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plus tard des détails discontinus, fragmentaires. Fait remarquable, alors que l’ensemble s’esquisse rapidement dans l’esprit, s’y affirme avec une certitude plus ou moins grande, les détails au contraire ne viennent que plus lentement appelés par le sentiment qui se joint à la vision mentale de la silhouette. Ils sont de plus moins nets, qu'ils ne le paraissaient au début « s’échappent quand on veut les fixer, se dérobent quand on veut les saisir ».
Quant au cœur même de l’image, à son « noyau central », contenant les éléments intacts de la perception originelle, il est extrêmement réduit, mais constitué de détails « nets et précis », touchant de près à « l’hallucination ». De plus, ajoute Philippe, « les images qui le possèdent ne sont pas nombreuses et dans ces images, ces éléments ne recouvrent jamais une grande superficie ».
Tout récemment, ABRAMOwSkKI, dans son livre sur Île subconscient normal, a développé singuliêrement les idées de Prizxpre en utilisant la méthode des tests alliée à celle de l’introspection. Il arrive à la conclusion de la dualité constitutionnelle du souvenir dont le noyau central de nature non représentative est la partie essentielle. Il donne une preuve directe du rôle primordial de notre activité intelleotuelle dans la formation des éléments représentatifs de l’image, visuelle en inhibant: précisément cette intellectualisation de la vision par l’artifice d’une distraction survenant pendant ou dans l’intervalle des visions des objets à décrire. Or la distraction a pour effet de diminuer le nombre des détails perçus, d’entraver le perfectionnement du souvenir dans la vision
multiple, perfectionnement qui ne tient pas à la sommation des impressions, mais à un travail de lesprit comme le montre le résultat identique au point de vue du nombre de détails remémorés, d’une série de visions distreites et d’une seule vision également distraite. Ce travail de synthèse mentale dû en partie à l'intervention des mots « instruments de l’activité intellectuelle » se fait non seulement pendant la vision mais aussi et surtout
dans leur intervalle.
En somme, de par l'introspection et de par l'expérimentation, la partie représentative du souvenir nous apparaît conditionnée par l’activité intellectuelle.
Examinons donc l’action de la mélancolie sur l’activité intellectuelle, la synthèse mentale et par conséquent sur le processus du souvenir dans lequel elle
intervient.
La synthèse mentale paraît fort troublée dans la mélancolie, le fait a été reconnu par la plupart des auteurs et notre maître SÉGLAS y a particulièrement insisté dans son livre sur le délire des négations. L'état de dépression générale dont souffrent les malades se traduit, du côté moteur de la vie psychique, par un ralentissement global du courant des idées, particulièrement de celles qui sont évoquées par l'esprit. Il en résulte une lenteur plus ou moins considérable de l’associaton ou même sa perversion, l'association par contraste si fréquente chez les mélancoliques ne semblant bien ne traduire que la paresse de l'esprit. D'autre part, ce même processus déter-
mine une déficience de l'attention soit de « l’effort intel-
Firpente
lectuel le plus élémentaire de notre esprit » notre arme de lutte contre Pautomatisme.
Si maintenant, nous examinons à ce point de vue nos malades, nous constatons qu'ils conservent les éléments, visuels représentatif des objets, mais tout au moins chez - certains, il sembe qu’ils soient dissociés, n’apparaissant que lentement les uns à la suite des autres, l’image qui, vient,chassant la précédente et ne contenant rien de celleci. Tout se passe comme si ces malades ne pouvaient faire l'effort suffisant pour lier l'élément visuel actuel à celui qui le précède et au suivant, comme si Chacun occupait un compartiment étanche. Ils ont maniféstement de la difficulté à chasser les pensées et images qui se déroulent automatiquement dans leur conscience et à fixer leur attention sur un objet déterminé et à en faire revivre les” détails qui ne s’appellent plus les uns les autres comme normalement. Et ces détails, ils ne peuvent les grouper et les hiérarchiser en une rapide synthèse. .
Mais si ce défaut de synthèse mentale peut être invoqué, en particulier chez notre malade, il ne saurait l'être en aucune façon chez celle de Lemos qui était ca- . pable de vous décrire avec tant d’exactitude la rue qu’elle habitait. La déficience de la synthèse mentale ne résume donc pas dans tous les cas et à elle seule la perte de la vision mentale. $
Aussi devons-nous rechercher si la perte de la vision mentale ne proviendrait pas d’un défaut d’appropriation au moi des images visuelles.
Nous avons vü en effet qu'à la synthèse des éléments
représentatifs, se joint une synthèse personnelle consis-
tant d’une part en une attribution du souvenir au moi et d'autre part en une localisation de cette représentation dans cette continuité du souvenir qui est notre personnalité psychique cependant que l'esprit tout en différenciant cet état actuel de notre présent et l’attribuant au passé vit néanmoins ce passé.
Or ce qui, dans cette synthèse, apparaît comme le plus important est précisément ce qui passe inaperçu tant cette opération «-va de soi», paraît « simple-et naturelle »,
nous voulons parler ‘de ce processüs étudié par JANET sous le nom de « personnification ». Elle consiste pour la personnalité à s'approprier le souvenir comme sien et non simplement comme un état de « déjà vu » simplement intellectuel. Or nous ne remarquons toute l’importance de cette opération que lorsqu’elle vient à manquer comme il arrive chez les dépersonnalisés et c’est en effet sa déficience qui est l’origine de ce sentiment d’étrangeté et du monde extérieur et d'eux-mêmes dont se plaignent ces malades.
Nous signalerons en passant que le phénomène inverse par certains côtés du précédent, le sentiment de fausse reconnaissance, l'illusion du « déjà vu » peut s'expliquer également par une désagrégation de la synthèse mentale sous l'influence de l’inattention au moment de la première impression qui passe ainsi dans le subconscient. Elle en est tirée sans cffort par une deuxième perception cosnciente qui se juxtaposant à la première la fera apparaître comme une réédition. Or, cette synthèse personnelle est profondément troublée chez les mélancoliques
et particulièrement chez nos malades du fait des troubles
profonds de la cénesthésie générale et cérébrale, qui contribue si puissamment avec la continuité de nos souvenirs à nous donner la notion de notre « moi ». Ces malades dans leurs perceptions internes se sentent différents d’autrefois et la répercussion cérébrale de ce trouble des per- -ceptions internes sur leurs perceptions externes leur fera trouver les objets étranges, pas comme avant. On sait d’ailleurs avec quelle fréquence se rencontrent les troubles de la personnalité chegles mélancoliques et les anxieux. Et, de même que certains d’entre eux sont amenés à nier la réalité d’une partie de leur corps ou du monde extérieur parce que les trouvant étranges et étraneères, de même nos malades nient, pour la même raison, la réalité de leurs souvenirs visuels.
. C’est en ce sens que M. Secras attribue la perte de la vision mentale à un trouble de la synthèse mentale.