‹ Contribution à l'Étude de la Pathogénie et du Traitement des Kystes Séreux du PoignetChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

De nombreuses théories ont été invoquées pour expliquer la pathogénie des kystes synoviaux. Nous ne chercherons pas à discuter celles qui, ne reposant sur aucune donnée sérieuse, ont été depuis longtemps complètement abandonnées. SE

Mentionnons simplement, à titre historique, la théorie Re de Heller, qui voulait que le kyste soit dù à la rupture d'une gaine tendineuse laissant la synovie s'épancher dans le tissu cellulaire voisin. | |

Pour Chassaignac, la production de ces-tumeurs serait due à l'accumulation de la synovie‘dans les gaînes tendineuses. Cette théorie pourrait expliquer la présence de quelques kystes tendineux dont l'indépendance d'avec la synoviale articulaire est une disposition qu'on rencontre quelquefois lorsqu'on incise ces petites tumeurs qui ont alors des rapports très étroits avec les tendons

HAS en de la région. Dans ces cas, il semble qu'il s’agit d’hydropisies enkystées des gaïnes tendineuses, les loges kysliques ayant été formées par adhérences des deux feuillets.

Léveillé, Boyer et Richerand ont voulu en faire des produelions particulières du tissu cellulaire, et Ledderhose n'hésite pas à dire que ce sont de véritables néoplasmes, des «kystomes » développés dans le tissu conjonctif para-articulaire. D'abord multiloculaires, ces kystomes finiraient par ne plus présenter qu'une poche unique, par suite de la disparition des cloisons formant les pelites cavités qui les composent. Il veut expliquer ainsi les variations de volume de ces tumeurs, mais il ne dit pas par quel mécanisme disparaissent les cloisons, ni comment s'accroit lé néoplasme. Pour prouver la nature néoplasique de ces productions kystiques, l'auteur. allemand s'appuie sur les résultats d'examens histologiques dans lesquels nous trouvons des contradictions évidentes.

« On retrouve, écrit-il, dans la paroi kystique une alternance du lissu connectif et adipeux. Plus nous nous rapprochons de la partie pathologique, plus nous eonstatons les artérites terminales, l'accumulation de cellules rondes autour des vaisseaux, l'élargissement des septa du tissu graisseux qui se métamorphose en tissu connectif. x

» À une cerlaine place de la préparalion, le tissu a tout à fait l'aspect de la capsule synoviale, et dans beaucoup de coupes on peut distinguer parfaitement les villosités synoviales. En certains endroit le kyste arrive jusqu’à proximité immédiate de cette capsule synoviale et n’en est séparé que par une très mince couche de tissu connectif. » |

On peut remarquer que l’auteur mentionne les villosi- tés synoviales, et qu'il constate lui-même le rôle important joué par elle.

Ne tenant compte de ces théories que pour ce qu’elles valent, nous conclurons qu'à l'heure actuelle, deux seulement peuvent expliquer la pathogénie des kystes qui nous occupent :

1° La théorie folliculaire, de Gosselin.

2° La théorie de la hernie synoviale, formulée par Bégin et Banvell.

Nous exposerons l’une après l’autre ces deux théories.

THÉORIE FOLLICULAIRE. — Gosselin fut amené à soutenir cette théorie après de nombreuses recherches anatomiques. |

Il trouva que les synoviales, et en particulier celles du poignet, sont pourvues de culs-de-sac qu'il appela eryples ou follicules synovipares, dans lesquels on doit rechercher, et non ailleurs, les origines des kystes articulaires.

L'oblitération de l'orifice de ces cryptes, et l'accumulation de la synovie dans leur intérieur serait pour lui le point de départ de ces formations kystiques.

Il nous dépeint ces follicules comme des corpuscules plus ou moins saillants, de la grosseur d'une tête d’épingle, durs et résistants, blanchâtres ou grisâtres, siégeant immédiatement au-dessous de la synoviale articulaire, etne communiquant pas avec l'articulation.

L'idée de Gosselin nous fait penser à cette loi de pathologie générale qui veut que tout organe sécrétant qui vient à s'oblitérer, se transforme en une cavité kystique. Aussi nous est-il facile d'admettre son opinion, mais jus-

D qu'à un certain point. Nous reconnaîtrons bien volontiers que souvent la formation des kystes synoviaux a son origine dans l'oblilération de ce qu'il appelle les « cryptes ou follicules synovipares », mais nous ferons remar-

quer que nous le trouvons beaucoup trop exclusif lorsqu'il di :

« Les kystes ganglionnaires du poignet ne peuvent s'expliquer par une hernie, ni une rupture de la synoviale articulaire. Leur origine dans les gaînes tendineuses n'est nullement démontrée, et serait en tous cas plus rare que la précédente. Sans nier que ces tumeurs puissent être quelquefois une production morbide du tissu cellulaire non synovial, je regarde au moins ce développement comme exceptionnel. Pour moi les ganglions sont le plus souvent constitués par des cryptes synoviaux articulaires oblitérés.»

Siles kystes synoviaux peuvent naître de l’oblitération, des cryptes folliculaires, il n’en est pas moins vrai quils peuvent également avoir une autre origine qu’on ne saurait leur nier, celle de la hernie synaviale.

THÉORIE DE LA HERNIE SYNOVIALE. — C'est Bégin qui le premier émil l’idée que ie kyste synovial résultait uniquement d’une hernie de la séreuse faisant éruplion à travers une éraillure de la capsule articulaire.

Cette Théorie fut soutenue par Velpeau, Vidal de Cassis, Marchal de Calvi, et a trouvé depuis de nombreux défenseurs.

Ace propos nous croyons devoir citer deux observations publiées par M. Poirier, après lesquelles il arrive à conclure formellement à l'existence de la hernie articulaire.

« Dur ce sujet, nous avons trouvé, sortant à travers

une éraillure du ligament latéral externe, un petit kyste de la grosseur d’un pois, et d'apparence multiloculaire. Pour nous assurer des rapports de ce kyste avec la synoviale radio-carpienne, nous avons injecté cette dernière, et 1l nous a été facile de voir l'injection pénétrer dans les lobules profonds, pendant que la gelée qu'ils contenaient élait refoulée vers les lobules périphériques dont la tension augmentait. Nous ne lrouvons pas d'autre nom pour désigner ce kyste que «hernie articulaire ».

« Sur un sujet âgé de 20 ans, nous avons lrouvé, sorlant à travers une éraillure du ligament latéral externe, un kyste synovial d'apparence multiloculaire, long de quinze millimètres, large de cinq; il comblait en partie la tabatière anatomique, contractant des adhérences très inümes avec l'artère radiale qui contournait sa face postérieure. Son sommet tourné du côté de l'aruculalion se perdait en s’enfilant dans l'éraillure du ligament e{ral externe. [njectant alors la synoviale du poignet, pour nous rendre un compte exact des rapports de ce kyste avec la synoviale articulaire, nous avons vu le suif pénétrer dans le kyste et l'envahir dans sa totalité, en refoulant à la périphérie ce qu'il contenait. Il est dilficile de refuser à ce kyste le nom de « hernie arliculaire ».

D'après cette théorie, la synoviale, repoussée par une accumulation préalable de synovie, s'engagerait à travers les éraillures fibreuses, points faibles du revêtement ligamenteux, el proéminerait de plus en plus au dehors. Celle accumulation, même préalable, serait inutile pour produire la hernie. Il suffit qu'un travailincessant et continu de la même articulation repousse toujours la synovie vers les mêmes points, faisant céder la séreuse qui vient faire hernie, lorsqu'elle ne rencontre pas, de la part des ligaments, une résistance suflisante.

LU DD eee

Ceci nous expliquerait la fréquence relativement grande de ces kystes chez les blanchisseuses et les couturières, les personnes, également, qui jouent très souvent du piano et du violon.

Pour conclure, nous admettrons comme recevables les deux théories. Si souvent les kystes séreux du poignet ne sont qu'une hyperthrophie des cryptes synovipares de Gosselin, ils peuvent être dus également à la hernie de la synoviale à travers la capsule articulaire.

Page 1