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toutes les critiques auxquelles l'application du médicament semblerait avoir donné lieu.
« Un médicament ne produit pas le même effet s'il est donné le matin, s’il est donné à midi, s'il est donné le soir ou dans le milieu de nuit : il ne produit pas le même effet si on le donne dans une chambre ou en plein air, var un temps frais ou par temps chaud.
« Il y a un mot, pour tous les médicaments donnés homéopathiquement, indépendamment d'une longueur de temps qui permet de leur attribuer tout ce qu'on veut, une diversité de circonstances à l'aide de laquelle toutes les variations imaginables deviennent susceptibles d'explication.
« On comprend maintenant comment, lorsqu'on s’est donné une telle latitude, on a pu en arriver à dire : J'ai administré un médicament, mais il produit des effets trop forts. Je diminue la dose et je découvre, chose étonnante, que plus on diminue la dose, plus elle a besoin de l'être, tant les effets sont considérables ».
Nous nous abstiendrons de tout commentaire, car la « charge » voulue apparaît ici à chaque ligne. Dumas ne cachait pas du reste qu'il considérait tout ce qui avait été observé de son temps, à la suite de l'administration de médicaments homéopathiques, comme étant le résultat de l'imagination du malade. « 11 y a, disait-il, des maladies qui se guérissent spontanément, en laissant agir la nature, en ne faisant rien ».
Ce pouvoir de l'imagination du malade sur les bons effets de l’homéopathie, combien de fois les détracteurs de cette thérapeutique ne l’ont-ils pas mis en avant ? Et il faut convenir que leur erreur est grande. Car, bien loin d’appartenir à la clientèle des émotifs qui se suggestionnent, les malades qui ont recours à l'homéopathie le font le plus souvent sans conviction, comme l'a noté le docteur Gilbert Charette, et après s'être longtemps soigné sans résultat. Le docteur J. Séval a dit de l’homéopathie qu'elle est la médecine des « laissés pour compte », de ceux qui font une dernière tentative pour obtenir la guérison souhaitée. C'est très exact. Nous en avons d'ailleurs cité des exemples en mentionnant les guérisons inespérées ce la fille d'Ernest Legouvé et de Mme des Guidi. On pourrait les multiplier.
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A l'époque ou |. B. Dumas criblait l’homéopathie de ses sarcasmes, elle venait de réaliser, en une trentaine d'années des progrès indéniables. En cette année 1864, il y avait à Paris üne centaine de médecins homéopathes, trois pharmacies spéciales, sans compter les pharmacies mixtes. Dans les dispensaires homéopathiques, le nombre des consultations avait passé, de 74.000 l'année précédente, à 112.000. Dans tous les milieux, la thémpeutique hahnemannienne recrutait sa clientèle. Nous savons par le témoignage de M. Bonjean (1) que parmi ses collègues du Sénat, vingt au moins (soit le cinquième de l’Assemblée) se soignaient ou faisait soigner leurs famille par l'homéopathie.
Et ce n'était pas seulement par le nombre des malades qui avaient recours à elle que l’homéopathie attestait ses progrès. On pouvait également les mesurer au nombre des médecins qui s'étaient convertis, plus ou moins tardivement, à ses doctrines. Nous en avons déjà cité quelques uns parmi les premiers disciples d'Hahnemann, mais il convient de rappeler que c'est une guérison inespérée qui amena plusieurs de ceuxci à se rallier à la loi de similitude. Tel fut le cas du docteur Benoit-Mure, guéri de phtisie par un traitement homéopapathique, et qui consacra une fortune à propager la doctrine nouvelle en Sicile, en Egypte, en Amérique du sud; et aussi celui du botaniste Boenninghausen qui dut, lui aussi, son retour à la santé aux remèdes homéopathiques. Le docteur Antoine Pétroz, ayant fait l'essai de la thérapeutique hahnemannienne pour traiter des cas de choléra, pendant la terrible épidémie de 1832, se passionna pour cette méthode, dont il devint le fervent adepte et l’ardent propagateur. (2)
En 1850, neuf ans avant la mort de Pétroz, un ami de Depuytren, le docteur lean-Paul Tessier, médecin de l'hôpital Sainte-Marguerite, à Paris (annexe de l'Hôtel-Dieu) révèla que depuis trois ans il traitait les malades de son service par l’homéopathie, ce qui ne fut pas sans déchaîner contre lui de
(1) Discours cité.
(2) Notamment en instruisant les médecins qui s’adressaient à lui. H exerça pendant 26 ans l’homéopathie à Paris et sa carrière, au cours ‘de laquelle, après Bwoir repoussé les hautes dilutions, il évolua lentement vers un retour à l’hahnemannisme, est caractéristique de certains revirements fréquents à cette époque, où l'étude de
la doctrine n'avait pas le soutien d’une école.
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violentes hostilités. Mais l'enquête démontra que la mortalité était moins grande dans son service que dans les autres, et qu'il obtenait ces résultats avec des frais pharmaceutiques considérablement inférieurs à ceux des allopathes.
Il est arrivé que l'homéopathie conquière jusqu'à ceux qui avaient pour tâche de la combattre. Le docteur Constantin Héring fut chargé par le docteur Robbi, dont il était l'assistant à Dresde, de préparer une réfutation de l” « hérésie homéopathique ». Il lut à cet effet très attentivement les ouvrages d'Hahnemann et fit l'essai de ses remèdes. A sa vive surprise, les résultats obtenus furent tels qu’il devint un des plus fermes pionniers de la doctrine nouvelle et contribua à son développement aux Etats-Unis, en fondant à Allentown une école homéopathique.
Un autre cas analogue est cité par le docteur Charette (1) : celui du docteur Martiny, élève du docteur Loeper, professeur à la Faculté de Médecine, chargé de se mettre en rapport avec quelques homéopathes pour étudier ce qu'il pouvait ÿ avoir de bon dans leur doctrine, le docteur Martiny devint un fervent adepte de la loi des semblables.
Au sixième congrès national du « Centre Homéopathique de France » qui s’est tenu à Paris, en mai 147, le docteur Kopp, de Thann, président du Centre d'Alsace, a rappelé que le célèbre professeur Auguste Bier, directeur d'une imvcortante clinique universitaire, a publié une étude sous ce titre : « Quelle doit être notre position vis-à-vis de l'homéopathie ? » (2). On y peut lire ce qui suit : « Quand je me mis, en l’année 1920, à étudier les sources de l’homéopathie, il me fallut bien reconnaître que je me serais énargné beaucoup d'erreurs, de détours et de de fausses routes, si j'avais commencé cette étuce trente ans plus tôt ».
« Bier reconnaît, ajoutait le docteur Koop, qu'un grand nombre de procédés thérapeutiques parmi les plus importants : et les plus récemment inventés, sont pressentis dans les œuvres de Hahnemann. « Le grand chirurgien, en effet, en expérimentant dans la pharmacopée homéopathique certains remèdes,
(1) Ouvrage cité.
(2) Revue hebdomadaire de Médecine de Munich (1925).
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n'a pu s'empêcher de constater par exemple aue le soufre, qui irrite la peau, guérit, sous forme homé2pathiaue ces maladies de peau rebelles à tout autre traitement ; que l’iode, dont le rhume est une manifestation secondaire, guérit ou prévient le rhume à très petites doses ».
« Le docteur Bier, écrit de son côté le docteur = Cnarette (1) s'est avisé qu'en traitant l’inflammation par la thérapeutique irritante (injection de sang ce protéines), on ne fait qu'appliquer la loi de similitude. || fut aussi conduit à donner raison aux homéopathes qui disent que les organes malades présentent vis-à-vis des remèdes à action élective une extréme sensisibilité qui n'existe pas chez les sujets sains ».
Le docteur Bier n'est pas seul à estimer qu'il y a beaucoup à prendre dans l’homéopathie. Le professeur Guignard admet et explique la loi d'analogie, le professeur Arnozan ne songe pas à nier que « le même agent puisse troubler le fonctionnement d'un organe quand il est administré à Un sujet sain et le régulariser quand il est administré à un sujet malade. C'est, dit-il une question de doses ».
Parmi les personnalités qui ont témoigné ce leur neutralité bienveillante envers l'homéopathie, on voourrait citer aussi le docteur Hallion, de l'Académie de Médecine, des savants comme GC. Bertrand et Dejust (2), de l'Institut Pasteur, le professeur Pagès, de Montpellier, le professeur Loeper, le professeur Morvillez, titulaire de la chaire ce Pharmacie à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Lille, qui consacra une leçon en 1934 à la préparation des remèdes homéopathiques ; et aussi le professeur Laignel-Lavastine, de l'Académie de Médecine, qui honora de sa présence les « Journées hahnemanniennes », organisées en 1934.
Dans les discours qu'il prononça le 14 avril 1923 en qualité de président de la « Société Française d'Homéopathie », le docteur Picard fit allusion à quelques autres sympathisants de marque : « Le grand praticien Huchard, sur la fin de sa vie, dit-il, fit une conversion éclatante vers notre art de guérir, faisant même de l'exposé de la doctrine homéopathique le sujet d'une de ses leçons cliniques.
(1) Ouvrage cité 42) M. Dejust a publié ;: « Examen critique de l'Homéopathie » (1922).
« Vers la même époque, le professeur Albert Robin, dans le « Bulletin général de Thérapeutique », faisait l'éloge du cocteur. Pierre Jousset, qui venait de disparaître. Il écrivait dans cet article, au début de 1911 ». Au fond, toute vérité nouvelle, avant d'être scientifiquement établie, passe par une période provisoire, et l'on peut dire que les homéopathes ont été en quelque serte les précurseurs un peu mystérieux de la médecine moderne ».
De ce que le rapprochement entre allopathes et homéopathes n'a fait qu'aller en s’accentuant, il ne faut pas conclure que la « loi des semblables » n'a plus aujourd'hui d’adversaires irréductibles. Sans aller jusqu'à prétendre, comme Littré et Gilbert (1) que « la médication homéopathique est absolument sans effet, en dehors ces changements de régime qu'elle prescrit en les empruntant à la médecine proprement dite et qu'elle revient à faire de la médecine expectante, mais sans le savoir ni le vouloir », certains critiques de la doctrine de Hahnemann refusent toute efficacité aux hautes dilutions.
Le docteur Pierre Mauriac a, notamment, mis en doute (2) leur action curative. « Tout le monde s'accorde, écrit-il, pour reconnaître que la dose la plus faible d’une substance chimique biologiquement active correspond à la septième dilution homéopathique.
« Mais, répondent certains physiciens, les méthodes de détection des corps dissous sont bien imparfaites: qui peut nous assurer que, dans quelques années, des techniques plus précises ne nous découvriront pas des dilutions très poussées ? La matière vivante n'est-elle pas sensible à certains impondé-
rables que les techniques physico-chimiques sont bien incapables de découvrir ?
« Nous pénétrons ici dans un domaine à l'abri des vérifications scientifiques. Les homéopathes s'y promènent à l'aise
(1) Dictionnaire de médecine (1908).
(2) Libres échanges : l'Homéopathie ou la Médecine sensible au cœur (1935). « Je ne discute pas, dit l’auteur, la réalité du soulagement que les homéopathes apportent à certains de leurs malades: ce sont leurs principes que je conteste. »
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et nous affirment que, « lorsque les atomes sont dissociés, « le rythme vibratoire de la substance originelle persiste « jusqu'aux dilutions les plus hautes, et avec une intensité « d'autant plus forte qu'il est plus libéré de son aspect stabi- « lisé, la matière ». Je serais bién en peine de contredire ».
Le docteur Pierre Mauriac reproche au bagage expérimental des homéopathes de n'être pas bien lourd. « Ni dans les nombreux livres que j'ai lus, dit-il, ni dans l’aboncante correspondance dont j'ai été honoré, ni d’ailleurs, je n'ai trouvé de preuves biologiques ou expérimentales de l'action des remèdes homéopathiques ». ,
À l'étude dont nous venons de citer un passage, le docteur Duprat fit une réponse (1) dont le docteur Mauriac tint loyalement à reproduire, dans son volume, les passages essentiels. Nous ne pouvons songer à en extraire que quelques lignes, celles qui ont trait à la question de l'infinitésimalité :
« Il est naturel que notre contradicteur ne veuille pas entendre parler de dilutions où le calcul des physiciens ne trouve plus la présence matérielle ; dans un a priori pratique, il a tout à fait raison. Mais admettant que cette présence disparaisse au-dessus de la vingt-quatrième dilution décimaule (2) il n’en est pas moins vrai que le praticien garde à sa disposition vingtquatre formes posologiques pour utiliser chaque remède d’après le principe de la similituce. C'est déjà une gamme importante et qui permet une expérimentation clinique large et aisée. Néanmoins, il existe quelques expériences de laboratoire qui démontrent l’action biologique des dilutions homéopathiques au-dela de la vingt-quatrième dilution décimale, sans parler de l'observation clinique dont la participation démonstrative est ici continuelle et irréfutable pour qui veut bien la pratiquer ».
: Comme le docteur Mauriac, c’est au point de vue de la critique expérimentale que s’est placé le docteur René Leriche, professeur à la Faculté de Médecine de Strasbourg, pour discuter l'efficacité des hautes dilutions.
(1) Mercure de France (15 mars 1934).
(2) Dilution dont J. Perrin dit qu'elle représente le terme de la division.
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« Vous dites, écrit-il (1), que le venin de Surnan — achesis trigonocéphales — surtout à la deux centième dilution centésimale, que baryta carbonica en trentième dilution centésimale abaissent la tension artérielle. C'est possible. Prouvez-le moi, par des enregistrements tensionnels sur l'animal et sur l'homme. Si c'est exact, je vous croirai. Sinon, non.
« Il ne s'agit plus de discuter sur la polymérisation de la matière, de dire que la bactériologie montre bien l’heureux effet des doses infinitésimales. Là n'est pas là question. Ce ne sont que faux-fuyants. Le fait est à examiner en soi, en tant que fait. Un résultat thérapeutique est un fait expérimental que l'on doit pouvoir reproduire en série, chez l'homme et chez les animaux. || est, au moins partiellement, toujours en registrable. Les affirmations ne suffisent pas à me prouver qu'il est.
« Je pense, en somme, que l'homéopathie a peut-être raison, mais qu'elle ne l'a pas prouvé, pas plus que l’allopathie n’a établi que sa rivale a tort. Le tort de la médecine dite homéopathique est de ne pas avoir encore compris que la thérapeutique est une science et non pas seulement une' pratique professionnelle ».
-De cet exposé où nous nous sommes efforcés de mettre impartialement en contraste les avis les plus opposés, il ressort qu'entre allopathes et homéopathes se sont aujourd’hui établis ces efforts de compréhension mutuels. Si bien que le docteur Charles Mondain, médecin-chef de l'hôpital Léopold- Bellan,.a pu écrire : (2)
« Ne vous attachez pas à de mesquines querelles d'école... Un seul but importe : guérir. Ne vous désirtéressez donc pas de la loi des contraires. N'oubliez pas que notre maître Hippocrate nous a légué les ceux grandes lois, deux sœurs que nous avons pu croire ennemies, mais qui, peu à peu, mieux connues et employées avec discernement, chacune à sa place, permettront aux humains de se réparer et vivre jusqu'au terme de leur vie terrestre ».
(1) Encyclopédie française, Tome VI, Chap. Il (1936). (2) Avant-propos de l'homéopathie moderne (1935).