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CHAPITRE IV

Etiologie et Pathogénie de la Photosensibilisation

L'étude des phénomènes de photosensibilisation montre que leur apparition exige la réunion dans un même organisme d’un certain nombre de conditions ; les accidents locaux ou généraux ne se produisent que si l’organisme est imprégné par une substance sensibilisatrice et se trouve en même temps exposé à une lumière convenable. En considérant les faits cliniques de photosensibilisation, nous voyons que des individus différents d’une même espèce, soumis à une même cause provoquée de photosensibilisation ne montrent pas une- égale aptitude à contracter des actinites de sensibilisation ; que les accidents de photo-épidermite se localisent exclusivement aux régions dépigmentées chez les animaux, aux surfaces découvertes chez l’homme, ce qui semble indiquer un

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rôle protecteur du pigment tégumentaire, analogue à celui des vêtements. De même il existe des sensibilisations spontanées survenant chez certains individus alors que des sujets normaux, vivant dans les mêmes conditions, restent absolument indemnes de tout accident.

. Les faits de photosensibilisation qui s’observent chez l’homme et les animaux sont donc bien plus complexes que ceux qui se produisent chez les êtres simples ou en photographie; ceci ne doit pas nous étonner car chez des organismes aussi compliqués le facteur terrain intervient pour jouer un rôle primordial. | | I1 nous semble possible de schématiser le phénomène par l'équation $ sensibilisateur + lumière + terrain = effet nocif. Au cours de cette étude nous nous appliquerons à préciser les conditions que doit réunir chacun de ces facteurs pour qu’il y ait sensibilisation. Nous sommes donc amenés à déterminer : é | 1° Quelle est la nature des substances qui jouissent de propriétés photodynamiques et dans quelle circonstances se manifestent ces propriétés ; 2° Parmi l’infinité des radiations qui baïignent les êtres vivants, quelles sont celles que l’on doit incriminer dans la genèse de la photosensibilisation $ 3° Quelles peuvent être les conditions qui interviennent pour réaliser un terrain favorable à la sen- Sibilisation et en particulier quel est le rôle du pigment tégumentaire.

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1° Les substances sensibilisatrices

Des très nombreuses expériences sur la photosensibilisation effectuées par les auteurs, il résulte que pour être photosensibilisateur un corps doit en premier lieu être fluorescent.

Le chimiste Vogel, qui à réussi à sensibiliser la plaque photographique aux rayons verts et jaunes qu’elle n’enregistrait pas auparavant, à vu cette propriété nouvelle apparaître après immersion de la -plaque dans une solution d’éosine fluorescente.

Raab, un quart de siècle plus tard, à mis en évidence des phénomènes analogues à cette sensibilisation optique, en biologie. Il expérimenta sur des infusoires avec diverses substances; s'étant assuré qu’il ne s’agit pas d’une transformation chimique du sensibilisateur en un produit toxique il constate que les solutions de morphine, strychnine tuent les microorganismes avec la même rapidité, qu’ils soient ou non exposés à la lumière. Le, sulfate de quinine, l’éosine, l’acridine et d’autres corps aussi tuent plus ou moins rapidement l’infusoire à la lumière du jour, tandis qu’il résiste dans l’obscurité. Or ces substances ont toutes les mêmes propriétés optiques : leurs solu- . tions possèdent une forte fluorescence, Aussi lui paraît il probable que dans ce phénomène la fluorescence est la propriété en cause. Depuis, toutes les études entre: prises sur les êtres vivants, tant dans le règne animal que dans le règne végétal, ont confirmé que le phéno-

mène de sensibilisation à ia lumière ne peut apparaître si l’on n’utilise pas comme sensibilisateur un corps doué de fluorescence

‘est dans ce sens que permettent de conclure les résultats expérimentaux que nous avons rapportés au début de ce travail, obtenus sur diverses bactéries par Hertel, Dreyer, Philibert et Risler, sur les protozoaires par Raab, Von Tappeiner, Ledoux-Lebard, Victor Henri; sur les organismes supérieurs animaux et végétaux par Jacobson, Saccharoff et Sachs, Haussmann, Gassul, S. Rebello. Les substances qu’ils utilisèrent avec succès : éosine, érythrosine, acridine, fluorescéine, bleu et violet de méthyle, quinine, hématoporphyrine sont en effet toutes fluorescentes.

Les faits cliniques de photosensibilisation viennent confirmer aussi cette hypothèse ; les accidents relatés par Prime en pathologie humaïne, par Titze en pathologie vétérinaire, sont provoqués par l’éosine, les coups de soleil acridiniques reconnaissent les injections de gonacrine comme cause efficiente ; la maladie du millepertuis. est due à la sensibilisation par le rouge d'hypericum qui possède une belle fluorescence rouge feu ; l’extrait alcoolique de sarrasin, l’extrait éthéré de fougère mâle qui se révèlent comme sensibilisateurs ne font pas exception à la règle.

Cette notion de fluorescence obligatoire est admise par presque tous les auteurs qui ont étudié les phénomènes de photosensibilisation.

Le Docteur Guillaume, dont on ne peut mettre en doute la compétence en la matière, nous dit : « Les substances qui s'avèrent sensibilisantes sont des subs-

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tances qui apparaissent fluorescentes quand on examine leurs solutions in vitro en lumière réfléchie. »

Le Professeur Jausion, un autre spécialiste de la question, confirme cette opinion en définissant la sensibilisation à la lumière: « Cette sursensibilité… résultant de l’apparition dans l’organisme irradié de substances photodynamiques, de corps fluorescents qui, transformateurs d’énergie, imposent de ce fait aux tissus un traumatisme supplémentaire. »

Le Docteur-Vétérinaire Richert, dans sa thèse sur les Pellagres animales ; Risler et Iscovesco, dans diverses communications, partagent également cette manière de voir à laquelle le Docteur Azam se range également.

Guillaume ajoute aïleurs: « Ce caractère fluorescent des substances sensibilisantes n’a rien qui doive nous étonner car fluorescence et sensibilisation sont deux processus généraux qui peuvent être deux aspects différents (in vivo et in vitro) d’un même phé. nomène d'absorption forcée des radiations lumineuses. » La fluorescence lui apparaît, en effet, comme un phénomène de transformation à vide de l'énergie lumineuse absorbée par des substances qui ne peuvent être modifiées par cette énergie : les radiations absorbées sont restituées sous forme de radiations de plus grande longueur d’onde, Dans la sensibilisation, au contraire, l’énergie absorbée par les cellules vivantes est utilisée pour provoquer des transformations biochimiques de ces cellules.

Il ne peut en être ainsi que si le colorant qui assure l’absorption des radiations lumineuses ne se trans-

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forme pas lui-même sous l’action de l’énergie absorbée : il est bien évident, en effet, que si la transformation du colorant utilise toute l’énergie fournie par les radiations absorbées, il ny à aucune raison pour que la cellule imprégnée subisse une action bio-chimique. Or nous venons de voir que la fluorescence est la propriété de substances qui ne se laissent pas ou peu modifier et qui restituent l'énergie lumineuse qu’elles ont absorbée, soit en fluorescence, soit en modifications bio-chimiques des corps qu’elles imprègnent. Cette conception permet de comprendre pourquoi toutes les substances capables d’absorber la lumière ne sont pas sensibilisatrices.

A cette notion de fluorescence obligatoire, il convient toutefois d’apporter une importante restriction Dank d’intéressants travaux, Dognon a montré tout récemment que, pour être doué d’une forte fluorescence dans ses solutions, un corps ne possède pas pour cela un pouvoir photodynamique très considérable; la fluorescéine qui possède des propriétés fluorescentes remarquables ne se révèle que faiblement sensibilisante, tandis que le rose bengale dont la fluorescence est beaucoup plus discrète apparaît comme un agent puissant de sensibilisation. Ces constatations confirment les données fournies par Joldbauer et Tappeiner, Saccharoff et Sachs dans leurs expériences sur les protistes et, sur les globules sanguins. Il n'existe donc aucun parallélisme entre les propriétés fluorescentes des colorants et leur pouvoir phote-: sensibilisant. Ce fait paradoxal, au moins apparem. ment, n’infirme pas cependant le principe qui fait de

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la fluorescence le substratum de la sensibilisation à la lumière.

Si toutes les substances sensibilisatrices sont douées de propriétés fluorescentes, faut-il admettre, inversement, que toutes les substances fluorescentes sont éventuellement sensibilisatrices ? Si cela était, en raison du nombre considérable de substances . fluorescentes rencontrées dans l’économie ou susceptibles d’y être introduites accidentellement ou dans un but thérapeutique ou alimentaire, on devrait conclure que les risques de sensibilisation à la lumière sont pour l’homme et les animaux de tous les instants; et pourtant les accidents de photosensibilisation sont d’une rareté relative.

Cette apparente contradiction s'explique, car à la condition physique de fluorescence s'ajoute une con dition biologique relative à l’assimilation du catalyseur. De ce fait, sont éliminées bon nombre de substances que leurs propriétés optiques indiquaient comme sensibilisateurs éventuels.

Une substance fluorescente n’est sensibilisante que si elle est introduite au contact intime du protoplasma cellulaire; telle est la conclusion qu’il faut tirer des expériences réalisées par nombre de chercheurs.

Von Tappeiner place des Paramécies dans un tube d’eau ordinaire qu’il immerge dans un cristallisoir rempli d’une solution fluorescente. Après plusieurs jours d'irradiation il observe que les infusoires n’ont subi aucune action nocive bien que soumis à une lumière fluorescente.

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