent des troubles physiques, que l’état psychique n’est que secondaire alors que les troubles somatiques sont primitifs. En analysant les symptômes neurasthéniques les uns après les autres, en cherchant à faire ressortir l’intrication étroite qui existe entre eux et en particulier entre le groupe des signes physiques et l’état mental, nous nous efforcerons de montrer comment nous avons cru devoir adopter cette opinion.
Les conceptions pathogéniques que nous avons citées plus haut dans un but surtout historique, ne sau-
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raient naturellement plus nous satisfaire aujourd’hui, ci pour réfuter seulement celle qui eut le plus de succès à son heure, la théorie de l’entéroptose, il est évident (et cette objection ne s’est pas fait attendre) qu’il existe des neurasthénies sans entéroptose et des entéroptoses sans neurasthénie. Toutes les pathogénies qui s’échaffaudent sur la prédominance d’un symptôme, se heurtent à la même objection et il semble impossible d’accuser tel ou tel trouble plutôt que tel autre comme chacun est tenté de le faire devant le succès d’un traitement mono-symptomatique qui fait disparaître en même temps que le trouble auquel il s’adresse, les autres accidents, pourtant d’un ordre différent. Il semble plus logique et plus fructueux de considérer les états psycho-neurasthéniques comme étant la résultante d’une sorte de cercle vicieux, d’une chaîne, dont les chaînons seraient représentés par les divers symptômes, aussi bien physiques que psychiques. Ces symptômes, en effet, ont entre eux des rapports extrêmement étroits et retentissent, comme nous le verrons plus loin, les uns sur les autres. Envisageant les liens serrés qui les unissent, nous allons étudier successivement les différents troubles rencontrés au cours des psychoneurasthénies, à la lumière des don-
nées récentes de la clinique, de la physiologie et du laboratoire.