CHAPITRE PREMIER
Historique.
La périméningite aiguë n’est pas une maladie nouvelle : son nom le ferait croire au premier abord si l’on se contentait de rechercher dans les traités classiques français de pathologie. Il faut se reporter aux littératures médicales étrangères pour en trouver l’origine et la première ébauche. En France, cette affection était presque inconnue ou tout au moins confondue dans l’histoire des méningites spinales ; ce n’est que sous l'impulsion des médecins militaires que dans ces dix dernières années la question réapparut et se perfectionna.
Bergameschi en 1820 rapporte l'observation d’une personne chez laquelle on trouva un épanchement séreux entre les os et la dure-mère spinale. Dans un autre cas, à l’autopsie, Lallemand constata au même endroit une quantité considérable de sang (de nature inflammatoire) en dehors de la dure-mère. Roux de Marseille, Abercrombie, Chevalier, Portal, publient des faits qui ne rentrent guère dans le cadre de cette affection. A part l'observation de Bergameschi les descriptions et surtout les autopsies permettent de douter qu’il se soit agi de l’affection qui nous intéresse. Tantôt c’est un épanchement ou une tumeur
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extérieure à la dure-mère, tantôt un kyste hydatique, un abcès froid. Quelques cas pourraient rentrer dans ce que Leyden décrit sous le nom de périméningite chronique, mais à coup sûr, ils doivent être éliminés du cadre de la périméningite aiguë, affection essentiellement inflammatoire Se localisant au tissu cellulaire entourant les enveloppes : véritable phlegmon. Avant les auteurs précédemment cités on avait signalé que dans la myélite spinale la: dure-mère pouvait être atteinte isolément et que l’exsudation se faisait non pas dans la cavité arachnoïdienne, mais entre la dure-mère et les vertèbres.
Albers, le premier, en 1832, donna à l’inflammation du tissu cellulo-graisseux qui entoure la dure-mère rachidienne le nom de périméningite spinale (périméningitis spinalis). Pour Leyden, les deux observations d’Albers, intitulées Perimeningitis spinalis medullæ, ne rentreraient pas d’une façon évidente dans la périméningite aiguë. Jusqu’à cette époque il n’y avait pas eu de faits qui en affirmaient l'existence et l’autonomie. Cependant on avait déjà noté qu’à quelques autopsies on rencontrait du pus dans les mailles du tissu cellulaire qui entoure la dure-mère. Ollivier avait décrit un cas qui rentre sans grande hésitation dans ce paragraphe. Constant publiait dans la Gazette médicale de Paris en 1835 (Revue de la Clinique Baudelocque), une observation intéressante : il existait du pus sur quelques points de la surfacelibre de la dure-mère spinale. Simon en 1855, à l’autopsie d’une paraplégique est surpris de voir la dure-mère recouverte de pus.
Ce n’est qu’en 1860 qu'on publia des faits qui mirent hors de doute l'existence d’une inflammation exsudative
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propre au tissu cellulo-graisseux situé entre les parois du canal rachidien, tapissés du périoste et de la dure-mère. Il ne s’agit pas d’une inflammation de la dure-mère ellemême, mais du tissu qui l'enveloppe. Traube inscrivit partout en tête de ces deux observations le nom de peripachymeningitis spinalis ; Leyden dans son Traité des maladies de la moelle accepte cette dénomination. Cette appellation serait justifiée, ainsi que le montre la lecture attentive des observations, par une série de symptômes correspondant à ceux de la méningite spinale ordinaire (douleurs lombaires, raideur de la nuque et des muscles du tronc, réaction fébrile intense) et par les lésions anatomopathologiques, à l’autopsieles méninges sont plus ou moins altérées.
Mankopf en 1864 observe un cas à la clinique de Frerichs. Müller en 1868 en recueille un autre à la clinique de Leyden, à Konigsberg, qui lui sert de base pour sa dissertation inaugurale.
Leyden publie son livre : Des maladies de la moelle épinière, livre auquel nous avons fait de nombreux emprunts ; car c’est après Albers, le seul auteur qui ait essayé de dégager la question et de lui esquisser une symptomatologie. Il rapporte une observation en 1872. Lowitzky en donne une autre en 1877.
En 1864, M Jaccoud, dans son Trailé sur les paralysies parle d’une lésion méningée (périméningite) extrèmement rare si tant est qu’elle ait déjà été signalée.
Nous voyons donc qu’en France la question demeurait dans l'obscurité et n'avait pas éveillé l'attention malgré la mise au jour de quelques faits. A partir de 1880, nous
entrons dans ce que l’on pourrait appeler l'ère française de la question. Quelques points de symptomatologie sont étudiés, les recherches bactériologiques deviennent la clef de l’un des problèmes et la classification commence à s’opérer dans ce vaste tout de productions diverses situées entre le canal osseux et la dure-mère.
À cette période se rapportent les cas relatés par MM. Lemoine et Lannois, par M. Antony et la discussion qui eut lieu à ce sujet à la Société médicale des Hôpitaux. Enfin après les études sur la chirurgie du rachis faites en ces dernières années on osa penser qu'il pouvait y avoir un traitement de cette maladie fatalement mortelle. M. Antony posa le diagnostic de périméningite chez ses deux malades, la lamnectomie jugée nécessaire fut pratiquée par M. Delorme.
Ne connaissant pas les travaux accomplis sur la périméningite, nous ne pûmes diagnostiquer la périméningite que l’autopsie nous révéla, pourtant, durant le cours de la maladie, il nous arriva de remarquer souvent combien cette méningite sortait du cadre classique. Le diagnostic, quoique difficile, était possible, croyons-nous. Le malade aurait-il retiré grand bénéfice d’une intervention chirurgicale ? Peut-être, au début, bien conduite, c’est-à-dire nonseulement évacuation du pus intra-rachidien mais encore des fusées purulentes, la guérison aurait-elle été radicale ? Toujours est-il que depuis que la question a été importée en France par les médecins militaires qui y ont attaché leurs noms, elle à fait de rapides progrès tant sur le ter rain clinique et bactériologique que dans la voie thérapeutique.