CHAPITRE PREMIER
Polyuries physiologiques.
La formation de l'urine résulte d’un double travail, de filtration simple et de sécrétion véritable, C’est au niveau des capillaires du glomérule que filtrent l'eau et accessoirement une petite quantité de sels, cette filtration étant d'autant plus intense et rapide que la tension intra-vasculaire du glomérule excède davantage la pression du liquide contenu dans les tubes urinifères. Ce premier travail est donc en rapport avec la pression sanguine générale et sous la dépendance de l’innervation vaso-motrice.
Par la sécrétion épithéliale des tubes urinifères, les principes solides de l'urine sont éliminés en même temps qu’une légère quantité d’eau. Cette sécrétion épithéliale, absolument indépendante de la tension, est provoquée par l’action directe et stimulante des substances contenues dans le sang, sur l’épithélium rénal.
D'après Bartels et Rehder, un individu sain élimine en 24 heures une quantité d’urines représentant en moyenne 76 0/0 du liquide ingéré dans le même temps. Dans les expériences faites par ces auteurs, les sujets étaient tenus au lit comme les malades, et l’on notait la quantité d’eau ingérée sous forme de boissons et aliments liquides, en négligeant l’eau contenue dans les aliments solides.
Pour M. Roger, la quantité d'urine émise en 24 heures par un sujet bien portant est un peu supérieure à la quantité de liquide ingérée. Le sujet sur lequel ont porté ses expériences était soumis à un régime alimentaire variable, mais il prenait chaque jour la même quantité de boissons à savoir : 1230 grammes dont 250 grammes de lait. La quantité d'urine recueillie pendant 32 jours consécutifs fut très variable, atteignant en moyenne 1397 grammes.
A l’état physiologique, il existe de nombreuses causes susceptibles
Se
de produire une augmentation plus ou moins accusée du chiffre normal d'élimination. Parmi elles, les principales et en même temps les plus fréquentes et les mieux connues sont: les émotions vives, la réfrigération, et certaines modifications du régime alimentaire.
Ces différentes causes déterminent une polyurie ordinairement passagère, transitoire, quelquefois très légère, mais pouvant atteindre aussi un chiffre très élevé. Quel est maintenant le mécanisme de ces polyuries transitoires ? i
Pour nous en rendre compte, il est nécessaire de rappeler les divers éléments qui entrent dans la production de la tension artérielle normale. À ce propos, nous ne saurions mieux faire que de citer la phrase de Lorain rapportée par Huchard : « la tension artérielle résulte de la réplétion des artères accrue de l'impulsion du cœur et aidée ou desservie par la résistance des capillaires. » Tels sont en effet les trois principaux éléments de la tension artérielle, et l'influence de chacun d’eux a été nettement démontrée par un grand nombre d'expériences que nous n'avons pas à rappeler ici. Parmi les causes que nous venons de signaler tout à l'heure les unes déterminent la polyurie en provoquant d’abord une augmentation plus ou moins accusée de la pression artérielle générale, les autres, en agissant directement sur le rein.
Avec Huchard, il faut distinguer deux variétés d’hypertension : l'hypertension active et l'hypertension passive. L'hypertension active reconnaît comme cause l’augmentation des résistances centrale et périphérique, la première due à la rapidité anormale et surtout à la force des impulsions cardiaques, la seconde, au resserrement des petits vaisseaux par suractivité des nerfs vaso-constricteurs. Les émotions vives produisent une polyurie passagère par ce double mécanisme ; elles augmentent le nombre et l'intensité des battements cardiaques et déterminent une vaso-constriction réflexe, la polyurie étant la conséquence de l'hypertension ainsi réalisée. rest encore par vaso-constriction que le froid intervient et à ce sujet nous devons rappeler les résultats obtenus par MM. Lambert, Wertheimer, et Delezenne dans des expériences nombreuses ayant trait à
l’action de la réfrigération sur le rein.
En
D'après ces auteurs, d’une facon générale, la réaction du rein à la réfrigération est une vaso-constriction. Delezenne, après avoir expérimenté chez l'animal dans les conditions normales et chez l'animal ayant subi des injections intra-veineuses de sérum artificiel, conclut que sous l'influence de la réfrigération de la peau, la sécrétion urinaire diminue tout d’abord par suite dela vaso-constriction du rein ; la diurèse qui se produit ensuite serait due à la paralysie vasculaire succédant à la vaso-constriction prolongée.
Lambert renouvelle les expériences sur le chien curarisé, l'urine étant recueillie à l’aide de canules placées dans les uretères. Pour rechercher dans quelles conditions se produit l'hypersécrétion, l’auteur inscrit en même temps que l'écoulement d'urine, les variations de pression sanguine intra-rénale et les variations de volume du rein. Les résultats des expériences ainsi réalisées l’amènent aux conclusions suivantes : l'hypersécrétion urinaire sous l'influence du froid peut être primitive ou secondaire. « L'augmentation primitive de la sécrétion est due à ce que la hausse de pression sanguine générale rencontre un rein qui Se dilate ou se contracte faiblement, l’augmentation secondaire étant due à une diminution rapide de la tonicité vasculaire du rein. »
L'hypertension passive, elle, peut résulter d’un trop-plein circulatoire consécutif lui-même à l’ingestion immodérée d’aliments solides ou de boissons. Le système vasculaire chargé d’une quantité de sang supérieure à la normale se laisse distendre en vertu de son élasticité propre, mais la tension artérielle générale, malgré cette vaso-dilatation en quelque sorte compensatrice, n’en subit pas moins une élévation plus ou moins considérable.
Outre la pléthore sanguine déterminée par leur ingestion immodérée, certaines boissons toxiques exercent encore sur la fibre cardiaque et sur les parois vasculaires, une action irritative entraînant la vaso-constriction. Il y a alors simultanément, hypertension active et passive.
Nous avons dit plus haut que les polyuries physiologiques relevaient de deux ordres de causes principales, les unes provoquant
par action réflexe une augmentation de la tension artérielle, les au-
tres agissant directement sur le rein. Parmi ces dernières nous devons signaler particulièrement le régime lacté. En effet, le lait qui est certainement le meilleur agent diurétique connu, ne produit pas la diurèse en déterminant la pléthore sanguine puisque son ingestion n’entraine pas d’hypertension artérielle ; il exerce donc une action directe sur la glande rénale et e’est d’ailleurs l'opinion émise par MM. Richet et Moutard-Martin dans leur étude sur les propriétés diurétiques de la lactose. Nous n’insisterons pas sur ce point, ayant l'intention d'examiner plus longuement dans un chapitre ultérieur, les différents mécanismes de la diurèse lactée pour montrer son importance thérapeutique capitale.
Nous tenions à rappeler brièvement l'existence des polyuries physiologiques et leurs causes principales. Il nous sera maintenant plus facile d'aborder l’étude des différentes polyuries observées chez les cardiaques.
Comme nous l'avons indiqué au début, nous les diviserons en deux grandes classes :
Polyuries habituellement transitoires.
Polyurie continue des cardio-scléreux.