LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN NORMAL
Nous éludierons le hquide céphalo-rachidien normal successivement aux {rois points de vue physique, ch1mique, physiologique.
Au point de vue physique, c'est un liquide d’une grande pureté, clair comme de l’eau de roche. Sa densité moyenne, d'après les différents auteurs, est de 1,005. 0:65.
Sa quanüité totale est variable, comprise entre 6o et
Son point cryoscopique moyen est — 0,60 à
190 grammes, Elle subit chez les vieillards une augmentalion parallèle au retrait et à la condensation du cerveau el pourrait s'élever alors Jusqu'à 300 et 400 grammes. Quincke et Krünig ont évalué sa pression chez l’homme. Dans la position assise, elle est de 410 millimètres d’eau: dans la position couchée, de 190 millimètres, au maximum, de 125 millimètres, au minimum.
Chimiquement, c'est un liquide alcalin. La quantté des chlorures qu’il renferme est à peu près constante pour les différents auteurs : 7 à 8 pour 1000 (5 d'après Sicard).
Quant à l’albumine que nient certains auteurs et en parüeuher Claude Bernard, ses proportions sont beau-
ms — coup plus variables. Pour Lassaigne, il y en aurait 0,88 pour 1000. Pour Freyhau de Berlin, 0,5 pour 1000. Luigi, Concetti : 0,15 pour 1000.
D'après les analyses de Ch. Robin et Marchand, il y en aurait 1,10 pour 1000.
En résumé, le liquide céphalo-rachidien est riche en chlorures, très pauvre en albumine.
Autrefois, Claude Bernard, Paulet émirent l'opinion qu'il contenait aussi du sucre en considération de sa propriété de réduire la liqueur de Fehling. Or, À. Gautier a depuis mis en évidence dans le liquide céphalo-rachidien un corps réducteur, qui serait la pyrocatéchine.
Une particularité, intéressante à signaler, est la différence de composition très manifeste entre le liquide céphalo-rachidien et la Iymphe, que les anciens auteurs prétendaient idenüfier. « Le liquide céphalo-rachidien ne contient pas de fibrinogène, car 1l ne coagule pas à 56 degrés et ne donne de fibrine, n1 spontanément, ni après addition de sérum sanguin : 1l ne contient pas de sérum-albumine, car toutes les substances albuminoïdes dissoutes sont précipitées par le sulfate de magnésie à saturation (M. Arthus) ». Telles sont, d’après Arthus, les particularités qui distinguent le liquide céphalo-rachidien de la lymphe. Celle-cr, au contraire, contient du fibrinogène, susceplible de se dédoubler en une globuline, coagulable à 64 degrés et un autre corps (fibrin-ferment) se combinant avec les sels calciques de la solution et précipitant sous la forme d'un corps organo-caleique : la fibrine. Ce fibrinferment serait produit par les leucocytes, de sorte que
= — son dédoublement ne pourra s'effectuer au sein des vaisseaux ; il n'aura heu qu’en présence d'une certaine quantité de leucocytes et dans un liquide contenant des sels de chaux.
Or, cette composition des transudats séreux normaux se rencontre identique dans toutes les séreuses de l'organisme, sauf dans la cavité sous-arachnoïdienne.
Au point de vue physiologique, deux points impor- Lants sont à mettre en relief :
D'une part, le lieu de production du liquide eéphalo- ‘achidien :
De l’autre, son rôle physiologique.
Les propriétés du liquide céphalo-rachidien, si différentes de celles des autres liquides de l'économue, sa reproduclion facile permettaient de soupçonner déjà la nature sécrétoire de l’endothélium, tapissant les plexus du système nerveux central. De récentes expériences de Pettit et Girard viennent éclairer cette intéressante question. Voici leurs conclusions : « La muscarine et l’éther provoquent chez le chien, le lapin et le cobaye les modifications suivantes dans les cellules de revêtement des plexus des ventricules latéraux : la hauteur des éléments épithéliaux s'accroît, la différenclalion en deux zones s'exagère, la zone distale prend un développement exagéré el la production des globules hyalins devient plus active qu'à l'état normal: en un mot, ces éléments hypersécrètent. Ces constalations admises définitivement mettraient en lumière ce fait intéressant : elles constitueraient la démons- (ration expérimentale de la fonction sécrétoire de
to l’épithélium, qui lapisse les plexus du système nerveux central. »
De là à attribuer également cette propriété sécrétoire à l’endothélium de la cavité sous-arachnoïdienne. il n’y a qu'un pas.
Arrivons au rôle mécanique Joué par le liquide céphalo-rachidien.
À chaque systole de même qu’à chaque expiration, le cerveau subit une augmentation de volume: une certaine quantité du liquide céphalo-rachidien, qui l’environne est alors refoulée du crâne vers le rachis (Richet). Il se produit un phénomène parallèle dans les veines cérébrales ; comprimées par l'augmentation de volume du cerveau, elles laissent à ce moment passer hors du crâne une plus grande quantité de sang veineux (Mosso). Il semble bien, malgré tout, que le déplacement du liquide céphalo-rachidien prime celui du sang veineux. Les expériences de François Frank viennent confirmer ce passage du liquide céphalorachidien du crâne dans le rachis.
De là nous coneluerons que le liquide céphalo-rachidien joue un rôle de protection vis-à-vis des organes encéphaliques. Mais ces mouvements de va-et-vient du liquide, dus aux différences de pression sanguine ont aussi, croyons-nous, le rôle de donner à la masse liquide une composition uniforme.
Ce mouvement ondulaloire du liquide sous-arachnoïdien n'existe pas pour le liquide intra-épendymaire. Les als vibratiles de l'épendyme et des plexus ventriculaires semblent bien destinés à suppléer cette
absence et à remplir ce rôle,
La composition du liquide intra-épendymaire el sous-arachnoïdien est la même : la communication établie entre les deux cavités par les trous de Magendie et de Luschka peut déjà expliquer ce fait. Sicard admet encore d’autrés communications au travers de la moelle le long des parois vasculaires; 1l se base pour émettre cette opinion, sur ses expériences personnelles, dans lesquelles il injecte par ponction lombaire une émulsion d'encre de chine dans le cul-desac sous-arachnoïdien.
Au niveau de la moelle recueillie le dixième Jour après l'injection, on retrouve sur des coupes microscopiques un groupement très net des particules colorées, disséminées autour des vaisseaux intra-médullaires et se prolongeant jusqu'au niveau de l'endothélium du canal épendymaire. Sans insister davantage sur ces communications, on peut d’ailleurs reconnaître avec Brissaud, que les deux endothéliums sous-arachnoïdien el épendymaire, qui ont la même origine embryonnaire, sécrètent naturellement un liquide de composilion identique.