TOXICITÉ URINAIRE DES CARDIAQUES
Avant de terminer ce chapitre de la polyurie continue des cardioscléreux nous croyons devoir consacrer quelques pages à l'étude de la toxicité urinaire des cardiaques. |
N'ayant pas expérimenté nous-même, nous nous bornerons à rappeler les différents travaux publiés sur cette question intéressante, en émettant toutefois, au sujet de l'influence du lait sur la toxicité des urines, une opinion basée sur les faits cliniques.
Dans son excellente thèse sur les variations de la toxicité urinaire à l’état physiologique, Marette montre qu’il n’y a aucune corrélation entre la toxicité et les divers éléments connus de l'urine. Le volume de l’urine et sa densité, c’est-à-dire la quantité des substances solides qui y sont dissoutes, n’exerce aucune influence sur le degré de toxicité ; il en est de même des acides et de l’urée. En ce qui concerne l’urée, on voit la toxicité, tantôt augmenter avec l’azoturie, tantôt diminuer notablement pendant que le chiffre de l’urée s'élève. On sait d’ailleurs combien l’urée est peu toxique ; les expériences de Quinquaud sur le chien ont montré en effet que les injections intraveineuses d’urée ne déterminaient la mort de l’animal qu’à la dose élevée de 3 grammes par kilog. On peut en dire autant des urates et de la piupart des sels contenus dans l’urine ; toutefois l’action toxique des sels alcalins et surtout des sels de potasse a été nettement constatée expérimentalement par de nombreux auteurs et en particulier par M. Lécorché et Talamon.
Pour M. le Professeur Bouchard, il y aurait dans l'organisme quatre sources principales de poisons :
L'alimentation ;
La désassimilation ;
La bile ;
Les putréfactions intestinales.
Et les urines contiendraient sept substances toxiques différentes ; mais ces substances n’ont pas été isolées, ce qui diminue considérablement la valeur de la théorie.
Disons donc avec Marette que, outre les sels de potasse « la toxicité
de l'urine doit être rapportée en grande partie à des substances organiques dont la nature chimique nous est inconnue.
Dans une communication au Montpellier médical de 1891, Ducamp, après d’intéressantes recherches sur la toxicité urinaire des cardiaques, arrive aux conclusions suivantes :
« 4° La toxicité diminue de moitié environ pendant les périodes asystoliques.
2° Dans la grande hypertrophie cardiaque, le coefficient uro-toxique augmente de moitié et même davantage.
3° Dans les lésions cardiaques sans grande hypertrophie et sans trouble de la circulation périphérique, la toxicité reste normale. »
La diminution de la toxicité dans l’asystolie se comprend aisément étant donnée l'élimination insuffisante des déchets par défaut de circulation et souvent par altération rénale.
L'augmentation du coefficient urotoxique dans la grande hypertrophie s’explique par la suractivité du cœur dont les contractions plus fortes accélèrent la vitesse du courant sanguin : cette hypertoxicité ne se produit d’ailleurs qu’en l'absence de lésions profondes du rein.
Quelle est maintenant l’action du régime lacté sur l'élimination de l'urée et sur la toxicité urinaire des cardiaques et en particulier des cardio-scléreux ?
Chibret, dans sa communication à l’Académie des sciences du 31 mai 1887, étudie l’action du lait sur l’excrétion urinaire et conclut à l’hyperazoturie lactée : l’urée augmenterait de 60 p. 100 avec le régime lacté absolu et de 35 p. 100 avec le régime mixte. Pour cet auteur, l’hyperazoturie serait due à ce que le lait tend à réduire la proportion des déchets azotés insuffisamment oxydés, et modifie profondément la constitution de l’albumine du sang.
Quinquaud dans son livre sur l’urée montre que les diurétiques en sénéral déterminent l’hyperazoturie en favorisant l'élimination de l’urée accumulée dans le sang, et contribuent en outre à la production de l’urée en rendant plus faciles les circulations locales.
Enfin Marette constate également l’hyperazoturie lactée mais lattribue simplement à la grande quantité d’albumine ingérée.
Nous avons nous-même recherché avec soin la densité et Purée
cle SAVE
chez les cardio-scléreux soumis aux différents régimes d’alimentation (régime alimentaire normal, régime lacté absolu et mixte), sans pouvoir arriver à des conclusions certaines. Dans plusieurs cas, et en particulier chez une malade entrée avec des signes d’asystolie rénale, la densité et l’urée primitivementtrès inférieures à la normale, ont nettement augmenté et d’une façon progressive sous l’influence du régime lacté absolu substitué au régime alimentaire normal. Dans d’autres cas au contraire, ces deux éléments n’ont subi aucune modification appréciable.
En expérimentant sur nous-même, nous avons constaté, sous l'influence du régime lacté absolu substitué au régime alimentaire normal pendant 24 heures, une diurèse de 3 litres (la quantité de lait ingéré étant de 3 lit. 6), une diminution de la densité, et une augmentation notable de l’urée et des chlorures.
Nous remercions M. Guéguen, interne en pharmacie, qui a bien voulu faire analyse complète des urines.
Pour ce qui concerne l'influence du lait sur la toxicité urinaire,
voici les principaux résultats obtenus par les auteurs. . Charrin et Roger en expérimentant sur les urines du chien et du lapin ont constamment trouvé une diminution notable de la toxicité sous l'influence du lait. Marette, au contraire, à constaté non sans surprise, qu à l’état physiologique, les urines du régime lacté absolu présentaient une hypertoxicité notable. Enfin Ducamp, dans la communication citée plus haut, avait observé que chez les cardiaques porteurs de lésions bien compensés, sans aucun trouble de la circulation périphérique, la substitution du lait au régime ordinaire pouvait réduire de un tiers la toxicité des urines.
N'ayant pas expérimenté nous-même, nous ne saurions conclure rien d’absolument précis ; qu’il nous soit permis toutefois d'émettre une opinion basée sur des faits cliniques :
Chez les cardio-scléreux atteints simultanément d'imperméabilité rénale, il y a, même dans l'intervalle des crises asystoliques, rétention dans l'organisme des produits toxiques insuffisamment éliminés : l'urine doit donc présenter une toxicité inférieure à la normale.
Si, dans ces conditions, on substitue le régime lacté au régime
Le Et
alimentaire normal, que doit-il arriver ? Le lait introduit, il est vrai, dans l'organisme un minimum de toxines, mais d'autre part, en activant la sécrétion rénale, en diluant le sang et par conséquent les produits toxiques retenus dans les organes et dans la circulation, il favorise notablement l'élimination des poisons ; d’où : accroissement du pouvoir toxique de l'urine.
Quant à l’hypertoxicité urinaire constatée par Marette à l’état physiologique sous l'influence du lait, il s’agit là d'un fait expérimental difficile à expliquer. Chez un sujet sain en effet, les poisons de l’organisme sont éliminés normalement ; la substitution au régime ordinaire, du régime lacté beaucoup moins toxique devrait donc ce semble entrainer l'hypotoxicité de l'urine. L'auteur se borne d’ailleurs à constater le fait et, après examen, il écarte l'hypothèse d’une lixiviation qu'il avait un instant émise pour expliquer les résultats
obtenus.
ManTiIN ”