‹ Contribution à l'Étude de la Péritonite CancéreuseChapitre 35 sur 38 · H. TEL · texte numérisé non relu

H. TEL

ET. ee

Observation LXIV. — PERSONNELLE (Inédite). Kyste glandulaire de l’ovaire gauche. Péritonite cancéreuse.

Ch. L..., âgée de 36 ans, entrée à la salle Sainte-Pognie, le 29 avril 1892 : à

Antécédents. — Cinq accouchements normaux.

Début. — Le début s’est fait deux mois avant son entrée à l’hôpital par : des frissonnements, sensation de picotement dans le ventre, ballonnement abdominal, quelques vomisséments, inappétence, soif, constipation et insomnie. Le ventre est resté toujours ballonné et un peu douloureux. Une grosseur que la malade avait sentie dès le début, est devenue de plus en plus considérable. Les nausées et les vomissements se sont répétés de temps en temps, surtout dans les matinées. ë

Examen clinique. — Paleur, affaiblissement, inappétence, nausées, constipation et douleurs abdominales. L’exploration du ventre est douloureuse ; la paroï abdominale est tendue et luisante. Sonorité tympanique au-dessus de l’ombilic ; au-dessous la sonorité est d'abord sub-mate el puis, vers le pubis, de plus en plus miate. On constate dans l'hypogastre une tumeur à surface irrégulière ; sur son contour on perçoit de petites grosseurs arrondies, adhérentes à la-tumeur, douloureuses à la pression et sonores à la percussion. Le col utérin est porté en avant, le corps immobilisé. Le cul-de-sac de Douglas est rempli d'une tumeur douloureuse à la pression et donnant la sensation de brides et de points mollasses. La malade tousse quelquefois; elle n’a jamais eu d'hémoptysie. Rien d’anormal dans l'appareil circulatoire. Inappétence ; pas de troubles de défécation. Urine et miction normales. Insomnie. Asthénie. Teint jaune terreux. Amaigrissement considérable. Le 2 mai. Le ventre de la malade augmente de volume tout d’un coup dans la soirée; elle pâlit, se couvre de sueurs froides ; ses extrémités se refroidissent, sa voix s'éteint; elle est dans un état anxieux, un peu oppressée et souffrant de l'abdomen.

Le 5. La températnre marque ce la voix reste éteinte; la malade se sent très faible.

Le 6. Laparatomie. —. Le ventre est rempli d’un épanchement sanguinolent foncé. Tout le grand épiploon est atteint de dégénérescence maligne; il est excessivement friable et il paraît formé de lobules kystiques juxtaposés. L’ovaire gauche est le siège d’une énorme tumeur irrégulière bosselée, friable, creusée de nom-

breuses cavités kystiques de volume variable et d'un contenu albumineux. La surface dé la tümheur est lisse, elle re présente qu'une légère adhérence avec ünëê anse intestinale. Les franges épiploïiques sont aussi dégénérées. L’appendice ilio-cœcal est entouré de tissu morbide. Les trompes et l'utérus sont sains. L'ovaire droit, ratatiné, creusé de sillons profonds, présente deux petits kystes. — Extirpation de la tufneur et du grand épiploon. Lavage du péritoine et suture du ventre. La tumeur pèsé près de 2 kilogrammes. Décès dans la soirée.

Autopsie. — Il y a une véritable éruption nébplisique sur le péritoine pariétal, lés noyaux secondaires ont un Yolurmé vatiable de celui d’un grain de chènevis à celui d’une noix: ils sont sessiles ou paraissent pédiculés. L’éruption est confluente surtout sur les parois antérieures et latérales de l'abdomen. Le mésentère et les épiploons gastro-hépatique et gastro- -Splénique sont äuséi ériblés de noyaux secondaires. Les ganglions lymphatiques iéséhté-

« riques iliaques et les ganglions de Poüpart sont engorgés. Mais

pas très volumineux. Le nombre des hoyaux cancéretit sur la . tunique séreuse des intestins grêles est considérable. L'ippeñdice “‘ilio-cœcal est entouré d'un mamelon de tissu néoplasique.

La plupart des franges épiploïques sont dégénérées. L'estoinac est dilaté : le foie est graisseux ; la rate, les reins et la véssie sont sains. Sur la tunique séreuse de l'utérus 8e sont implantés plusieurs néoformations cancéreuses. Les trompes soht sainés. Rien d’anormal dans les organes thoraciques.

“Éramen microscopique. — L'examen d'une pièce prisé Sur la tümeur montre une structuré alvéolaire ; les éloisons sont minces et les alvéoles petits. Les cellules contenues dans ces loges se colorent difficilement par l'hématoxyÿline ; elles paraissent atteintes de la dégénérescence colloïde.

Température :

Le 29 avril, soir 39° Le 3 mai Soit 31 30 = matin 373 4° = 7 matin 313 30 — goir 379 4 = soif 372 4 iai matin 36°8 3 — matin 983 4 — soir | 37°2 5 — Soir : 35° 2. — matin 37° 6 — matin 377 & —. soir 378 6 — soir décès.

— . matin 313

Aslanian. — 9,

Obs. LXV.-— PERSONNELLE (inédite). Kyste aies de l'ovaire. Péritonite cancéreuse..

M. R..., âgée de 30 ans, entrée à la salle Sainte-Fugénie le ar mai 1892.

Antécédents. — Trois grossesses ; la première s’est terminée par un accouchement prématuré (7° mois) et la dernière par un avortement (3° mois). Après cet accident elle a toujours SOHUERE de son bas-ventre. |

Début.— Il y a 18 mois les coliques hypogastriques deviennent plus intenses et s’accompagnent d’une leucorrhée abondante. Un médecin a constaté en ce moment la présence d’une tumeur dans lhypogastre. La leucorrhée disparait après 6 mois, mais la tumeur continue à grossir insensiblement. Le ventre s’est développé. surtout depuis trois mois.

Examen clinique. — La circonférence du ventre mesure 108 cm. Les flancs et la partie sus-ombilicale de la paroi abdominale sont sonores à la percussion. Au-dessous de l’ombilic on constate la présence d’une tumeur un peu bosselée et immobile. L’utérus est abaissé et en antéversion. Dans le cul-de-sac gauche on constate une tumeur, grosse comme une mandarine, contiguë à l'utérus et très peu douloureuse à la pression. Le cul-de-sac postérieur est libre. Du côté droit on sent une autre tumeur, mais ses contours sont moins nettement accusés.

Mictions fréquentes ; oppression et parfois orthopnée, appétit

médiocre, pas de dyspepsie, pas de troubles de défécation, pas d’insomnie, plus de coliques hypogastriques. Etat général passable. Pâleur et maigreur.

. Le 25 mai. Laparatomie. — Le péritoine est. rempli d'une quantité considérable de sérosité citrine dans ses couches supercielles et louche dans ses couches profondes. Les intestins sont rétrécis, ratatinés et vascularisés. Le péritoine pariétal est aussi très rouge ; à la hauteur des épines illaques antérieures et supérieures on trouve des plaques épaisses grisâtres dures, grandes comme des pièces de quarante sous, en continuation avec le reste du péritoine qui est très injecté à leur périphérie. Le grande épiploon est adhérent à la tumeur. Le néoplasme a une surface très irrégulière, bosselée et lisse sur quelques points, couverte de végétations exubérantes sur d’autres. Elle a contracté des adhérences multiples avec les organes périphériques. Sa consistance

n’est pas uniforme, elle est fluctuante, mollasse, dure, selon les points examinés. L’utérus, couvert par le tissu néoplasique, n’est pas visible. On n’a pas tenté l'extirpation de la tumeur.

Suites opératoires. — L’opérée a eu, pendant une vingtaine de jours, une fièvre légère oscillant entre 37° et 3805. Il s'est formé une collection purulente au niveau de la suture pariétale. A partir du 14 juin la température devient normale, la suppuration de la paroi abdominale se tarit, l'appétit revient, la digestion se fait facilement, mais la miction reste toujours très fréquente et douloureuse à la fin. L'opérée se sent de mieux en mieux et quitte l'hôpital Je 20 juin. Elle est worte cachectisée six mois après la laparotomie exploratrice. Pendant trois mois elle a eu une santé satisfaisante.

Examen microscopique (d’une pièce enlevée sur la tumeur-mère). La structure est celle des tumeurs papillaires. Les végétations en choux-fleur sont entourées d’une rangée régulière de cellules épithéléales. /

Observation EXVI. PERSONNELLE (inédite). — Kyste papillaire de l'ovaire gauche. Péritonite cancéreuse.

A. J., âgée de 53 ans, entrée à la salle Sainte-Eugénie, le 4 janvier 1893.

Antécédents. — Dysménorrhée (due probablement à un vice de formation du vagin); aucune grossesse ; ménopause depuis 7 ans..

Début. — Depuis le mois de mars 1892, à la suite d’une émotion vive la malade a commencé à souffrir du creux épigastrique, des reins, de l'hypogastre et des membres inférieurs. La douleur a été lancinante et intermittente. Depuis 5 mois le ventre a commencé à se gonfler, déterminant une gêne circulatoire de plus en plus marquée. Diminution de l'appétit, amaigrissement. On a fait une paracentèse abdominale et l’on a retiré une dizaine de litres d'un liquide rougeûtre.

Examen clinique. — L’'épanchement ascitique est considérable, de sorte qu’on est gêné pour constater la présence d'une tumeur intra-abdominale. Pas d’œdème des membres inférieurs, pas de circulation complémentaire sur la paroi abdominale, pas d’émorrhoïdes, les limites de la matité hépatique paraissent normales. Pas d’albumine dans l'urine ; miction normale. Rien d’anormal äu cœur. Le vagin est cloisonné transversalement et le toucher

du col et des culs-de-sac utérins est impossible. La cloison éonstitue un diaphragme avec une petite ouverture centrale ‘dans Range même le petit doigt ne peut pas s'engager. Par le toucher

rectal:on constate dans le cul-de-sac de Douglas la DISAAURE d'une ein molle et friable.

Le 7 janvier. Paracentèse, on retire 8 litres de liquide séronan inilees dans lequel on n’a constaté que des globules -sanguins plus ou moins altérés. La palpation devenant facile, on a pu se convaincre de la présence d’une tumeur pelvienne. ,

Le 21. La malade présente des symptômes d'une hémorrhagie interne; prostration, sueurs froides, refroidissement des extrémités: pâleur, pouls petit et ffoenies angoisse, essouflement, ballonnement soudain et considérable du ventre.

Le 22. Réaction. Le ballonnement abdominal reste toujours très accusé, mais l'oppression est moins intense. Pas de fièvre.

Le 26. Laparotomie. — Le péritoine contient une vingtaine de litres de liquide rougeâtre ; les couches profondes de l’épanchement ascitique étaient complètement sanguinolentes. La tumeur est bosselée, mamélonnée; elle occupe le petit bassin. Le péritoine pariétal présente de nombreux noyaux secondaires ; il est rouge et vascularisé, surtout dans sa partie antérieure. La tumeurét ant intimemént adhérente aux organes voisins, on n’a pas tenté cette

extirpation et l'on a fermé le ventre.

Les suites opératoires ont été des plus simples et la malade est sortie le 9 février. (Nous regrettons de ne pas avoir pu suivre cette opérée et avoir des renseignements sur son état).

Obsérvation LXVII. — PersonNeLLE (inédite). Kyste papillaire de l'ovaire es Péritonite cancéresue.

P, M, âgée de 62 ans, entrée à lai salle po le 16 janvi er 1893. |

Antécédents. — Nuls. Aucune grossesse ; Rd ne à 52 ans.

Début. —.25 jours avant son entrée à l'hôpital elle s’est enrhumée et elle a commencé à tousser. La toux provoque des douleurs abdominales dont elle n'avait jamais souffert auparavant. Cette douleur intermittente et provoquée seulement par la toux au début, est devenue plus tard, trois semaines après, continué et gravative, mais jamais très intense.

Examen clinique. — L'appétit a diminué ; le sommeil est déve

très court; elle a maigri, son teint est jaune, blafard, Elle n’a pas de troubles urinaires, ni d'œdème des membres inférieurs ; ventre ballonné et globuleux ; pas d'œdème de la paroi. Ascité considérable. Vers la fosse iliaque gauche on sent une tuméfaction pariétale sans limites nettes. La palpation profonde est impossible à cause de la tension excessive du ventre et à cause de la contraction réflexe des muscles pariétaux. Du côté du vagin l'utérus paraît mobile ; à sa gauche on constate une bosselure duré ét immobile. Le cul-de-sac de Douglas est libre à sa partie inférieure et rempli par une tumeur à sa partie supérieure. |

Le 29 janvier. Laparotomie exploratrice. — Epanchement ascitique considérable d'une coloration orangeâtre. À gauche de l'utérus on trouve une néoformation en choux-fleur adhérente intimemeént avec les organes et les paroïs pelviens. Les intestins sont congestionnés et présentent des noyaux secondaires, de la grandeur dune lentille. disséminés sur toute leur longueur. L'épaississement pariétal qu'on sentait dans la fosse ilraque gauche n'était qu’une large plaque de dégénérescence cancéreuse; le péritoine périétal antérieur présentait en outre plusieurs autres petités plaques grisâtres autour desquelles la'séreuse voisime était rouge et injectée. L’extirpation de la tumeur ne fut pas tentée:

Les suites opératoires ont été dés plus simplés ét l’'opérée a quitté l'hôpital le 17 février. (Il nous a été impossible de la suivre).

Observation LXVIII. — PERSONNELLE (inédite). Kyste papillaire ù de l’ ovaire droit. Péritonite cancéreuse.

R. J., âgée 62 ans.

Antécédents. — Une bartholinite. Menstruation régulière à partir de 25 ans; ménopause à 48 ans. Pas de grossesse; pas de syphilis, pas de manifestations tuberculeuses. Mère asthmatique. Début. — Elle a constaté la présence d'une tumeur abdominale ‘sept mois avant son entrée à l'hôpital. Elle n’a jamais souffert, seulement elle a eu parfois des sensations de pesanteur rénale. Pertes blanches. Anorexie ; constipation.

Examen clinique. — Ventre ballonné et globuleux. Signes d'un épanchement ascitique. On sent au dessous de l’ombilie üne tumeur arrondie, grosse comme une tête fœtale, située un peu à gauche, indolente à la pression, paraissant immobile et d'une consistance ferme. vs ,

Le 20 mai. Laparotomie exploratrice. — Le péritoine contient une dizaine de litres de liquide séro-sanguinolent. La séreuse pariétale est incrustée de noyaux secondaires nacrés. Elle est injectée et rouge. Le grand épiploon est dur, rétr acté et contient de gros noyaux néoplasiques. La tumeur est grosse comme une tête fœtale, arrondie et adhérente aux organes du petit bassin. La séreuse du détroit supérieur présente des végétations néoplasiques en forme de grappe. On n’a pas tenté l'extirpation de la tumeur.

Le 10 juin, la plaie opératoire est complétement guérie, mais l'état général de la malade est mauvais, l’anorexie est complète, l’asthénie profonde et la cachexie propressite, Le volume du ventre est augmenté un peu.

Le 12. Symptômes d’une hémorrhagie interne: pâleur de. la face, refroidissement des extrémités, sueurs froides, anxiété, pouls petit et filiforme, ballonnement soudain, du ventre et oppression.

Le 13. La réaction est complète, pas de fièvre, le ventre reste baïlonné, sensation de faiblesse profonde,

Le 29. Décès. Dans les derniers jours, la malade était devenue absolument indifférente à tout ce qui l’entourait, elle était plongée dans une iorpeur qui s’est accusée de plus en plus. La mort est arrivée au milieu du coma.

Autopsie. La cavité péritonéale contient de 5 à 6 litres de liquide ascitique sanguinolent. La tumeur est développée aux dépens de l'ovaire droit. Elle est intimement adhérente aux parois et aux organes pelviens. Elle n’a pas une consistance uniforme et présente plusieurs loges kystiques. Tout le péritoine présente une éruption généralisée de noyaux néoplasiques d’une couleur nacrée, autour d'eux la séréuse est fortement congestionnée. L’éruption est beaucoup plus confluente sur le péritoine pariétal antérieur et sur la face inférieure du diaphragme. Sur la tunique séreuse des viscères elle est discrète. Le grand épiploon est rétracté et bourré de produits néoplasiques. Les noyaux secondaires sont petits et en général guère plus gros qu’une lentille. Il n’y a pas de noyaux métastatiques dans le foie, la rate, les reins et les organes thoraciques.

Examen microscopique. — Le stroma conjonctif forme des loges plus ou moins grandes remplies de cellules épithéliales polygonales qui ne présentent aucun ordre dans leur disposition.

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