IX. — Observation du D' Louis Camuset
Toutes les fois qu'allant visiter G... dans sa cellule, je l'ai trouvé debout, il avait la même attitude. Il se tenait légèrement incliné en avant, la tête baissée, les genoux un peu fléchis, Les membres supérieurs pendants mais en demi-flexion, les mains assez rapprochées l'une de l’autre. Quand j'entrais dans la cellule avec le gardien, il ne se détournait pas, mais, en l’examinant attentivement, je m'apercevais qu'il glissail ses regards de mon côté. La figure est pleine, sans expression, elle n’est ni pâle ni congeslionnée. Les yeux sont baissés; quand on relève la tête de facon à voir la figure bien en face, on constate que /es yeux sont
1. Nous avons emprunté cette observation à l'ouvrage de M. le Dr Froment. Etude médico-légale sur la simulation des maladies mentales, 1891.
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vifs, que le regard est bien vivant, et que les pupilles se contractent normalement sous l'influence de la lumière.
Quand C..…. ne se sent pas observé, il se tourne du côté de la personne qui lui parle. Quand au contraire il sait qu'on l’étudie, il ne manifeste rien.
Le sujet ne présente pas de troubles circulatoires périphériques, les mains ont une température normale et ne sont pas cyanosées, les pieds non plus. Les lèvres sont roses et la peau de la face a une coloration physiologique, La bouche est fermée et ne laisse pas échapper la salive, la nutrition se fait bien, l'appétit est soutenu, les digestions sont bonnes, l'embonpoint est ordinaire quoiqu'il y ait un peu d'amaigrissement; il va s'asseoir pour manger, s'habille seul, et ne gâte pas.
X. — Observation recueillie dans le service du D' Garnier, à l'infirmerie spéciale du Dépôt.
Le nommé S... entre à l'infirmerie dans le mutisme le plus complet. Ii comprend ce qu'on lui dit, fait même un certain nombre de gestes correspondant aux questions qu'on lui pose. Son front est sillonné de rides horizontales, visibles principalement sur la partie médiane.
Quelques rides verticales, peu marquées, dues à la contraction du sourcilier, coupent les lignes frontales, comme dans la mélancolie et la souffrance morale. Il a un tic de la pommette droite, qui s'élève.
Deux jours après son entrée à l'infirmerie, S..., qui mangeait peu, refuse toute nourriture, on est obligé de l’alimenter artificiellement. Une fois la sonde est introduite avec peine et ressort par la bouche, S... a trouvé le moyen de la ramener avec sa langue, pensant peut-être nous décourager el faire de cette sorte cesser ce traitement pénible. Nous insistons et après beaucoup de difficultés, nous réugssissons cette fois à pousser la sonde jusque dans l'estomac.
S..., qui, sans doute, à été très fatigué, commence le lendemain à accepter du lait, puis peu à peu se remet à manger.
Au médecin qui l'interroge, S... répond deux ou trois phrases, péniblement, puis, comme frappé subitement d'impossibilité de parler, il tremble des lèvres, les larmes lui viennent aux yeux et comme dans les sanglots violents, il semble ne plus être maitre ni de sa langue ni des mouvements de sa mâchoire inférieure qui,
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par des contractions spasmodiques, frappe contre la mâchoire supérieure. S... fait des gestes pour indiquer qu'il ne peut parler malgré tous ses efforts. Il prend l'attitude du découragement.
Sorti du cabinet du médecin, S... cause aveclesgardiens,demande à boire et à manger. Un jour, M. le D' Legras entre dans sa cellule et lui cause. S... lui répond. Tout d’un coup, M. le D' Legras lui dit : « Vous ne me reconnaissez donc pas, S...? je suis médecin. » Et de suite S... de recommencer son.tremblement des lèvres et du menton, et de sangloter.
Au bout de huit à dix jours d'observation, $S... présente un nouveau phénomène. À la visite, après avoir renouvelé son altitude des jours passés, il se raidit, s’allonge, les yeux se cachent sous les paupières supérieures, le bras droit principalement s'étend, raide, la main se crispe, les doigts écartés. Cet état dure une dizaine de minutes. On l’allonge à terre, mais nous remarquons que lorsqu'il est prêt à toucher le sol, soutenu par les gardiens, il prend la précaution de plier le corps, mouvement instinctif qu’il n’a pas su dompter et qui est destiné à rendre moins brusque le contact avec Le sol.
Jamais ces sortes de crises ne le prennent quand il est seul dans sa cellule. Parfois il semble avoir un spasme de la glotte qui l'empêche de respirer, mais il contracte violemment ses lèvres ; enfin, à bout de souffle, congestionné, il ouvre la bouche en soufflant avec bruit.
Le moindre bruit le fait sursauter. Si on lui fait tirer la langue, il la laisse dehors et semble ne plus pouvoir la rentrer; elle est flasque et aucun des muscles du plancher de la bouche n’est contracturé.
Le regard de S..., tout en semblant morne, conserve la vivacité de l'individu qui observe.
XI. — Le nommé C..., que nous avons vu au Dépôt, estun simulateur sans persévérance. Il n’a gardé sa physionomie qu'un seul jour et a compris tout de suite le ridicule de sa situation.
Il se présente à nous l'allure raide, les traits de la face immobiles. Il marche sans difficulté. Il s'assied automatiquement, tout d'une pièce, place ses deux mains à plat sur ses genoux. Mutisme complet; pressé de questions, illève une main à quelques centimètres au-dessus de son genou, en écartant les doigts, puis la repose dans la situation précédente.
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Sa bouche est entr'ouverte, le sphincter est modérément contracté, de sorte que l'ouverture est circulaire et grande environ comme un pièce de un franc. Les lèvres sont allongées en avant. Le reste du masque est immobilisé, figé. Les yeux seuls sont grands ouverts et le regard très mobile.
Si l'on s'approche, G... recule lentement et paraitrait frappé de stupeur si sa physionomie exprimait cette émolion; mais elle reste toujours la même.
XII. — Rapport médico-légal de MM. Henry Bonnet et Jules Bulara*.
M... se tient à peu près constammentles yeux baissés; ilmarche les pieds collés à terre et à petits pas; puis il s'arrête tout à coup et reste un temps considérable dans la poslure suivante : tête baissée, dos voûté, bras légèrement étendus avec une main appuyée sur l’autre; s’il a besoin de se moucher, il laissera couler son nez, mais ne l’essuiera pas. Cette attitude est, à peu de chose près, celle que nous observerons jusqu’à la fin de notre expertise. Il est impassible devant toute question; pas un muscle de son visage ne s’anime. Dans la journée, on a pu observer qu'il se pose de préférence en une altitude de grand hébétement, au carrefour de l'allée principale du jardin; de temps en temps, il tourne lentement la tête sans cesser de l'avoir baissée et lance un regard oblique dans la direction d’où viennent les employés.
Le lendemain, nous l’observons attentivement à distance. Il est évident, pour un œil exercé, que l’attitude d'hébétement est forcée. On le regarde de suite, sans quitier sa place, un quart d'heure environ. Il ne quitte pas la sienne non plus; mais avec une lenteur admirablement étudiée, il tourne de temps en temps la tête du côté de l'observateur. 1] est extrêmement manifeste qu'il observe et étudie nos impressions comme nous étudions ses allures.
L'œil est vif, intelligent et scrutaleur, et cela d'autant plus que la réceptivilé cérébrale est plus tendue par les efforts qu'elle fait pour courir au-devant des sensations. À mesure que nous approchons de lui pour parler à des malades qui l’avoisinent, l'attention parait plus forte; mais il sent qu'on est plus près de lui et qu'on peut davantage l'observer ; sa tête, baissée, ne bouge plus, mais les paupières se lèvent assez fréquemment et l'œil se dirige vers nous.
1. In Annales médico-psychologiques, année 1866, t. II, p. 349.
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On passe près de lui etil se dérange un peu, de façon à laisser juste le chemin libre. À peine a-t-on fait dix pas qu'il se retourne exactement comme une personne ordinaire, regarde un court instant puis reprend sa première poslure.
XIII. — Rapport médico-léqul de M.le D' Marandon de Montyel".
A... (Antoine) semblait atteint d’un délire général, car il passait toutes ses journées à marmotter des paroles incohérentes et à répéter des lambeaux de phrases, toujours les mêmes, ayant trait à l’état militaire. Nous lui recommandâmes avec force de cesser son radotage et de nous écouter : il obéit et nous lui demandâmes sur le même ton quel était son âge. Sa réponse allait nous donner la mesure de sa sincérité et nous fûmes pleinement édifié sur sa simulation quand il nous répondit, en nous regardant en dessous : « Oui, mon général, je vais donner à boire au cheval. »
… Nous le vimes régulièrement deux fois chaque jour. Son visage indiquait assez bien une certaine indifférence apathique ; son regard seul le trahissait : le plus souvent il le tenait baissé; mais quand par hasard il le relevait, il était vif, plein de vie, sournois et inquiet : ce n'était ni le regard du maniaque dément, ni celui du lypémane.
Plus tard, D... simule des hallucinations.