‹ Contribution à l'Étude de la Photosensibilisation: Chez les AnimauxChapitre 21 sur 26 · PRINCIPE ACTIF · texte numérisé non relu

PRINCIPE ACTIF

Quelles sont les parties de la plante qui renferment la substance nocive ? Dans sa note à la Société Centrale de Médecine vétérinaire, le Professeur Henry semble accuser les sommités fleuries, les capsules et les graines. Pourtant des accidents ont été observés à une époque où la plante n’était nulle part en fleurs, il est donc logique d’affirmer que {a plante entière est toxique (Richert). En immergeant dans l’alcool des feuilles ou des fleurs, on peut voir s’échapper des chromatophores, dont nous avons parlé au début du chapitre, des torsades d’un rouge magnifique, qui indiquent la dissolution progressive du pigment qu’ils renferment. Cette substance à été l’objet de nombreuses recherches. Elle à été découverte par Büchner dans les pétales des fleurs, il l’a désignée sous le nom de rouge d’hypericum (hypericum rot), ou d'hypéricine. Le Docteur Cerny, qui a réussi à l’obtenir à l’état de pureté, lui assigne la formule brute C16 H10 O$ ; ce pigment appartiendrait au groupe des matières colorantes se rattachant à la flavone.

Les solutions d’hypérieine dans lalcool, l’éther offrent une couleur rouge-sang; après dilution leur couleur est franchement violette et, fait remarquable, elles montrent alors une belle fluorescence rouge feu.

D’après Wolff qui en a fait l’étude Spectroscopique, les liqueurs étendues ont un spectre d'absorption voisin de celui de l’oxyhémoglobine; on note en effet dans la partie visible du spectre la présence de deux

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bandes d'absorption, la première 4 entre À = 606 — 570 H& est la plus large, tandis que la deuxième £ est située entre 558 — 544 np.

= Dans l’oxyhémoglobine, la bande « qui est la moins large, est située entre 589—577, la bande 6 étant entre 556—536.

En 1914, Ray a isolé ce même pigment dont les solutions sont fluorescentes du Millepertuis à feuilles crispées, et en l’injectant à dose non toxique chez le mouton et le lapin il est parvenu à reproduire expérimentalement la maladie du Hamra prouvant ainsi de façon irréfutable que la maladie est d’origine photodynamique et que le principe nocij est le rouge d'hypericum, car le Millepertuis une fois traité par l’alcool ne possède plus aucune action malfaisante.

c) La sensibilisation par les fourrages artificiels

1° LA LUZERNE. — Kübn, Bigoteau, Kovanyi et Marek chez le bœuf, Burmeister chez le cheval ont signalé des cas d'intoxication due à une alimentation très riche en luzerne se traduisant par des manifestations cutanées. À

Chez le bœuf les symptômes rappellent ceux de l’eczéma des drèches de pommes de terre. Outre la rougeur et l’épaississement des régions dépigmentées il se produit une éruption vésiculeuse, des vésicules s’écoule une abondante sérosité qui se concrète en croûtes grisâtres sous lesquelles s’amasse du pus. L’éruption débute généralement aux boulets postérieurs et s'étend rapidement aux jambes, à la mamelle ou au scrotum, rarement aux membres antérieurs, au poitrail et aux flancs.

Chez les chevaux l'affection atteint à la fois la peau et la muqueuse buccale, elle se manifeste seulement sur les régions cutanées couvertes de poils blancs qui présentent un engorgement œdémateux avec écoulement de sérosité visqueuse.

Cleland, en 1912, a signalé une maladie cutanée qui s’observe sur les moutons, les bœufs et les chevaux des Nouvelles Galles du Sud: elle est depuis longtemps connue des éleveurs sous le nom de « maladie des pucerons » (aphis disease), d’après la croyance qu’elle est le fait de ces insectes.

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Il s’agit d’une dermatite exsudative localisée aux régions non pigmentées exposées à la lumière solaire qui se manifeste surtout au printemps (d'août à octobre), lorsque la luzerne (Medicago lenticulata) des prairies où paîssent les troupeaux est verte et abondante. Cette sémiologie rappelant celle du fagopyrisme, l’auteur se livra à un examen botanique minutieux des prairies pour s’efforcer d'y découvrir le sarrasin ou le millepertuis qui pourraient expliquer l’affection. Ce fut en vain, il dut conclure à l’existence d’un photosensibilisateur inconhu.

S. Dodd ayant observé la même affection entreprit de découvrir la plante responsable ; comme Cleland il ne put, après examen du fourrage, que suspecter la luzerne. Afin de déterminer l’origine de la maladie il eut recours à l’expérimentation. Utilisant trois lots de cobayes, il nourrit les animaux du premier lot exclusivement avec de la luzerne et les expose à la Jumière; ceux du deuxième lot reçoivent la même nourriture mais sont maintenus à l’obscurité ; le troisième lot exposé au soleil ne reçoit pas de luzerne. I1 constate au bout de quelques jours que les animaux du premier lot présentent de l’érythème et de l’œdème inflammatoire du tégument, et ces lésions ne portent que sur les surfaces dépourvues de pigment. Les animaux des deux autres lots sont restés indemnes.

Cette série d'expériences montre bien que la luzerne peut posséder des propriétés photodynamiques lui permettant d’engendrer au même titre que le sarrasin des troubles morbides sous l’influence des rayons lumineux. Bull et Macindæ ont confirmé ces conclu-

sions après avoir cherché à élucider la pathogénie de cas similaires.

20 LES TRÈFLES. — Différentes variétés de trèfle sont susceptibles de causer une intoxication depuis fort longtemps connue : la trifoliose ou mal de trèfle, Kleekrankheit des Allemands. Par sa sémiologie cette affection semble assimilable au fagopyrisme et dès 1913 le Professeur Henry lui attribue une origine photocatalytique. Chez le cheval, Dammam, Haubner, Zipperlen, Michaël, Heimann, Kleine, Friedberger et Frôhner, Cadiot l’ont observée après consommation de #fèfle suédois ou hybride (Trifolium hybridum), Kovatz l’a vue après ingestion de trèfle rouge (T. pratense), Dessart après ingestion de trèfle élégant (T. elegans). La même intoxication à été rencontrée par Bernt et Nevermann chez le bœuf et le mouton par Niessen chez le bœuf.

On retrouve dans la trifoliose la triade pellagreuse : symptômes nerveux, digestifs et cutanés limités aux zones dépigmentées.

Dans les cas bénins seules sont observées les manifestations cutanées et buccales qui s'expriment par de la tuméfaction de la face et une intense stomatite ; la peau des régions claires devient jaunâtre, très sensible, se couvre de vésicules et peu à peu s oo rifie.

Dans la forme grave, outre les symptômes cutanés, une dysphagie paralytique attire l'attention, le ptyalisme est intense, la muqueuse buccale présente de petites lésions ulcéreuses et montre e,, comme la con-

jonctive, une coloration subictérique. On note une

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grande faiblesse des malades, de la somnolence qui alterne avec une vive excitation nerveuse (convulsions, symptômes rabiformes ou épileptiformes), la démarche est chancelante et les animaux effectuent des mouvements insolites.

Parfois on constate des signes de coliques ; de l’amaurose, de l’opacité cornéenne, voire la cécité complète.

L’affection peut se présenter sous forme d’enzootie: avec l’apparence d’une encéphalite subaiguë, elle est alors presque toujours rapidement mortelle. M. Saïint- Cyr, vétérinaire à Villars-les-Dombes (Aïn), à eu l’occasion d’observer pareille maladie, il a observé plusieurs cas de mort presque foudroyante précédée d’'hématurie où hémoglobinurie et de convulsions. Si les malades sont rentrés rapidement à l’abri de la lumière on observe une amélioration considérable de l’état général et les lésions uérissent promptement. Cette intéressante constatation vient à l’appui de la théorie photodynamique de la trifoliose.

Cependant M. Auger, chef des travaux à l’Ecole Vétérinaire de Lyon, n’est point parvenu à reproduire l’affection chez des lapins et des cobayes qu’il avait soumis à l’alimentation par le trèfle incarnat qui s'était montré nocif pour les chevaux. |

3° LES VESCES. — Avec la luzerne et les trèfles la liste des végétaux incriminés dans les troubles de photosensibilisation chez nos animaux n’est pas close. «€ Il faut citer encore, nous dit le Professeur Henry, les vesces qui ont été accusées de produire chez le

cheval (Steiner, Shrebe, Burmeister) et chez le bœuf

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(Starkes, Erdt, Wilke) des accidents d’allure 6ép1z00: tique se traduisant par une tuméfaction suivie de

gangrène des régions blanches de la peau.

4° AUTRES PLANTES. — À ces maladies pellagroïdes, le Docteur Richert ajoute, à titre hypothétique, une affection curieuse, bien connue des éleveurs du Lauraguais et du Berry, et qui semble défier la perspicacité des chercheurs, aux yeux desquels elle dissimule ses origines avec un soin jaloux : c’est la tremblante du mouton ou prurigo lombaire. Cet ‘auteur écrit : &« L’existence d’un prurit intense, son exagération provoquée par l’exposition au soleil, l’évolution plus grave et plus rapide de la maladie en été qu’en hiver, l’absence de lésions à l’autopsie; l’apparition simultanée de nombreux cas dans un troupeau contrastant avec l’échec permanent des tentatives expérimentales d’inoculation et de contamination ; enfin l’existence d’une triade symptomatique nervodigestive-cutanée sont les points qui ont retenu notre attention. » L’affection se traduit en effet par des troubles nerveux variés (convulsions, contractures, ataxie, paralysies, hyperesthésie), des troubles digestifs et par un prurit lombaire pathognomonique. Dodd et Henry ont d’ailleurs prouvé que la maladie pouvait être causée par Malva parviflora et Lamium amplexicaule, Sedäon à montré que Stachys arvensis est aussi susceptible de déterminer les mêmes effets et que la substance toxique se retrouve dans le lait des brebis et peut provoquer les mêmes troubles chez les agneaux qui l’ont ingéré.

Ces faits rendent jvraisemblable l'hypothèse pro-

posée, mais n’apportent pas la preuve irréfutable de son exactitude, aussi nous abstiendrons-nous d’inférences trop haïdies, nous bornant à constater que l’étiologie de la tremblante reste actuellement indéterminée.

Si nous connaissons les plantes à incriminer dans ces divers accidents nous ne possédons aucun renseignement sur les éléments nocifs et sommes réduits à formuler des hypothèses au sujet du principe sensibilisant. Il est curieux de constater que la voix populaire, dans l’étiologie de ces affections comme dans le fagopyrisme, avait fait intervenir les pucerons ou les parasites végétaux que l’on rencontre souvent sur le trèfle, la luzerne ou les vesces. L’expérimentation et l’observation ont fait justice de ces errements et ont mis en évidence l’action non douteuse du complexe : lumière + substance sensibilisante. Faits cliniques et expérimentaux montrent de façon péremptoire que les troubles ne se manifestent sous l'influence des rayons solaires qu'après une alimentation où les plantes incriminées sont en grande abondance; l’ingestion copieuse de la plante nocive est donc établie. Ceci nous permet de supposer, ou bien que le principe actif se trouve en faible quantité dans les végétaux, ou bien qu’il s'y rencontre abondamment, mais ne se révèle qu'éventuellement sensibilisateur. Autrement dit la sensibilisation est subordonnée à la mise en liberté du principe fluorescent dans le milieu humoral, laquelle ne peut se réaliser que dans certaines circonstances: l’organe qui normalement transforme ce corps nocif en un principe inoffensif peut

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avoir son fonctionnement vicié par une activité trop intense, ou se trouver déficient par suite d’une affection préexistante.

La deuxième hypothèse nous paraît préférable et nous permet de mettre en cause la chlorophylle. N’estce pas par excellence le pigment végétal, les cellules des plantes le renferment en grande abondance, on le trouve dans les feuilles et les tiges, voire dans les rhizomes. Ses solutions alcooliques de couleur verte révèlent par diffusion une fluorescence rouge, et montrent à l’examen spectroscopique de nombreuses bandes d'absorption, nous pouvons donc suspecter des propriétés sensibilisantes. Effectivement la chlorophylle se conduit à l’égard des animaux d’expérience comme un photosenÿsibilisateur puissant lorsqu'on l’introduit dans l’organisme par voie endoveineuse ou hypodermique (W. Haussmann, Guillaume) tandis qu’elle agit de façon inconstante par la voie digestive. De plus n’avons-nous pas vu que la maladie s’observe surtout à l’époque où le fourrage est vert et abondant ? En outre, Fessler pense que la substance qui rend fluorescent l’extrait alcoolique de sarrasin, dont on ne peut contester le pouvoir photodynamique, n’est autre que la chlorophylle brute.

Ce faisceau de faits nous semble militer en faveur de l'intervention de la chlorophylle dans les maladies dues à l’ingestion de fourrages artificiels, cette intervention ne se produisant dans les conditions Spontanées qu'à la faveur de causes prédisposantes, au

rang desquelles nous plaçons les troubles digestifs et hépatiques.

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