PRINCIPE ACTIF
Cette brève étude clinique nous permet de conclure que :
1° Le sarrasin se montre toxique pour les animaux domestiques dans certaines conditions ;
2° Que cette toxicité exige, pour se manifester, le concours des rayons lumineux ;
3° Seules les régions à peau fine nue et dépigmentée sont atteintes de dermite.
La question se pose donc de savoir quelles sont les parties de la plante à incriminer dans la genèse des accidents. Dupuy avait remarqué que lés moutons les plus exposés au fagopyrisme sont ceux que l’on fait pâturer dans les champs de sarrasin où les plantes commencent à défleurir et à porter des graines; il semble donc accuser particulièrement les graines. Ce n’est pas l’avis de Cornevin qui considère les graines comme peu nocives; l’observation à montré en effet
que la paille desséchée aussi bien que la plante verte entière, consommée même avant la floraison, est capable de déterminer les troubles carctéristiques. Toute la plante est donc active.
Pourtant les analyses entreprises par Lechartier pour mettre en évidence le produit toxique soupçonné sont restées sans résultat. Aussi certains auteurs allemands expliquent les accidents cutanés de la façon suivante: & Les moisissures et autres champignons qui
existent à la surface de la plante, en arrivant sur la peau dépigmentée, déjà frappée d’érythème solaire, l’irritent davantage et provoquent une dermite plus ou moins intense, » C’est là une conception erronée dont l’expérimentation a fait justice.
Schindelka pensait que le sarrasin, dans certaines conditions de culture ou sous l’influence de certains microbes, produit dans le tube digestif des substances toxiques. Celles-ci, absorbées et emportées dans le. torrent circulatoire provoqueraient dans les zones cutanées non pigmentées, sous l’influence des rayons chimiques, un trouble des vaso-moteurs et une altération des parois vasculaires, sans compter les phéno | mènes nerveux.
Dammam tendait à faire intervenir dans le même
sens des champignons parasites.
Ces hypothèses sont ingénieuses et si elles sont inexactes. elles ont du moins le mérite de soupçonner l’importance du complexe : lumière + substance toxique.
. Ohmke a observé que l’ingestion de sarrasin produit la mort des souris, lapins et cobayes blancs exposés à
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la Lumière même diffuse, alors que cet aliment est bien supporté par ces mêmes animaux dans l’obscurité. Il a pu établir, ainsi que Busk et Fisher, que la substance active se trouve dans l’extrait alcoolique, nettement fluorescent du sarrasin ; cet extrait tue les petits animaux de laboratoire dans les mêmes conditions que le sarrasin, et la plante traitée au préalable par l’alcool perd toute toxicité.
Fessler pense d’ailleurs que la substance active fluorescente est identique à la chlorophylle brute.
S. Dodd, en 1916, a pu vérifier sur des cobayes les constatatitons déjà faites par Ohmke.
Ainsi la substance active jouerait le rôle d’un sensibilisateur biologique et la maladie du sarrasin ne serait que l’expression d’une réaction de la peau sensibilisée à la lumière. C’est la théorie de la photosensibilisation telle que l’admettent la majorité des auteurs, leur opinion ne divergeant que sur la nature des rayons actifs.
b) La sensibilisation par le Millepertuis
Le Millepertuis est une plante de la famille des Hypericacées, qui tire son nom de l’aspect curieux et bien connu de ses feuilles. Elles montrent par transparence une foule de points ronds translucides qui semblent de petits pertuis circulaires comme découpés à l’emporte-pièce. Le microscope apprend que ces prétendus trous ne sont que des glandes formées d’un amas muriforme de. grosses cellules translucides. A leur face inférieure les feuilles présentent quelques petits points foncés, peu visibles, mais nettement en relief ; ces productions minuscules apparaissent plus nettement sur le bord dentelé des pétales jaunes, ce sont de véritables chromatophores dont nous verrons l’importance. |
La variété la plus connue en France que l’on rend responsable des accidents observés est Hypericum perforatum; maïs ce n’est pas la seule qui se montre nocive : Hypericum crispum (Hamra des Arabes), qui pousse abondamment dans les contrées circumméditerranéennes, est justement redouté des éleveurs tunisiens et italiens ; enfin, divers auteurs ont signalé les néfastes effets d’Hyp. hirsutum et Hyp. maculatum.
Ces plantes très répandues se rencontrent dans les endroits incultes, mais dans certaines régions on trouve l’Herbe de la Saint-Jean, abondamment mélangée aux légumineuses et graminées des prairies naturelles et artificielles, Aussi les animaux à la pâture
s’en repaissent avec avidité dans l’impossibilité où ils se trouvent de la séparer de leurs aliments préférés. D'ailleurs, à l’encontre de ce que pensent certains auteurs, les animaux même dans une grasse prairie. ne dédaignent pas la plante nocive, lorsqu'elle se trouve à portée de leur dent ils la consomment sans répugnance. | Les accidents causés par l’ingestion de Millepertuis ont été signalés chez le mouton, surtout en Afrique du Nord: la chèvre a fait l’objet de quelques observations cliniques, tandis qu’en France, le cheval et le bœuf sont les victimes les plus fréquentes de l’affection.