MURS TUE
Aussi Henri Pétroz eut-il bientôt une clientèle appréciable.
|| avait engagé comme élève, sur la recommandation de son frère, un jeune homme depuis peu bachelier, Antonin Catellan, fils d’un professeur de mathématiques au Collège de Montauban et qui n'était entré chez lui que pour s'assurer un gagnepain. Mais il se trouva qu'en travaillant sous la direction de Pétroz, le jeuhe homme prit goût à la pharmacie et résolut de l’étudier. Difficile tâche pour lui qui n'était pas maître de son temps et qui en outre ne pouvait compter sur l’aide de son père trop chargé de famille pour lui envoyer des subsides. M. Delpech père a rappelé, dans une intéressante étude (1) les débuts pénibles de Catellan, « les modestes repas qu'il prenait dans une petite crèmerie de la rue Feydeau et pour lesquels il ne dépensait pas plus de 0.70 à 0.80 centimes afin de pouvoir acheter les livres nécessaires à ses études et payer les frais d'inscription ; puis, sa journée de labeur terminée chez Pétroz, son retour dans la petite mansarde qu'il habitait rue de la Michodière et où il travaillait jusqu’à une heure ou deux heures du matin.
Sacrifices et peines qu'il ne devait pas regretter par la suite car, peu après qu'il eût conquis son diplôme, Pétroz lui proposa de lui céder son officine ce qu'il accepta bien entendu.
Ainsi naquit une pharmacie homéopathique qui, pendant bien des années, fut le grand centre d’approvisionnement des clients soignés par la doctrine Hahnemannienne, et qui eut, . pour ainsi-dire, le monopole des remèdes qui leur étaient prescrits pendant les plus belles années du Second Empire. La plupart des pharmacies homéopathiques d'aujourd'hui sont issues de cette firme.
Trop à l'étroit rue de Richelieu, Catellan alla bientôt s’installer rue Taitbout, non loin du fameux restaurant Tortoni et s'adjoignit son jeune frère Charles qui, sur son conseil, s'était orienté vers la pharmacie.
À cette époque où la médecine officielle, a de rares exceptions près n'avait que mépris pour l’homéopathie, les deux frères associés eurent grand mal à triompher des obstacles
(1) Revue française d'homéopathie (mai 1923),