DIFFÉRENTES AMPOULES EMPLOYÉES. — NATURE DU VERRE
La solution étant faite, occupons-nous maintenant des récipients, des ampoules dans lesquelles nous allons enfermer les solutions.
Les détails techniques de leur fabrication intéressent peu
State le pharmacien. Regardons pourtant un instant travailler le souffleur de verre. On se sert de tubes de verre. Ils sont nettoyés à l’êther intérieurement et extérieurement, de façon à ce qu'ils soient parfaitement dégraissés et nets. Puis ils sont distribués aux souffleurs de verre. Au moyen du chalumeau, dont la soufflerie est actionnée par lair comprimé, le souffleur chauffe le tube de façon à le ramollir ; il ’étire pour obtenir une pointe effilée, une aigrette. Puis, il chauffe un peu plus loin pour obtenir une seconde aigrette et ainsi de suite sur toute la longueur du tube, ce qui arrive à donner, comme on le voit sur la figure, une
série de renflements et d’étranglements : les premiers représentent les ampoules, les seconds les pointes.
Pour l’ampoule moulée, le souffleur commence à faire sa pointe effilée, puis il cherche à réaliser un renflement de forme olive. Quand il l’a obtenu, il place l’olive dans un moule chauffé. Mais cette ampoule est cassante, on doit la recuire à la flamme d’un chalumeau auquel on supprime l’arrivée de l’air.
On fabrique des ampoules de différentes formes plus ou moins commodes. Nous en avons réuni ici quelques-unes.
Les deux derniers modèles (5 et 6) sont les plus fréquemment employés.
On se sert ordinairement de verres blancs.
Pourtant, certains produits étant décomposés par la lumiére, on a recours alors à des verres colorés capables
d’arrèter les rayons chimiques. Mais à quelle couleur doiton s’arrêter ? Théoriquement, elle doit varier avec la nature du médicament.
Pour chaque substance, le verre employé devra absorber les rayons les plus actifs sur sa décomposition. Pourtant, il semble difficile d’avoir une couleur spéciale pour chaque catégorie d’ampoules. On croyait que le verre bleu était le meilleur pour entraver les décompositions chimiques.
ÉrG, 2:
Mais on s’est aperçu que, bien au contraire, il laissait passer tous les rayons chimiques et, partant, n’était pas préférable aux verres blancs. Les verres jaunes, au contraire, arrêtent les radiations chimiques et c’est à ceux-ci que l’on doit s’adresser pour assurer le maximum de conservation des ampoules. Quelques fabricants enveloppent les ampoules en verre jaune dans du papier rouge. C'est là une précaution probablement tres suffisante.
Un facteur d’une extrême importance est la nature du verre. Il faut, avant la fabrication des ampoules, faire des essais pour déterminer la composition du verre à em-
ployer.
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Il ne faut pas qu'il soit calcique (verre ordinaire), ni plombique (cristal), et surtout il faut qu’il ne cède à l’eau qu’une trace d’alcali. Il arrive que certains verres alcalins ou plombiques donnent lieu après la stérilisation à la formation d’un précipité ou d’un composé soluble qui peut être toxique.
Tous les verres sont plus ou moins alcalins. Il faut donc en faire l'essai et doser cette alcalinité.
Essai des verres.— Quelques ampoules sont remplies, les unes, d’une solution de chlorhydrate de morphine, les autres, d’un sérum phosphaté (Ghéron, par exemple), enfin un troisième lot de sérum physiologique ordinaire (chlorure de sodium à 7 pour 1.000).
Les ampoules fermées sont autoclavées à 120 degrés pendant une heure. On s'assure qu'après refroidissement complet les verres restent limpides. Si les verres étaient alcalins, on observerait dans les premières ampoules (chlorhydrate de morphine) un précipité cristallin de morphine. S'ils étaient calcaires, le sérum de Chéron serait troublé par formation de phosphate de chaux et enfin, s'ils étaient plombiques, les sérums phosphaté et physiologique chloruré contiendraient un précipité de sels plombiques.
On peut compléter ces essais en ouvræat séparément chaque catégorie d’ampoules et déterminant pour les unes l’alcalinité du liquide, tandis que, dans les autres, on essaie de déceler la présence de sels calcaires et plombiques.
L’alcalinité du verre a une grande importance s’il s’agit d'ampoules de chlorhydrate de cocaïne et d’une façon générale de produits facilement hydrolysables.
Ribaut et Duffour ont montré qu’en stérilisant des am-
= pe poules de chlorhydrate de cocaïne, une partie de l’alcaloïde est toujours décomposée, quel que soit le verre employé, mais, d’après eux, ce dédoublement peut être considéré comme négligeable avec des verres cédant tres peu d’alcali ou avec des verres relativement très alcalins lorsque la température ne dépasse pas 100 degrés.
L'emploi de températures élevées devient dangereux même avec des verres moyennement alcalins. Le dédoublement du chlorhydrate de cocaïne peut atteindre 60 pour 100 quand on arrive à 123 degrés. Il se produit surtout de la benzoylecgonine avec une quantité bien moindre d’ecgonine.
Pour mesurer l’alcalinité du verre on effectue les essais suivants :
On remplit les ampoules d’eau et on les porte à l’autoclave pendant deux heures à 130 degrés et on mesure ensuite l’aicalinité avec NaOH N/10 et la phénolphtaléine comme indicateur. Comme terme de comparaison pour un verre peu alcalin, l’alcalinité de 100 centimètres cubes d’eau au sortir de l’autoclave est représentée par un demicentimètre cube de NaOH N/10, alors que pour un verre très alcalin elle sera de 40 centimètres cubes.
M. Baroni a donné un moyen simple pour savoir si le verre cède de l’alcali à l’eau. Il prépare des solutions neutres de chlorhydrate de morphine à 1 et 2 pour 100, d’azotate de strychnine à 0,50 pour 100, de bichlorure de mereure à 1 pour 100 et les enferme dans les ampoules à examiner. Il les porte une demi-heure à l’autoclave. On n’observe aucune altération si le verre est neutre. Il se forme un dépôt cristallin et même un changement de coloration si le verre est alcalin.
= PXe) —
Diau a observé que le verre d’Iéna et le verre potassique supportent une longue ébullition à l’autoclave et conservent intactes les solutions.
Grubler recommande, pour les solutions de chlorhydrate de morphine et d’adrénaline, de vérifier les verres d'après la méthode de Schneider et Suss. On remplit les ampoules d’eau distillée avec 1 centième de solution de phénolphtaléine et on les chauffe trente minutes à la vapeur fluente. Les verres restés incolores sont bons.
Comme conclusions de cetessai du verre je cite celles de Lesure qui en a fait une étude très détaillée.
On devra employer :
1° Pour les solutions de composés hydrolysables (type cocaïne), des verres neutres, c’est-à-dire ne cédant pas d’alcali appréciable à l’alizarine sulfoconjuguée (qui donne une teinte chamois à la neutralité), dans les conditions habituelles de stérilisation à l’autoclave ; exemple : verre d’Iéna, Sérax, de Cologne ;
2° Pour les solutions salines formant avec la chaux des composés insolubles (phosphates, arséniates), des verres non calcaires (à base d’alumine, zinc, magnésie) : verres précédemment cités par exemple;
3° Pour les solutions un peu moins altérables (cacodylate et méthylarsinate de soude, sels de strychnine, spartéine, mercure, etc.), on aura cependant recours de préférence aux verres très peu alcalins ;
4 Pour les solutions de bromures, chlorures, iodures. on devra exclure les verres qui renferment du plomb.
L’essai du verre ayant été effectué, il reste, avant de procéder au remplissage des ampoules, à les laver. Thomann conseille d'opérer ainsi :
On les fait bouillir ouvertes avec de l’eau distillée. Pendant l’ébullition, les ampoules surnagent. On retire du feu et on verse au milieu, sur les ampoules surnageantes, de l’eau distillée froide.
Par refroidissement, l’eau est aspirée par les ampoules. On fait bouillir à nouveau, ce qui a pour effet de chasser la plus grande partie de l’ean des ampoules. L'eau qui reste est chassée par des secousses ou si l’on fait le remplissage immédiatement, en exposant les ampoules à la flamme d’un Bunsen, ce qui expulse l’air et l’eau. Il peut arriver que l’on n’emploie pas les ampoules immédiatement; on ächève alors leur dessiccation en les portant une heure à 160 degrés et on les conserve dans une boîte métallique stérilisée, ce qui a pour avantage d’avoir des ampoules lavées et stériles. |