‹ Contribution à l'Étude de la Photosensibilisation: Chez les AnimauxChapitre 22 sur 26 · MERS. AO · texte numérisé non relu

MERS. AO

L'hypothèse précédente nous autorise à croire que la liste des maladies animales d’origine photodynamique n’est pas close; et il n’est pas illogique de supposer que parmi tous les cas rapportés sous la rubrique érythème solaire, gangrène des taches blanches de la peau, certains ne sont que des accidents de photôsensibilisation méconnus.

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d) La photosensibilisation par l'extrait éthéré de fougère mâle

Les faits que nous venons de rapporter démontrent une corrélation entre certaines maladies des animaux à robe dépigmentée et l’ingestion de certains végétaux suivie de l’action de la lumière solaire sur les téguments. Certains praticiens ont pu établir de semblables rapports entre l'apparition de symptômes analogues à ceux du fagopyrisme et l'administration de médicaments déterminés. C’est ainsi que MM. Bourbon et Chollet ont observé des manifestations photodynamiques chez des moutons qui avaient reçu de l’extrait éthéré de fougère mâle.

Ce médicament est utilisé couramment en médecine vétérinaire pour combattre chez le mouton et le bœuf l’infestation parasitaire par la douve du foie, Fasciola hepatica et Dicrocælium lanceolatum. Ces parasites des voies biliaires provoquent une grave maladie la distomatose, qui au cours des années humides faisait de grands ravages dans les troupeaux. Actuellement lés méfaits de la douve sont de plus en plus réduits grâce à l’emploi judicieux de l’extrait de fougère mâle qui, en raison de ses excellents résultats, peut être considéré à l’égal d’un spécifique de la distomatose. |

Les auteurs précités rapportent qu’ils traitèrent pour distomatose un troupeau de moutons. Chaque

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animal, sorti de la bergerie, reçoit par jour 5 grammes d’extrait éthéré de fougère mâle émulsionné dans de l’huile, puis est mis dans un enclos voisin; après traitement, le lot de moutons est rentré à la bergerie. Au premier jour le ciel est nuageux, mais le second les animaux sont traités sous un soleil vif. C’est alors qu’en rentrant le troupeau à la bergerie, deux heures après le début du traitement, on s'aperçoit que certains moutons avaient une tête bouffie, Tristes, portant la tête basse en extension sur l’encolure, ces animaux ont les oreilles gonflées et rouges, les joues tuméfiées et leurs yeux sont cachés par l’œdème des paupières. Fait curieux, les symptômes rétrocèdent après un séjour à l’ombre de quelques heures.

Les moutons restèrent huit jours à la bergerie et n’ont plus présenté d'accidents bien que le traitement fut continué ; dans la suite ils furent mis aux champs sans aucun inconvénient. L’action de la lumière ne paraît pas douteuse, car les sujets les plus atteints furent ceux traités les premiers et qui, de ce fait, restèrent le plus longtemps exposés à l’action du soleil. Les symptômes ressemblent fort à ceux si caractéristiques du fagopyrisme, pourtant les animaux n’avaient consommé ni sarrasin, ni aucune des plantes connues comme photosensibilisantes. Il est donc hors de doute que les accidents observés sont l’œuvre du médicament administré. Il ne peut en effet être question d’une action toxique du produit à la dose de 5 grammes; d’ailleurs les empoisonnements par l’extrait de fougère mâle n’ont pas cette symptomatologie et en particulier ne s’atténuent pas à l’ombre.

On doit done conclure que l'extrait de fougère mâle contient exceptionnellement ou normalement quelque substance fluorescente capable de provoquer des accidents de photosensibilisation.

Ici encore il nous semble séduisant d'attribuer à la chlorophylle, ou à quelque dérivé, les accidents relatés.

L’extrait éthéré de fougère mâle, qui s’obtient en épuisant par l’éther la poudre de rhizome d’Aspidium filiæ mas, est une substance demi-fluide, verdâtre, de saveur nauséeuse, à composition complexe ; cet extrait n’est vraiment actif que si le rhizome employé est frais ou assez récent pour que la couleur verte de son parenchyme n’ait pas fait place à une teinte cannelle : ce brunissement peut être le résultat de l’action des acides végétaux sur la chlorophylle qu’ils transforment en chlorophyilanes brun-jaune.

En outre les conditions favorisantes qui nous semblent nécessaires pour que la chlorophylle puisse exercer son action photosensibilisante sont réunies dans la distomatose : les malades présentent en effet des troubles digestifs et hépatiques. Le foie, lésé: par les parasites qui l’envahissent, est plus ou moins profondément troublé dans son fonctionnement ; il se. montre incapable d'utiliser la chlorophylle à l’édification de la molécule hémoglobique ou de léliminer sous forme de pigments biliaires: aussi le pigment . végétal peut-il traverser le filtre hépatique déficient, à moins que les perturbations digestives l’aient transformé en porphyrine également fluorescente.. Quel que soit le corps fluorescent, il gagne le milieu humoral et sensibilise l'organisme,

RMS

En accord avec l’hypothèse que nous avons émise, nous pensons que dans l’expression « certains animaux » de l’observation précédente sont compris seulement des animaux à robe claire ou dépigmentée qui présentent une infestation parasitaire importante, C’est évidemment une hypothèse mais qui nous paraît l’expression des faits cliniques et expérimentaux.

Cette étude clinique nous démontre qu’il y a bien dans certaines plantes des substances sensibilisantes à la lumière et qu’il existe chez les mammifères domestiques comme chez l’homme des maladies et accidents dus à une sensibilisation à la lumière. Toutefois on peut déceler des différences de détail dans ces manifestations d’origine photodynamique.

C’est ainsi que les affections humaines qui traduisent une sensibilité anormale à la lumière sont d’une grande complexité étiologique; on peut au contraire considérer en pathologie vétérinaire (en faisant abstraction des faits d’ordre expérimental) que ces maladies relèvent exclusivement d’une sensibilisation exogène par voie digestive.

Chez l’homme, les manifestations cutanées de la photosensibilisation, éruptions secondaires exceptées, se montrent sur toutes les surfaces tégumentaires exposées aux radiations lumineuses (visage, mains), chez nos animaux, de toutes les régions cutanées exposées à la lumière, l’actinité de sensibilisation m'intéresse que les zones dépourvues de pigment : cette topographie curieuse semble indiquer que le

pigment joue à l’égard des rayons solaires un rôle 11 Ô 2 ?

protecteur analogue à celui des vêtements de l’homme. i édecine humaine les accidents de Enfin, si en médecine | photosensibilisation ne relèvent le plus souvent que de la dermatologie, en, pathologie vétérinaire le tableau clinique est fréquemment dominé par les symptômes généraux qui peuvent atteindre un degré | extrême de gravité.

Cette étude clinique terminée, cherchons maintenant à embrasser d’un regard synthétique la sémiologie de la photosensibilisation chez les mammifères. Nous voyons qu’elle comporte en définitive trois sortes de manifestations, similaires en tous points à celles que provoquent les rayons ultra-violets.

Dans l’un.et l’autre cas on peut observer :

Des accidents locaux : érythème, accompagné de prurit et d’œdème, souvent suivi de nécrose cutanée et apparaissant après une certaine période de latence ;

Des accidents généraux : troubles circulatoires (hypotension, tachycardie), digestifs et nerveux (exci tation ou collapsus), analogues à ceux qui font suite aux brûlures et traumatismes étendus, et traduisent un déréglement profond du système nerveux organovégétatif ; La

Des accidents à distance du siège de l’irradiation qui surviennent Sous forme d’éruption quelques jours après l’érythème. à |

Les premiers symptômes surgissent brusquement, et dans les cas légers la guérison survient très rapidement après suppression de l’action de la lumière ;

les troubles, quoique se rapportant à la triade précédente, sont très variables ; si leur gravité paraît varier avec l’intensité et la fréquence de la lumière, il semble bien qu’il n’y ait aucune proportionnalité entre cette gravité et la durée d'irradiation, c’est-àdire entre les effets et la dose, les accidents donnant l’impression de se déclancher à partir d’un certain seuil variable avec chaque sujet, ce qui paraît indi. quer l’existence d’un facteur prédisposant individuel.

On à coutume de considérer la photosensibilisation en pathologie comme une intoxication provoquée par les radiations. Cette façon de voir ne nous semble pas en accord absolu avec les faits ; on conçoit en effet difficilement que l’action nocive du poison, élaboré sous l'influence de la lumière, cesse presque instantanément si l’on soustrait le malade aux rayons lumineux ; un poison met HAINE un certain temps à s’éliminer.

Aussi ne pouvons-nous nous défendre de rapprocher ces accidents des manifestations, aujourd’hui bien connues, des chocs colloïdal ou protéique. Elles éclatent dès après l’introduction d’une minime quantité de protéine étrangère dans les humeurs ; très variables suivant les sujets, ces manifestations sont la conséquence d’un déséquilibre vago-sympathique plus ou moins intense ; après la crise l’organisme revient vite, au moins en apparence, à l’état normal, et l’on peut voir survenir, 8 ou 10 jours après, une: éruption urticarienne. Enfin, dans les cas mortels, les lésions consistent uniquement en congestions et hémorragies des viscères de la cavité splanchnique.

End

Ces lésions sont identiques à celles que Gassul à pu expérimentalement déterminer par photosensibilisation chez la souris, et la clinique nous les révèle avant l’autopsie lorsque les malades présentent de l’hématurie.

Après ces considérations, et guidé par les savants travaux de M. A. Lumière, qui nous prouvent combien est étendu le domaine des choses, il ne nous paraît pas téméraire d'attribuer les accidents de photosensibilisation à un CHOC PAR IRRADIATION dont le sensibilisateur est le facteur déclanchant et que favorise l’instabilité humorale créée par le fonctionnement défectueux de divers organes ou appareils,

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