partie inférieure de la moelle dorsale
La moelle est ramollie et presque réduite en bouillie au niveau des trois premières vertèbres dorsales. Ce ramollissement se continue en s’atténuant jusqu’au niveau de la partie moyenne de la moelle dorsale, et remonte jusqu'au renflement cervical. Au-dessus et au-dessous de ces points, la moelle a une consistance normale.
Les corps vertébraux sciés verticalement par le milieu ont été trouvés tout à fait normaux. Les articulations costo-verlébrales
désarticulées une à une n’ont montré aucune lésion.
Te
L'examen microscopique pratiqué une heure après l’immersion dans le liquide de Müller, sur des portions prises dans des points ramollis, et au niveau de la moelle cervicale, a montré des débris de matières nerveuses; quelques globules rouges et quelques leucocytes mais pas de corps granuleux. Poumons très congestionnés, pas de tubercules. Cœur normal: caillots datant de 24 heures environ avant la mort des deux cavités. Le foie, la rate, et les reins ne présentent rien de spécial. Malheureusement
le corps étant réclamé, il a été impossible d'enlever l’encéphale,
Ogservarion XVIII
Communication de M. Anteny, médecin-major de 1'° classe, professeur agrégé du Val-de-Grâce, à la société médicale des hôpitaux, séance du 12 février 1892.
Observation de périméningite spinale à staphylocoques dorés.
G..., 23 ans, vingt deux mois de service, soldat au 24° régiment d'infanterie, était caserné au fort de Bicêtre au premier étage d’un grand bâtiment à 3 étages comme ordonnance d’un officier non monté, il menait une existence calme et exempte de fatigue, il n’était ni alcoolique, ni syphilitique. Cet homme de tempérament sanguin, de constitution athlétique, originaire du Calvados, où il était cultivateur, n'avait jamais été malade, il n’avait subi aucun (traumatisme, et ne présentait sur le corps, ni plaie, ni furoncle, ni suppurat'on d'aucune sorte. Sans cause connue, sans antécédent morbide, dans la journée du 12 octobre 1889, G..., qui étai. const'pé depuis quatre jours ressentit des crampes et des douleurs dans les mollets.
La nuit suivante, il éprouva de vives douleurs en ceinture, au
niveau de l'ombilic et il s’aperçut que la motilité et la sensibilité
eu
étaient complètement abolies dans toute la moitié inférieure du corps, à partir de l’ombihie, et qu’il ne pouvait plus uriner.
On dut le sonder à la caserne. Le 13 octobre au soir, il fui transporté à l'hôpital du Val-de-Grâce : il y fut sondé dès son arrivée et à la suite d’un lavement il eut une selle.
Sa température s'élevait à 380,5.
14 octobre. — Le malade est dans le décubitus dorsal, maisré une fièvre intense, 40°,4, il a conservé toute sa connaissance et répond nettement à toutes les questions. Il se plaint d’éprouver d’assez vives douleurs dans la région dorsale, ces souffrances sont augmentées par la pression des apophyses épineuses de la septième vertèbre cervicale à la septième dorsale. Au-dessous de l’ombilic, les parties sont privées de toute sensibilité et complètement inertes.
Le chatouillement de la plante des pieds provoque du côté gauche seulement, un très faible mouvement du pied.
La température des parties paralysées paraît normale. Au dessus de l’ombilic, sur un espace de 192 à 15 centimètres, la sensibilité est atténuée. Pas de céphalalgie, pas de douleurs dans les bras. La respiration est un peu gênée ; à l’auscultation on constate l'existence dans les deux poumons de nombreux râles sibilants. Rien au cœur ni dans les vaisseaux. Le malade n’a pas d’appétit ; il a de la rétention des matières fécales et de l’urine.
L’urine retirée par la sonde est très colorée, mais ne contient pas d’albumine.
14 et 15 octobre. — La fièvre se maintient intense, les douleurs dorsales ont été calmées par l’application des ventouses scarifiées le Jong du rachis, mais elles s’atténuent surtout par suite de la progression ascendante et continue des troubles mo-
teurs et sensiifs. Le ventre est météorisé, tendu ; le malade est
très oppressé, congeslionné, il y a quelques vomissements bilieux.
A partir du 15 octobre, G... eut désormais des évacuations alvines, involontcires, à la suite desquelles le ballonnement abdominal et les vomissements disparurent, mais on dut continuer à le sonder.
16 octobre. — T. m. 380,8, s. 39°,2. Dans la nuit du 45 au 16, vers minuit, le malade ressent une violente douleur dans la nuque et dans le bras gauche. La sensibilité de la région thoracique devient de plus en plus obluse. Les membres supérieurs se parelysent.
G... peut encore remuer les mains, mais il est incapable d’exercer aucune pression.
Il a encore toute sa connaissance, il se sent perdu, ses pupilles sont fortement contractées.
Vers le soir, les douleurs de la nuque augmentent, le moindre mouvement du cou et de la tête est très pénible.
Pendant la nuit, G... pousse à tout instant des cris intenses ; il a du vertige, il sent son lit tourner.
17 octobre. — T. 40°. G... accuse de violentes douleurs dans la nuque et dans la région occipitale, pour les atténuer, il évite de remuer la tête et l’incline à droite ; son dos est à peine douloureux, ses bras sont paralysés ; la sensibilité du cou s’émousse, le myosis persiste. G... répond encore aux questions, mais il délire par instant. La respiration s’embarasse, le pouls est fréquent, régulier.
Les douleurs de la nuque augmentent vers le soir, malgré des applications de glace ; elles sont à peine atténuées par une injection de morphine. L’oreille gauche est le siège par moments d’élancements douloureux.
La température générale des membres se maintient normale,
Meslier 10
ATOE pas d’eschare. Dans la nuit, l’asphyxie augmente, et le malade succombe le 18 à 6 heures du matin.
Autopsie. — 25 heures après la mort: cadavre non émacié d’un omme robuste. |
La rigidité musculaire est peu prononcée, ni escharre, ni plaie en aucun point du corps.
Crâne.— Vascularisation intense des méninges, tous les vaisseaux sont gorgés d’un sang noir et poisseux. Pas d’exsudat entre les méninges légèrement adhérentes à la substance corticale ; pas de liquide dans les ventricules. La coupe des hémisphères cérébraux et du cervelet ne dénote qu’une congestion sanguine intense. |
Rachis. — Les parties molles, les apophyses épineuses et les arcs verlébraux sont sains ; à l’ouverture du canal rachidien, on constate qu’à partir de la troisième vertèbre cervicale, jusqu’au dessus du renflement lombaire, les parties postérieures et externes de la dure-mère sont recouvertes d’une couche épaisse de pus d’un blanc grisûtre, développé dans le tissu conjonciif qui sépare cette membrane des ares verlébraux. En avant, l’adhérence intime de la dure-mère avec le ligament vertébral commun postérieur à résisté à l'infiltra!ion purulente,
Le pus forme une couche épaisse, d’un demi centimètre et continue du haut en bas, il est collecté dans une loge unique, située à la partie postérieure du cordon médullaire qui. est fortement aplati contre le corps des vertèbres.
Débarrassé de ce pus épais par un léger grattage, la duremère apparaît presque: intacte. Il n'existe ni pus, ni liquide, ni fausses membranes entre cette enveloppe et les auires membranes médullaires. Les vaisseaux touiefois sont gorgés de sang noir.
Cetle congestion sanguine se poursuit à travers la substance
ul perveuse qui est ramollie et fluide, surtout au niveau du renflement dorsal au point de s'écouler à travers ! : incisions faites aux membranes lors de l'extraction ; cet état de ramollissement ne . permet pas la conservation de la moelle pour un examen ultérieur.
Thoraæ. — Le pericardé contient 30 grammes de sérosité citrine ; le cœur est sain, pas d’allération valvulaire, pas de myocardite.
La cavité pleurale gauche renferme une centaine de grammes de sérosité limpide.
Des adhérences lâches existent à la base des poumons, elles sont plus fortes aux sommets et en arrière où ls poumons présentent une fausse membrane de deux travers de doigt détendue.
Pas de liquide dans la cavité péritonéale. L’intestin est vasculerisé par place, mais on ne constate pas de congestion des plaques de Peyer.
Le foie, la rate, les reins, la vessie n’offrentrien d’anormal. Ps de pus dans les cavités articulaires ni en aucun point du corps.
OBsEeRvATION XIX
Elle est due à M. Delorme et a été publiée dans le livre de M. Chipault « Etudes de chirurgie médullaire ».
Le malade entra au Val-de-Grâce, dans leservice de M. Antony, le 18 novembre 1892. Cet homme, dont les antécédents présentaient des rhumatismes, une blennorrhagie, une adénite tuberculeuse, se plaignait de douleurs dans les jambes et de rachialgie lombo-dorsale. Le 15 décembre, il était paralysé complèlement des jambes, de la vessie, du rectum : sa température oscillait autour de 39°.
L'examen du sang pratiqué par M. Antony démontra la pré-
ro
sence de staphylocoques et lui fit penser à la compression de la moelle par un abcès intra-rachidien. Une intervention fut décidée et pratiquée le 46 décembre par M. Chipault. Il pratiqua Ja lamnectomie de la onzième à la septième dorsale et trouva une
masse fongueuse recouvrant la dure-mère, mais n’adhérant pas
trop. Il l’abrasa, lava à l’eau phéniquée et pansa à l’iodoforme.
Malheureusement le malade mourut bientôt d’une endocardite infectieuse.
Cette très intéressante observation établit nettement deux points que M. Chipault a parfaitement mis en relicf, d’abord la possibilité du diagnostic et ensuite l'intervention chirurgicale qui faite de bonne heure pourra certainement amener de très
brillants succès.
OBsERvATION XX (Personnelle).
Observation recueillie dans le service de M. Thibierge.
Der Henri, bijoutier, âgé de 19 ans, estentré à l’hôtel-Dieu (Annexe), le 4 mars 1893, salle Saint-Maurice, n° 3, dans le service de M. Le D' Thibierge.
Antécédents héréditaires, — Les grands parents paternels et maternels se portaient bien et sont morts dans un âge assez avancé. Sa grand'mère maternelle seule était infirme, elle était aveugle et est morte à 64 ans.
Son père est vivant, il est âgé de 48 ans ; alcoolique invétéré avec attaques de delirium tremens. À l'âge de 18 ans, il eut une maladie qui dura six mois. Il ressentait dans les deux membres inférieurs des douleurs très vives, qui lui rendaient la marche impossible. Ce n’était pas aux articulations que les souffran-
ces étaient les plus vives.
LRU, SCE
Le malade insiste sur la ressemblance de son cas avec celui de son père d’après ce qui lui a été raconté.
Sa mère est subitement morte à 45 ans d’une rupture d’anévrisme.
Elle avait eu 17 enfants, jamais de fausses couches. Quatorze sont morts entre quatre et douze mois, presque tous sont morts avec des convulsions. Des trois qui restent son frère âgé de 22 ans est bien portant, mais c'est un ethylique renforcé,sa sœur âgée de 18 ans ne présente aucune tare nerveuse. D... n’a jamais entendu dire que dans sa famille il y ait eu des rhumatisants, des goutteux, des fous.
Antécèdents personnels. — Le malade a eu le muguet dans la première enfance, la rougeole à 7 ans; depuis il a été bien portant mais faisait des excès alcooliques.
Histoire de la maladie — A la suite d’une marche de 80 kilomètres dans l’espace de 18 heures sans prendre de repos, il s’alita il y a 17 jours. C’est à dire le 15 février. Le lendemain de cette longue course à pied, voulant se lever, il manqua de tomber, ses jambes ne pouvaient plus le soutenir, pourtant il ne souffrait pas. La jambe gauche était enflée dans ses deux tiers inférieurs entre le mollet et les malléoles, tuméfaction rouge, non douloureuse à la pression, assez considérable au dre du malade. Sa jambe gauche aurait été au moins le double de celle du côté opposé. Il ressentait un anéantissement général, une perte totale des forces et à cet état s’ajoutait la dépression morale: ennuis de famille, manque de travail, misère.
Le surlendemain il eut des frissons répétés, une fièvre vive et des douleurs apparurent, d’abord au point œdématié, puis elles montèrent le long du membre inférieur gauche. L’enflure du bas
de Ja jambe cessa au bout de trois jours, nulle part ailleurs il ne