‹ Contribution à l'étude de la perte de la vision mentale chez les mélancoliquesChapitre 5 sur 15 · HO UE · texte numérisé non relu

HO UE

. — Comment est-elle ?

Chétainmtonceé:

k —= S4. forme?

. __ Comme celle de M. le Docteur (elle montre l’interne qui fait l’interrogatoire), elle est repliée en bas.

HO mois o

D. — Est-elle plus épaisse que la mienne ?

R. — Non, à peu près comme la vôtre.

D. — Et la forme générale de sa figure ?

R. — Ronde.

D. — Son teint ?

R. — Mat.

. — Comment savez-vous tout cela, que sa moustache est abaïissée par exemple ?

R. — Je sais dans l’intérieur que sa moustache est abaissée mais je ne la vois pas. Quand je regarde la moustache de M. le Docteur, je vois à peu près celle de mon mari.

D. — Comment est son nez ?

R. — Il a un très gros nez, mais je ne peux pas me le représenter.

D. — De quelle forme ?

R. — Il a comme on dit un nez de juif ou de turc.

D. — Comment savez-vous qu'il à un nez de juif ?

R. — Parce que je l’ai entendu dire.

D. — Ses cheveux ?

R. — Grisâtres, quelques cheveux noirs comme ceux d’un

homme de 56 ans. Je sais qu'il a des cheveux gris, mais je ne peux pas me les représenter.

— Comment est coiffé votre mari, porte-t-il une raie ? — Non.

— Est-il coiffé en brosse ?

— Non, à plat.

— $es yeux ?

— Ils sont petits.

— Leur couleur ?

— Je ne sais pas.

— Ils scnt bleus, noirs ?

— Ïls ne sont ni bleus, ni noirs.

— Marrons ?

— Je ne sais pas.

— Et les yeux de votre petite fille ?

— Comme ceux de son père... Mais je sais ceux de mon petit garçon. Ils sont absolument comme les miens c’est-àdire bleus. On disait toujours qu’il avait de beaux yeux bleus.

HORDE OrOmMUNE

D. — Somme toute, vous avez tous les éléments pour vous représenter votre mari ?

R. — Oui, mais je ne les vois pas, je les sais seulement. Les objets : D. — Décrivez-moi votre appartement de Paris. R. — Il est au 3, rue S... Il n’y a que deux ateliers sur le

palier Il y a un petit vestibule. Il est en longueur. Il n’est

pas tapissé mais peint avec de la peinture jaune. Quelquefois mon mari y met des caisses.

Il y a quatre chambres grandes comme la pièce de l’autre

côté : deux chambres à coucher, une salle à manger, etc.

D. — Qu'’y a-t-il dans votre salle à manger ? PICARD

EE Vie R. —— Je puis vous le dire par cœur mais je ne peux plus le voir.

D. — Comment est fait le buffet ?

R. -— Un buffet inférieur avec trois portes : une grande au

milieu, deux petites latérales, j'y mets les effets de mes enfants. Au-dessous de ce buffet est un autre buffet où je mets ma vaisselle. Entre les deux se trouve un porte-assiette ; sur toutes les portes, il y a des sculptures qui ne représentent aucune figure mais des bois entrecroisés. Au-dessus du buffet existe une colonnade ».

Nous avons demandé à la malade de dessiner son buffet. Bien que dessinant fort mal, on se rend très bien compte du genre de meuble dont il s’agit.

Le 2 juin 1914, la malade reçoit la visite de son mari et de ses enfants. Le lendemain soir, en fermant les yeux, elle se représente, mais d’une façon très floue « dans/une teinte sombre » sa petite fille. Pas de détails dans le visage, elle ne vit pas mentalement la couleur de ses yeux. De même, commencement de représentation visuelle de son mari.

D. — Vous avez été contente de voir votre mari et vos enfants dimanche ?

R. + Oui, Monsieur, mais je n’éprouve plus le même plaisir avec eux qu’autrefois.

D. — Autrefois ?

R — Je veux dire avant d’être malade. Je voudrais les aimer comme il y a deux ans, mais je ne le puis pas.

Depuis une semaine environ, on constate une amélioration sensible. La malade gémit moins, est moins agitée. Elle donne même l'impression qu’elle gémit par habitude. Il est vraisemblable que l'anxiété et la douleur morale soient sinon disparues, du moins infiniment moins accentuées qu’elles ne le paraissent. Nous ferions la même remarque au sujet de la perte de la vision mentale que la malade reconnaît elle-même moins absolue qu'autrefois.

si MEET tue

Les autres observations de perte de la vision mentale que nous allons relater sont très incomplètes au point de vue qui nous occupe, la perte de la vision mentale y apparaissent comme un signe épisodique ou n’ayant pas suffisamment arrêté l’attention des observateurs.

Observation VIIL (Deny et Camus). — MM. Deny et Camus ont publié l’une d'elles dans la Revue de Neurologie de 1905 sous ce titre : « Sur un, cas d’hypocondrie aberrante due à Ja perte de la conscience du corps ». Leur malade, qui est une anxieuse, prétend ne plus sentir comme elle sentait auparavant. « Il me semble que tout mon corps est changé parfois comme s'il n'existait plus. Quand je touche un objet, ça me fait comme si ce n’était pas moi qui sentais. Je ne suis plus comme j'étais. Je ne peux pas me retrouver, je cherche à penser et je ne peux pas me représenter. C’est affreux cette insensibilité, ça me fait comme un vide ». En fait pas de troubles de la sensibilité, de Ja perception, ni de la mémoire.

Observation IX (FoœrTer, Ein fall von elementare allge-

meinen somotopsyche in monatschrift f. Psychiatrie und neurologie, pp. 189-204, 1908). — Cette observation concerne encore nettement une anxieuse chez qui on ne relève, pas plus que chez la malade de MM. Deny et Camus, de troubles de la sensibilité, ni de cécité psychique, ni d’agnoscie. « C’est, dit- -elle, comme si je m’existais plus, je n’ai plus la notion de moi-même, je ne sens plus ma tête... je ne vois plus comme avant, je ne peux plus rien reconnaître des personnes ou des objets. Je ne peux plus me représenter la figure des personnes, de mon mari même, ni les objets qui me sont le plus fami- Cr Quard je regarde un objet, je sais ce que c’est, mais si je ferme les yeux, il s’évanouit entièrement ; quant à essayer de me le représenter, c’est comme si je voulais me représenter l'air ».

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