LES CAUSES DE LA MORT TARDIVE CHEZ LES BRULÉS
Si les accidents et les morts éloignées sont plus rares chez les grands brûlés, leur nombre important a incité certains chercheurs modernes à s'occuper de cette question. Deux théories, à notre avis, sont seules susceptibles de retenir notre attention, vu la personnalité des chercheurs et la qualité du travail qu’ils ont fourni. Ces théories éliminent celles que d’autres auteurs avaient voulu fonder sur des facteurs accessoires ou plutôt, témoins des processus humoraux qui en découlent. Nous voulons parler d’une part de la déshydratation des brülés, d'autre part, de l’autointoxication qu'ils subissent à partir des produits toxiques élaborés au niveau des
lésions.
a) La déshydratation chez les brûlés.
Bottin, de Liége, dans une série de travaux très intéressants, a mis cliniquement et expérimentalement cette question au point. Après des séries d'expériences, il attribue la genèse de l'accident observé au cours des brülures à la déshydratation. Au niveau des brûlures, particulièrement lorsque
celles-ci sont étendues, il se produit un appel sanguin intense, avec évaporation massive d’eau. Si l'on y ajoute la transpiration, très importante chez les brûlés et l’hyperventilation pulmonaire due à la rapidité de la respiration, on conçoit qu'il y ait une énorme perte d'eau. Or, le départ de l’eau, entraîne nécessairement comme corollaire, la fuite des minéraux du sang (Na., K, Ca, ion, CI., etc.). Ceuxci ne pouvant s'évaporer, s'accumulent dans les tissus nécrosés et même dans la peau saine aux alentours des lésions. Au cours de ses expériences, Bottin a déshydraté des animaux en séries par divers procédés (purgations, vomissements, occlusions intestinales hautes, fistules, etc.). Or, les troubles constatés dans ces différents cas, sont exactement calqués sur les phénomènes que l’on observe au cours des brûlures. Cette pathogénie admettant la perte de l’eau comme facteur causal des accidents, peut donc aisément s’admettre. D'ailleurs, l’eau est un élément vital, l'organisme en renferme de 60 à 70 %. Les variations de ce facteur si elles ont lieu, dans des proportions appréciables, peuvent donc influencer et modifier profondément la structure même de l’état de vie, c’est-à-dire de l’état colloïdal. On sait d'autre part que l’eau joue un rôle complexe dans l'organisme : c’est un dissolvant et un véhicule de tous les minéraux et éléments du sang et des humeurs. Les métabolismes, la perméabilité cellulaire, l'osmose ne peuvent s'effectuer sans eau. Si l’on,songe que la majeure partie de l’eau organique
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est bloquée (os, muscles, organes, etc...) el que ce départ massif de liquide se produit surtout aux dépens de l'eau cireulante des humeurs, on conçoil alors les profondes perturbations que subit l’organisme, Comme on le voit, le facteur hydrique joue un rôle très important dans la pathogénie des accidents survenant à la suite des brülures. Mais il ne saurait expliquer la gravité de l’état de certains brûlés ou les cas de mort que l’on observe fréquemment. Par contre la déshydratation joue un rôle primordial dans la modification du terrain, qui permet aux éléments que nous allons voir d’agir avec un maximum de nocivité.
b) La théorie toxique. — Rôle des Polypeptides.
Bien des auteurs ont été frappés par l'allure toxique des accidents que l’on observe chez les brüés. On trouve à ce sujet des observations et des travaux datant déjà de 1923 avec Underhüll et ses élèves en Amérique et plus tard de Davidson qui insiste sur la baisse du taux des chlorures. En France, MM. les Professeurs Pierre Duval et Léon Binet ont travaillé la question sur le plan des modifications humorales et en particulier ils ont insisté sur l'abaissement du taux des chlorures. Mais il faut arriver à ces loutes dernières années pour voir s’établir avec plus de précisions la théorie toxique des brûlures, défendue par différents auteurs, surtout
par le Professeur Pierre Duval en France. La théorie de l’intoxication par les produits nés dans les tissus brûlés et répandus secondairement dans l’organisme est la seule qui puisse être soutenue aujourd'hui. Tout concorde à prouver la présence, sinon à préciser la nature exacte, de la substance toxique. Or, nous savons qu'elle naît à partir des albumines désintégrées des régions nécrosées par la brülure. Le taux très élevé des polypeptides sanguins, à la suite des brûlures, a permis à certains auteurs de penser que ces polypeptides étaient responsables de l'intoxication. Nous verrons que l'étude clinique et expérimentale systématique des brûlures, nous amènera à confirmer cette hypothèse.