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considérations générales sur cette affection, une longue description de la fatigue accusée par ces sujets. Les anciens auteurs ne consacraient pourtant à ce symptôme que quelques lignes de description, dominés par l’idée qu’il s’agit là d’un phénomène essentiellement subjectif. « Dans la majorité des cas, écrit « Gilbert Ballet, l’amyosthénie neurasthénique, tout « en étant plus ou moins continue, varie, s’atténue, « se dissipe ou s’accroit du jour au lendemain, on «< pourrait dire d’un instant à l’autre, et cela sous l’in- « fluence de causes qui sont principalement d’ordre « moral ».
Cette fatigue est caractérisée par une sensation de pesanteur de tout le corps et qui réclame un effort incessant de la volonté pour se tenir debout, marcher, courir, gravir un escalier, etc. Elle n’a rien de commun avec la fatigue physiologique accompagnée de l'impression souvent agréable de lassitude qui est consécutive à un surmenage musculaire, sportif par exemple. Au réveil, ces névropathes sont las ; une bonne nuit les fatigue, et c’est à l'encontre de l'individu sain, dans la soirée que survient une impression de délassement. De cette notion de fatigue on peut faire ressortir deux ordres de faits : ces malades ont, d’une part, l’impression de lassitude en dehors de tout effort, d’autre part ils sont fatigables, cette fatigabilité étant synonyme d’asthénie musculaire ou d’amyosthénie. Le neurasthénique se fatigue plus rapidement que l’individu normal et sa fatigue est plus tenace.
Cette sensation est-elle subjective ? Déjerine en faisait le plus souvent un simple phénomène de sug-
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gestion, « un souvenir de fatigabilité expérimentée, plus ou moins continuellement invoqué », la fatigue au réveil n’étant qu’un phénomène banal qui ne deviendrait manifestation neurasthénique que lorsque le sujet s’obséderait sur cette sensation. Maurice de Fleury, dans son premier livre : « Les grands syndrômes neurasthéniques », réagit contre cette manière de voir, en invoquant deux séries d’arguments : d’une part, la conviction profonde à laquelle il s’est heurté chez les nombreux malades dont il avait essayé de nier l’état de fatigue, impossible à modifier par la suggestion, d’autre part, les données obtenues par différents moyens de mesurer la force musculaire : l'ergographe de Mosso et celui de Binet, le dynamomètre de Ch. Henry.
Beaucoup plus convaincante est l’observation quasiconstante, au cours de ces états, de l’alcalose sanguine. Or, on sait que l’alcalose varie quotidiennement et parallèlement à la sensation de fatigue. On a montré que l’asthénie s’exagérait au cours de l’alcalose postprandiale, des cures alcalines prolongées, de l’hyperpnée, de l’alcalose gazeuse par hyperventilation pulmonaire au cours du bain chaud. On constate, au contraire (et c’est là une excellente contre-épreuve), l’influence heureuse des acides minéraux qui, administrés pendant la nuit, suppriment l’asthénie du réveil. Citons pour exemple les chiffres relevés par Montassut, chez un sujet qui présentait au réveil une fatigue intense avec amélioration en fin de journée et dont le pH sanguin était de 7,52 le matin avec une réserve alcaline de 67,49 et le soir pH 7,46 et réserve alcaline
60,49. La sensation de fatigue a, de tout temps, été remarquée au cours des affections du foie. Glénard en a signalé la discontinuité chez les malades atteints d’hépatisme. Or, comme nous le verrons plus loin, au rang des insuffisances glandulaires nombreuses au cours des états psycho-neurasthéniques, l’insuffisance hépatique est une des plus fréquemment rencontrées. Montassut et Larmarche ont insisté sur sa fréquence chez les neurasthéniques. Ils ont appelé l’attention sur ce fait qu’ils étaient, comme les alcooliques, particulièrement sensibles aux chocs hémoclasiques.
Le syndrome clinique fatigue peut être encore interprété à la lueur des données fournies par l’examen neuro-végétatif. Les syndromes matinaux qui accompagnent cette asthénie du réveil appartiennent pour la plupart à la vagotonie : états nauséeux, ralentissement de la circulation périphérique, respiration superficielle, tendance aux spasmes. Dans une série de recherches, Laignel-Lavastine, en établissant à un moment constant de la journée l’état du tonus neurovégétatif et du pH urinaire, a constaté chez divers malades dont un certain nombre déprimés anxieux «un parallélisme frappant entre l’alcalose urinaire et « la vagotonie ». Des recherches précises ont été effectuées dans ce sens par MM. Drouet, Hamel et Verain. Ces auteurs ont montré par des analyses nombreuses que l’alcalose sanguine était augmentée chez les anxieux. Ils ont en outre contrôlé la notion des rapports de l’alcalose et de la vagotonie et trouvé un R.O.C. exagéré.
Comme Hasselbach l’a montré, le foie intervient
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dans la régulation de l’alcalose sanguine et peut-être conviendrait-il de lui imputer les modifications signalées en tenant compte aussi des influences réciproques des fonctions hépatiques et neuro-végétatives. Leur relation est étroite, ainsi qu’il apparaît au cours de l’hémoclasie digestive qui peut, comme l’a montré notre maître M. le Professeur Santenoise, être indifféremment employée comme procédé d’investigation hépatique ou moyen d’exploration neuro-végétative.
La notion qu’il existe un rapport étroit entre l’insuffisance secrétoire des glandes surrénales et l’asthénie n’est certes pas nouvelle. Or (et nous aurons à y revenir à tout moment au cours de cette étude pathogénique des symptômes psychoneurasthéniques) nos névropathes sont atteints de troubles endocriniens nombreux et constants du type hypo-fonctionnement glandulaire et les surrénales n’échappent probablement pas à cette insuffisance fonctionnelle. Il semble donc légitime d’y voir une relation avec la sensation de fatigue, sans toutefois pouvoir rien affirmer, car, à notre connaissance, aucune recherche clinique suivie n’a été faite sur ce point particulier.
L’asthénie neurasthénique peut encore trouver une explication dans l’hypotension observée d’une manière quasi-constante. Or, dans leur rapport au Congrès de médecine de Montpellier en 1929, Lian et Blondel disaient : « la fatigabilité est le symptôme le plus fré- « quemment observé à côté de l’hypotension artérielle. « Elle n’est pas un accident passager comme les lipo- « thymies, les syncopes. C’est, au contraire, le stigmate « permanent de la plupart des cas d’hypotension
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« artérielle ». Sans vouloir faire de ces troubles cardiaques l’unique cause de la sensation de fatigue dans l'affection qui nous intéresse, il semble bien que cette notion apporte un substratum encore plus solide, parce que plus objectif, à des impressions pénibles qui ont peut-être été trop mises (et qui le sont encore souvent aujourd’hui) sur le compte d’une imagination en mal de misères rares et trop encline à se plaindre de ce que chacun croit subir avec patience et grandeur d’âme.
b) Les troubles digestifs
Les nombreux auteurs qui ont étudié la neurasthénie les ont décrits abondamment. On est, au cours de ces longues énumérations, frappé de la diversité des troubles subjectifs, ce qui ne saurait étonner en fait de pathologie digestive. On sait le rôle capital du nervosisme et du psychisme chez les malades qui se plaignent de digestions difficiles, d’évacuations intestinales insüffisantes ou laborieuses, de sensations abdominales étranges. Ce sont ces malades que l’on qualifie plus ou moins explicitement de « nerveux » pour autant que cette épithète soit capable de satisfaire un esprit médical.
Le rôle du système organo-végétatif en pathologie digestive est de premier plan et la connaissance des désordres vago-sympathiques aide à comprendre le polymorphisme des troubles rencontrés au cours des états psychoneurasthéniques. Il s’en faut, en effet, que l’on n’y trouve que la dyspepsie décrite anciennement par Bouveret. S'il est vrai que l’atonie mus-
culaire et l'insuffisance secrétoire, que la constipation soient fréquentes, on admet aujourd’hui que cette catégorie de malades ne se rencontre pas à l’exclusion de toute autre. À ce type d’hypotonique hypochlorhydrique avec digestion lente, anorexie, s'oppose le type hypersthénique avec exagération de la sécrétion gastrique accompagnée du cortège habituel des brûlures, de la faim douloureuse, etc. Dans une troisière catégorie, nous rencontrerons, suivant l’époque de l’observation, tantôt le premier type de troubles, tantôt le second. Cette inconstance et la constatation de symptômes paradoxaux en apparence, ne fontelles pas songer à une instabilité neuro-végétative, apparentée à ce que Guillaume appelle « la neurotonie alternante » ?
Il n’en reste pas moins vrai que les troubles digestifs rencontrés au cours des états psycho-neurasthéniques sont le plus souvent du type franchement hypochlorhydrique avec atonie gastro-intestinale et anorexie., Tous les éléments semblent réunis pour engendrer à peu près à coup sûr, le syndrome d’autointoxication intestinale qui n’a point manqué, dès le début, d’attirer l’attention des médecins. Ils y ont vu pendant longtemps un facteur pathogénique essentiel.
De ces troubles digestifs par carence secrétoire, on peut approcher le dysfonctionnement hépatique du même type et qui joue un rôle important dans la pathogénie de la neurasthénie. Nous avons noté plus haut les rapports qui existent entre l’insuffisance
hépatique, la durée du transit intestinal et l’alcalose.
La RS), ae c) Les troubles circulatoires
Les troubles du rythme circulatoire sont de types variés : tachycardie habituelle ou tachycardie par intervalles. Certains malades réagissent dans le sens vagotonique, les autres, plus nombreux, dans le sens sympathicotonique.
Des palpitations surgissent sans cause apparente, il y a souvent, en particulier dans les époques de grande asthénie, des extra-systoles, accompagnées d’inquiétude anxieuse, quand elles se répètent à intervalles rapprochés. L’angoisse, lorsqu'elle se localise dans la région cardiaque, donne naissance à la fausse angine de poitrine.
Il est vraisemblable que l’on peut faire intervenir dans la pathogénie de ces troubles subjectifs des désordres du système neuro-végétatif (dont nous avons déjà observé l’altération à propos d’autres symptômes). Laubry a insisté à plusieurs reprises à propos des différents signes cardinaux en pathologie cardiaque sur le rôle des phénomènes sympathiques dans la genèse de ces troubles ; il va plus loin et dit : « Songeant aux relations étroites entre le sys- « tème autonome et les glandes à sécrétion interne, « et même à la communauté d’origine de leurs cellules « nobles, nous plaçons ces états sous la dépendance « d’une fonction défectueuse des glandes endocrines « ou d’un trouble de leur solidarité. Pour chaque cas « particulier, je ne vous cache pas que le problème « est d’une complexité déconcertante. Mais c’est déjà « un progrès de l’avoir ainsi posé ».