CHEZ LE MOUTON
Les troubles dûs à la consommation du Millepertuis sont à peu près semblables à ceux qu’on observe dans le fagopyrisme ; cela n’a rien qui puisse nous étonner, ces intoxications relevant d’une commune origine: la photosensibilisation. Ces accidents photodynamiques n’ont guère été signalés en France, ils sont au contraire fréquents dans les contrées que baigne la Méditerranée.
Dès 1849, Verheyen rapporte que Cyrillo, Marinoscei di Martina et Menni di Lecce attribuent à Hypericum crispum où fumula des qualités nuisibles, même mortelles, pour les moutons à lainage blanc qui mangent cette plante, tandis que ceux à toison noire n’en éprouvent aucun dommage. Heusinger, dans ses Recherches de Pathologie comparée, reproduit à peu près les mêmes indications. En 1898, Trabut dit que Hyp. crispum passe pour causer en Tunisie la maladie du
Hamra qui se traduit par une dermatite des régions claires.
Lewin signale, dans son traité de Toxicologie, des accidents mortels produits par la même plante exclusivement chez les moutons blancs qui présentent des accidents cutanés et nerveux.
En 1914 enfin, Ray note que les effets toxiques de lHamra sont depuis longtemps connus des colons tunisiens et justement redoutés. Ils se manifestent de préférence chez les sujets de l’espèce ovine, maïs on les observe également sur les chèvres, les bovins et les chevaux. |
Les accidents n’apparaïssent qu’à la lumière et seulement chez les animaux peu ou pas pigmentés, chez ceux dont le pelage présente de larges taches claires ; les races à robe foncée ne sont pas incommodées; de plus, les animaux de race améliorée, les jeunes surtout se révèlent plus sensibles que les moutons rustiques. « Aussi, dit l’auteur, s’efforce-t-on de n’adopter dans les exploitations agricoles que des animaux pigmentés et à toison très étendue ».
Les symptômes éclatent promptement au sortir de la bergerie: les animaux inquiets se tiennent immobiles, la tête basse; un érythème intense, rapidement suivi d’engorgement, colore les parties découvertes (oreilles, pourtour des yeux, taches de ladre, marques blanches), les régions enflammées sont le siège d’un prurit agaçant qui incite les moutons à se frotter et à s’agiter ; les excoriations qui en résultent donnent des plaies ulcéreuses qui guérissent lentement ; il n’est pas rare de voir survenir des complications de septi-
cémie par inoculations secondaires, la perte de la vue notée quelquefois à là même origine. Comme le sarrasin, Hyp. crispum consommé à l’étable ne produit aucun trouble si les animaux ne sont pas exposés à la lumière, et dès les premiers symptômes il suffit de rentrer les malades à l’ombre pour qu’ils reviennent rapidement à l’état normal.
« Les Arabes, écrit Ray, utilisent pour combattre ces accidents des macérations de henné, de tabac, qui appliquées sur la peau semblent la rendre moins perméable à la lumière, d’autant mieux que, surtout avec le henné, la teinte rouge communiquée à l’épiderme le protège efficacement contre les rayons nocifs. » L'étude de la pathogénie de la photosensibilisation nous montrera la justesse de ces vues et la logique de cette pratique. Cet auteur est parvenu à reproduire expérimentalement chez le lapin et le cobaye les accidents qu’il à observés en clinique, au moyen d’une substance fluorescente qu’il à isolée du Hamra et a montré leur origine photodynamique. Les résultats obtenus par Dodd en 1920 viennent appuyer cette conception; deux moutons dépigmentés furent nourris à la bergerie d'octobre à juin, avec une forte proportion de Millepertuis dans la ration, sans présenter aucun malaise, mais à leur sortie au soleil éclatèrent de graves manifestations cutanées et nerveuses.
Chez la chèvre, Blanc a signalé une maladie éruptive en Grèce, dans la genèse de laquelle il incrimine Pingestion d’Hypericum hirsutum, Zeller a retrouvé la même affection dans POuest-Africain Allemand,