ANATOMIE DE LA FACE
Parmi les muscles de la face, les uns s’insèrent par leurs deux extrémités à des os et appartiennent à l’appareil de la mastication. Nous les passerons sous silence.
Les autres, au contraire, ont au moins une de leurs insertions, mobile, à la face profonde de la peau; l’autre, souvent fixe, sur une partie osseuse. On peut les considérer comme muscles peauciers, dont ils diffèrent cependant, en ce que ces derniers ont leurs deux insertions cutanées, mobiles toutes deux ou fixes l’une ou l’autre, suivant les besoins.
Ces muscles, à insertion cutanée, mobile, sont très nombreux dans la face. L’un d'eux, le peaucier, s'étend au cou et à la poitrine. Ce sont les seuls qui nous intéressent. Ils sont groupés autour des différents orifices de la face, les ferment, les ouvrent, les déforment dans des proportions très variables. Bref, ils en règlent le fonctionnement.
On peut les diviser en trois groupes ou élages.
Le premier comprend les muscles du front, des sourcils et de la base de l'orbite.
Le second comprend ceux du dos du nez et de l’orifice des narines.
Enfin, dans le troisième groupe sont compris un grand nombre de muscles concentrés autour de l’orifice buccal et qui font mouvoir les lèvres et le menton.
Premier groupe.
Le plus étendu des muscles de ce groupe est le frontal. Il est situé à la partie antérieure du front et constitue avec l’aponévrose épicranienne et l'occipital en arrière, un plan très mince musculo-aponévrotique, véritable muscle digastrique.
Les fibres musculaires sont insérées à la face profonde de la peau de la région sourcilière et intersourcilière. Ses fibres médianes verticales sont dirigées vers la racine du nez et semblent se continuer et se confondre avec les fibres des petits muscles pyramidaux. Ses fibres moyennes, un peu obliques en bas et en dehors, s’insèrent à la partie moyenne des sourcils ; enfin les fibres externes, plus courtes et plus obliques, sont dirigées vers les angles externes des sourcils.
Si l'insertion sourcilière de ce muscle est fixée par la contraction des sourciliers et du pyramidal par exemple, la contraction du frontal ramène en avant et suivant la courbe du front, le bord antérieur de l’aponévrose épicranienne, ce qui a pour résultat de diminuer la hauteur du front en rapprochant des sourcils le bord d'implantation des cheveux. Ce déplacement d'ailleurs est très minime, car l’aponévrose est maintenue en arrière par le muscle occipital qui, chez l'homme, est généralement très atrophié, et partant, très peu élastique.
Au contraire, et ce qui a lieu le plus souvent, comme en témoignent les rides frontales, le musele agit en prenant son point fixe en arrière sur l’aponévrose, et élève alors les sourcils en provoquant des rides horizontales, non droites, mais à courbes presque constantes. Les courbures de ces rides sont en rapport avec la direction des faisceaux contractiles.
Les faisceaux moyens sont les plus puissants; ils sont de
Te
chaque côté de la ligne médiane, à une certaine distance; ils
attirent la peau dans le sens de leur direction, qui est, comme nous l'avons dit, légèrement oblique en haut et en dedans. L'action des faisceaux médians, contrebalancée par la tonicité des pyramidaux, est moindre que celle des précédents : il en résulte des rides dont la courbe est à concavité supérieure. Les faisceaux externes, très faibles, sont incapables de continuer l’action des faisceaux situés en dedans d’eux; il en résulte que l'extrémité de la ride frontale est moins élevée qu’au niveau du point d'attache des faisceaux moyens, tout en l’étant davantage qu'au niveau des faisceaux médians. Nous avons alors de chaque côté de la courbe médiane une courbe en sens contraire, à concavité inférieure, mais dont la terminaison externe est au-dessus du niveau du point le plus déclive de cette courbe.
Dans la contraction du frontal, il faut remarquer que l'insertion sur l’aponévrose n’est pas absolument fixe et que le muscle, développé par son action souvent répétée, entraine l’aponévrose épicranienne mal maintenue par le faible occipital." Il en résulte que les rides sont plus marquées et plus épaisses, que le front diminue de hauteur et que la partie postérieure du cuir chevelu est attirée en haut et en avant.
En général, la combinaison de ces différents mouvements n'entraîné aucun déplacement de l'oreille. Peut-être, dans quelques cas, lorsque par un jeu de physionomie antérieure, les oreilles ont été abaissées, voit-on le redressement et l'élévation de ces organes.
Macalister signale comme disposition constante lé passage d'un faisceau du frontal dans le muscle releveur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure.
Il est rare, cependant, de rencontrer des mouvements d'élévation dans ces organes, au moment de la contraction isolée du frontal. Ce qu’on voit le plus souvent, c’est l’en-
me |
traîinement de la peau du dos du nez, non par contraction mais par traction, ce qui modifie le profil de l’appendice nasal en tendant à combler la légère concavité d’implantation des os du nez sur le frontal. Le profil est plus droit, la pointe du nez semble relevée.
Cette déformation contribue à augmenter l'aspect d’étonnement, de surprise et d'attention, toutes physionomies qui sont du ressort du frontal.
Le muscle frontal, quoique formant un seul plan, n’est pas un muscle unique. Il y à un frontal gauche et un frontal droit, et cela tient au mode de développement de la face qui se fait, comme l’on sait, par l’union sur la ligne médiane de bourgeons latéraux. Aussi voit-on, chez certains sujets à facies mobile, se contracter isolément l’un des deux muscles. Souvent mème les rides frontales sont plus accusées et plus élevées d'un côté que de l’autre.
Continuant presque les fibres médianes du muscle frontal, se trouvent les deux petits muscles verticaux appelés pyramidaux du nez. Ils sont accolés l’un à l’autre, situés sur le dos du nez, dans la région intersourcilière: Leur confusion avec le muscle précédent n’est qu'apparente, comme le fait remarquer Sappey; cest plutôt un entremèlement, une pénétration réciproque, car leurs actions sont contradictoires. Contractez le muscle frontal, vous tendez le muscle pyramidal. On comprend alors pourquoi le pyramidal ne peut agir que pendant le repos du frontal. C'est ce qu'ont démontré Sappey en 1837 et plus tard Duchenne (de Boulogne) par ses expériences électro-physiologiques.
La contraction des pyramidaux soulève la peau de la racine du nez, provoque une ou deux rides transversales, à concavité inférieure, rectifie le profil du nez. Elle est toujours associée dans les jeux de physionomie à la contraction des muscles élévateur propre de la lèvre supérieure et élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure.
pi
ul tac Séesn
RS
- Tandis que les muscles précédents provoquent des rides horizontales, les rides verticales de la région supérieure de la face sont produites par les muscles sourciliers.
Il en existe un droit et un gauche, mais leur action est synergique. Ils sont situés sur l'angle interne du sourcil, horizontaux ; et leurs extrémités internes se touchent sur la ligne médiane. Les faisceaux décrivent une légère courbe concave en bas.
Quand le frontal est contracté, les angles internes des sourcils sont élevés et écartés. Le muscle sourcilier doit lutter contre les fibres du frontal, et comme il est beaucoup moins puissant, c'est à peine s’il parvient à rapprocher un peu, en les abaissant, les angles internes des sourcils.
Si, au contraire, le muscle frontal est relâché, la contraction est plus efficace : des plis verticaux très profonds se creusent sur la racine du nez; les sourcils s’abaissent dans
leur moitié interne, leur peau mobile se soulève même et les sourcils font saillie.
Mais tous ces phénomènes ne se produisent pas sans l'intervention de la zone orbitaire puissante du muscle orbiculaire des paupières, dont les fibres s’entrecroisent au niveau du trou sus-orbitaire avec les fibres du sourcilier.
L'orbiculaire des paupières complète le premier groupe ou groupe supérieur des muscles de la face. Il représente les sphincters de l'ouverture palpébrale, alors que les muscles précédents peuvent être considérés comme les dilatateurs accessoires, et imparfaits il est vrai, du même orifice. L’antagoniste propre de l'orbiculaire est le muscle intraorbitaire, releveur de la paupière supérieure. Mais essayez donc de contracter énergiquement l'orbiculaire des paupières en mème temps que le frontal!
Comme tout muscle sphinctérien, il se compose d'un anneau elliptique; ici, il est aplati, large et mince, couvrant les paupières et empiétant sur le pourtour osseux de l'orbite.
DS es
Cette dernière partie, plus spécialement appelée zone orbitaire, agit coneurremment avec les fibres du sourcilier, augmente l'action de celui-ci, diminue l'écartement des sourcils et abaisse l'angle externe : ce qui est d'autant plus marqué que l’angle interne est relevé. L'abaissement du sourcil tend à recouvrir la paupière supérieure.
La zone palpébrale, en se contractant, ferme l'œil; on ne se rend bien.compte de son action qu’en exagérant le rapprochement des paupières. La paupière inférieure est élevée, attirée obliquement en haut et en dedans, et le bord palpébral inférieur, de presque horizontal qu'il était, l'œil étant ouvert, devient notablement oblique. La paupière supérieure, fortement abaissée, est, elle aussi, fortement déviée; l’angle interne semble remonté quoiqu'il soit resté fixe. Mais l'angle externe du sourcil s’est abaissé. Le sourcil est plus ramassé sur lui-même, plus court, plus oblique, plus épais ou saillant; des rides petites, en éventail, se forment, principalement aux dépens des téguments de la paupière supérieure, dans sa partie externe. Enfin, la fente palpébrale, très profonde, est beaucoup plus courte et très oblique de bas en haut et de dehors en dedans.
Dans sa zone orbitaire, l’orbiculaire peut se fusionner intimement avec le sourcilier. Il envoie parfois, dit Macalister, des faisceaux dans le releveur de la lèvre supérieure, dans le petit zygomatique et Jusque dans le peaucier du cou.
Le sourcil, élevé par le muscle frontal, s’abaisse sous l’empire de la contraction du muscle orbiculaire des paupières.
En outre, Arlt (Arch. /f. Ophtalmologie, BdlX ; 1 abth.3.6#) a décrit, sous le nom de muscle abaisseur du sourcil, un petit faisceau triangulaire, souvent distinct, qui s’insère par son sommet derrière le ligament palpébral interne et vient se terminer par sa base élargie dans la partie interne du sourcil. Ce muscle paraît être le même que le dilatateur
he
supérieur du sac lacrymal de Bourjut Saint-Hilaire et le même que le lacrymal antérieur de Henke.
Deuxième groupe.
Ce groupe comprend les muscles du dos du nez et de l’orifice des narines. Ces organes étant très peu mobiles chez l’homme, les muscles sont rares et peu développés.
Un petit muscle triangulaire est couché sur la portion cartilagineuse de l’aile du nez : c’est le fransverse du nez.
Comme tous les muscles de la face, c’est un muscle double, mais, tandis que les autres enchevêtrent les fibres musculaires d’une de leurs extrémités, celle qui correspond à la ligne médiane, ce muscle présente presque une union complète de gauche à droite, par l'intermédiaire d’une lame aponévrotique, très mince, à cheval sur le dos du nez. C’est presque un muscle digastrique au total. Les extrémités sont fixées à la peau du sillon de l’aile du nez. Les fibres sont obliques en bas, en dehors et en arrière. Les faisceaux antérieurs sont attachés à la face profonde de la peau, les faisceaux postérieurs se continuent avec les faisceaux externes du myrtiforme. |
Les faisceaux antérieurs attirent la peau vers le dos du nez et donnent des rides verticales sur l’aile du nez; les faisceaux postérieurs, contractés avec le myrtiforme, aplatissent les ailes du nez et diminuent la largeur de l’orifice des narines. Mais, c'est surtout le myrtiforme qui joue le grand rôle dans ce mouvement.
Le myrtiforme est un petit muscle rayonné, situé au-dessous des narines, recouvert par la muqueuse buccale et l'orbiculaire des lèvres, et fixé sur le maxillaire supérieur, au niveau de la fossette myrtiforme et de la saillie de la dent canine. Parmi ses fibres, les unes, internes, s’attachent à la sous-cloison, les moyennes, au bord postérieur du cartilage
ar ME 5e
de l'aile du nez, les externes contournent le cartilage en décrivant une courbe à concavité dirigée en haut et en dedans, se continuant avec les faisceaux postérieurs du transverse.
L'ensemble de ces derniers faisceaux et des fibres des deux “myrtiformes droit et gauche forme un sphincter presque complet dont les contractions rétrécissent l’orifice nasal.
La partie inférieure du nez est attirée en bas, la partie moyenne de l'aile estattirée en dedans, vers la ligne médiane, et les faisceaux de la cloison soulèvent celle-ci et tendent à la rapprocher de l'aile qui vient d’être déplacée. Il en résulte une diminution notable dans la largeur de l’orifice nasal qui, en même temps, perd, par l’abaissement du lobule du nez, une partie de son diamètre antéro-postérieur. Le sillon de l'aile du nez avec la lèvre supérieure est plus profond. Nous verrons plus tard que l’accentuation de ce pli est presque constante dans la physionomie « tirée », la « figure longue » du mélancolique.
Ce pli sera d'autant plus marqué que l’élévateur commun de l’aïle du nez et de la lèvre supérieure (musele des émotions tristes) sera contracté.
L'antagoniste du sphincter des narines est représenté par un petit muscle signalé par Santorini sous le nom de diatateur propre des narines. Ge dernier, attaché d'une part au bord postérieur du cartilage de l’aile du nez, s’insère d'autre part sur la partie correspondante du maxillaire supérieur.
Il y en a, comme toujours, un gauche et un droit. Ces deux petits muscles font pour ainsi dire basculer le cartilage de la narine, la face supéro-externe tend à devenir plus supérieure et le bord inférieur tend à se porter en dehors.
L'orifice des narines alors se dilate.
Troisième groupe.
Le groupe inférieur des muscles de la face, ou troisième groupe, est celui qui comprend le plus grand nombre de muscles. Relativement volumineux, ils commandent aux mouvements de l’orifice buccal. Là encore nous rencontrons la disposition déjà vue dans les groupes précédents, c’est-àdire, l’existence d’un système obturateur ou sphinctérien et d’un système de fibres divergentes et dilatatrices.
Le sphincter est représenté par l’ensemble des muscles labiaux où orbiculaires des lèvres. Avec Winslow nous en considérerons un supérieur et un inférieur.
Leurs extrémités externes, confondues entre elles, enchevètrées, complètent, par leur union, l'anneau musculaire péribuccal.
Compris dans l'épaisseur des lèvres, ils présentent une largeur assez considérable et on pourrait, au point de vue de leur fonctionnement, leur décrire une zone marginale et une zone périphérique. Cette dernière, en se contractant, transforme l’orifice en canal, projette en avant le bord libre des lèvres, qu’elle éverse notamment à la lèvre inférieure. La première, au contraire, ferme les bords de l'ouverture, pince les lèvres et les applique contre les arcades dentaires.
Autour de cet anneau circulaire est un système rayonné de fibres qui contrebalance son action. On peut dire que chaque point de la circonférence de l’orifice buccal peut être soustrait à la contraction générale, ou tout au ‘moins à l’occlusion par tonieité musculaire. Et tout d’abord, dépendant des orbiculaires, on décrit de petits faisceaux verticaux et obliques, Les uns supérieurs, les autres inférieurs.
Les premiers, partis de la muqueuse, se dirigent verticalement vers la sous-cloison et obliquement vers la fossette myrtiforme, de chaque côté de la ligne médiane.