OBSERVATION IV
Bouchardat : Mémoires de l'Académie de Médecine, 1851
C'est encore un jeune homme, âgé de moins de vingt ans, qui en est l'objet; son intelligence était des plus bornées. Sa maladie durail depuis longtemps peut- -êlre, mais n'avail été reconnue que depuis peu.
I habitait la campagne, où il avait été renommé pour son extrême voracité. Non seulement il dévorait la pitance de sa famille, mais il ne perdait aucune occasion de mendier ou de dévorer des aliments. On l'avait surpris même, un assez grand nombre de lois, dans les champs, occupé à arracher des pommes de lerre et à les manger crues, il
dérobait également des haricots qu'il engloultissait crus. On se déeida enfin à l'envoyer à Paris; ilrentra dans le service de M. le docteur Chancel.
Avant de le soumettre à aucun traitement, M. Chancel décida que ses urines de 24 heures seraient recueillies et analysées et que, pour cé jour, rien ne serait changé à son régime ordinaire. Il prit dans les 24 heures: pain 720 gr.; bœuf bouilli 250 gr. ; pommes de terre 250 gr.; vin 40 centilitres ; bouillon 75 centilitres : ‘tisane commune » litres.
Dans ce même espace de Lemps il rendit 6 litres 25 centilitres, d'urine qui contenait 135 gr. 7 de glycose par Btre; c’est la proportion la plus élevée que j'aie jamais rencontrée. |
Le lendemain, pendant la visite, ils'esquiva, déroba un pain dans l'office, le mangea immédiatement, de même qu'un reste de cataplasme. Il accomplit cet acte de gloutonnerie dans un lieu froid et humide. Il fut pris, après la visite, d'un frisson intense, accusa de la douleur dans le côté, de la difficulté de respirer, et 8 heures après il mourait suffoqué. Ar L'autopsie démontra que la mort avait la même origine que dans l’observation précédente. Les poumons exempts de tubercule étaient rapetissés et gorgés de sang noir Le volume des reins était augmenté, leur tissu était plus pâle qu'à état normal. L'estomac était indemne et contenait plus de trois litres d'une bouillie épaisse.
TERMINAISON. COMPLICATIONS. — La terminaison de la pneumonie des diabétiques est souvent mortelle, quoique le pronostic ne soit pas aussi fatal que l'en ait cru Bouchardat.
Quand la mort survient, en dehors des conditions fou-
RES ir da
droyantes déjà indiquées, c’est généralement du fait d’une complication. Il est classique de distinguer, pour la pneumonie des diabétiques, 3 principales complications ; ce sont la suppuration, la gangrène pulmonaire el Purémie.
1° La suppuralion. — Nous avons déjà indiqué, quand nous avons étudié les lésions du bloc preumonique diabétique, la fréquence de l'hépatisation grise. Le diabétique est un individu qui fait plus qu'un autre des suppurations, furonculose et anthrax, abcès et phlegmons, parce que le milieu sucré est très favorable aux microbes de la suppuration. Ce passage des lésions pulmonaires à la purulence ne doit donc point nous étonner. Ge qu'il Ya de parliculièrement intéressant, c'est que ce passage se fait d'une façon très rapide; lhépatisation grise ne s'installe pas, comme dans la pneumonie vulgaire, au bout de 4, 5, 6 Jours etsouvent plus, mais au bout de 24 à 48 heures; le malade succombe rapidement dans le collapsus. Tel est le cas du malade de Cantani dont voici l'observation,
OBSERVATION V (Résumée) Cantani (in Thèse Inglessis)
Homme 50 ans. Diabète datant de 6 ans avant l'entrée à la clinique en 1881. Sous l'influence du régime, le malade n'urine le 16 décembre que 1850 ce. et 30 gr. de sucre, les jours suivants 900 gr. sans sucre.
Le 24, pomt de côté gauche avec toux et oppression. Temp. 3$, pouls 100, resp. 28. Le poumon donne en avant el à gauche une sonorité {ympanique, expiration, bronchique.
le
Le 25 au soir, temp. 391, pouls (20. Diagnostic de pneumonie du lobe supérieur du poumon gauc he Traitement: quinine, vin de Marsala.
Le 26, la température est tombée à 37°7, mais le pouls est pelit, faible, rapide (140), respiration 44 à 48, sucre 2 gr. (vin de Marsala,. L'aggravation est rapide, le malade meurt le 27 à 4 h. da matin.
Aulopsie : Anciennes adhérences pleurales peu serrées, bilatérales, prédominant à droite,
À la coupe le lobe supérieur du poumon gauche est hépatisé par une pneumonie croupale entre lhépalisation rouge el l'hépatisation grise.
Le lobe inférieur est congestionné au voisinage du bord du poumon, plus à droite qu'à gauche.
Le tissu conjonctif péribronchial est épaissi par une légère et circonscrite pneumonie interstitielle chronique.
Au lobe inférieur du poumon droit et vers la base existe un foyer hépatisé imperméable à l'air. Pigmentation des ganglions péribronchiques.
2 La gangrène. — « L'observation apprend, dit Cruveilhier, que les pneumonies qui surviennent dans le cours d'une maladie grave où chez des individus affaiblis par une maladie quelconque, se terminent souvent par la gangrène ». D'autre part, l'on connaît très bien la ten-
dance sphacélique que prennent les inflammations aiguës, telles que furoncles, anthrax, chez les diabétiques. IL Y a donc double raison pour que la pneumonie des diabétiques dégénère en gangrène. Cependant ce mode de terminaison ‘n'est pas admis par tous les auteurs: alors qu'Andral, Bouilläud en rapportent des exemples, Laënnec, Grisolle, Lécorché, la considèrent comme très discutable.
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En fait, la gangrène pulmonaire est assez fréquente chez les diabétiques ; un malade ayant du sucre dans ses urines fait de la fièvre, présente des signes physiques analogues à ceux de la pneumonie, puis des crachats hémoptoïques qui, faitassez spécial, ne présentent presque jamais l'odeur caractéristique de la gangrène pulmonaire. La maladie dure quelques semaines et à l'autopsie on trouve des foyers de désintégration pulmonaire dont l’un, plus volumineux, présente des lésions nettement nécrotiques ; tout autour le tissu présente une densification pneumonique.
Comme on le voit par ce court tableau, 1l est très difficile de savoir, dans ces conditions, s'il s'agit d’une gangrène pulmonaire survenue d'emblée ou d'une gangrène ayant succédé à une pneumonie. Voilà pourquoi on peut. soit, avec Lécorché, rejeter l'existence de toute gangrène secondaire, soit, au contraire, avec Andral et Bouillaud, admettre au même titre que la gangrène primitive À vrai dire, la seule observation qui soit concluante, au point de vue de l'existence de gangrène secondaire, concerne, non une pneumonie, mais une bronchopneumonie.
3° L'urémie. -- Il est un autre mode de terminaison de la pneumonie diabétique, c'est lurémie. La pneumonie détermine fréquemment des lésions rénales et entraine une albuminurie plus où moins abondante. Le diabète lui aussi lèse l'épithélium rénal, d'où la fréquente associalion de l’albuminurie à la glycosurie et le difficile prés blème de thérapeutique qu'elle pose.
Lorsque la pneumonie évolue chez un diabétique, les deux causes se surajoutent pour frapper le rein et il peut s'installer soit quelques troubles fonctionnels, soit une néphrite grave: dans ce dernier cas, l'élimination ne se faisant plus où d'une façon incomplète, il y a rétention des