‹ Contribution à l'étude de la prophylaxie de la syphilis héréditaireChapitre 11 sur 33 · HISTORIQUE DU TRAITEMENT ANTI-SYPHILITIQUE PRENATAL · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU TRAITEMENT ANTI-SYPHILITIQUE PRENATAL

À peine la syphilis faisait-elle son apparition en Europe, à la fin du quinzième siècle, que des médecins avertis, dont le grand Ambroise PARÉ, publiaient au début du seizième siècle les premières observations précises tendant à prouver la réalité de la transmission de la syphilis des parents à leurs enfants.

En 1578, Laurent JOUBERT, de Montpellier, écrivait déjà :

« La véritable prophylaxie de la syphilis congéni- « tale, la véritable sauvegarde des enfants issus de « parents infectés est la guérison des procréateurs. »

Il est remarquable de noter que quatre siècles plus tard, il n’y a pas un mot à changer, ni à ajouter, à cette phrase qui, dans sa brièveté, résume la seule formule vraiment efficace de la prophylaxie de la syphilis héréditaire.

Mais cette judicieuse conception se heurta, dans la réalisation, à d'énormes difficultés.

La première était certes l’impossibilité fréquente de connaître, avant la conception, et pendant la gestation, la syphilis des procréateurs.

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La deuxième difficulté venait de l'insuffisance des moyens thérapeutiques en usage pour réaliser la stérilisation de la syphilis chez les parents.

Les autres difficultés, et ce n’étaient pas les moindres, naissaient de la résistance des médecins aux idées nouvelles. La crainte de voir attribuer à leur thérapeutique les cas malheureux, paralysa leur effort et fit que rien ne fut systématiquement tenté jusqu’à la deuxième moitié du XVII° siècle.

Bien au contraire, les femmes atteintes de « mal vénérien » étaient impitoyablement exclues aussi bien des Refuges et Maisons de l'Hôpital général, que de l’Hôtel-Dieu.

Par contre, celles qui parvenaient à se faire admettre dans les organisations spéciales du Grand Bureau des Pauvres, se voyaient infliger, au nom de la morale, une obligatoire fustigation, en même temps que le traitement.

Notons cependant que certains médecins prirent leurs responsabilités, et que de malheureuses « vérolées » ne craignirent pas, pour se faire soigner, d’affronter les peines « répressives », puisque, vers 1650, l’accoucheur Fr. MAURICEAU relatait le premier succès du traitement anti-syphilitique prénatal.

C'est en 1789 seulement, qu’à la demande de deux médecins : COLOMBIER et FAGUIER, le lieutenant général de police LE NOIR créa l’Hospice de Vaugirard « pour la guérison des enfants nouveau-nés, par le moyen de leur mère ou nourrice ».

Remarquablement organisé par ses créateurs, l'Hospice de Vaugirard eut de brillants débuts. Il fonctionna non seulement « en maternité » à l'usage des femmes syphilitiques, mais aussi en consultation de nourrissons nés de mères infectées.

Cependant, le premier médecin de l’Hospice, Dou- BLET, dut bientôt publier des statistiques :

La mortalité des enfants était de 78 %.

Les mères accouchaient bien, parfois, d'enfants vivants, mais ces enfants étaient infectés et le traitement par l'intermédiaire du lait de la nourrice était parfaitement illusoire.

C’est à DOUBLET que revient le mérite d’avoir le premier appliqué directement aux nourrissons le remède spécifique.

Cependant, en 1790, lui aussi faisait état de nombreux échecs, échecs partiels puisque la plupart des enfants étaient vivants, mais échecs cependant, puisque beaucoup mouraient presque aussitôt et « les deux tiers peut-être, disait-il, n’atteindront jamais l’âge où la société pourrait espérer d'eux quelques services ».

L’Hospice de Vaugirard connut, après cette époque, des fortunes diverses.

En 1792, il était intégré au nouvel hôpital des vénériens, futur hôpital Saint-Jacques, actuellement h6pital Cochin. La Maison Maternelle se trouvait ainsi au voisinage immédiat de la Maternité récemment or-

ganisée à Port-Royal.

Déjà donc on voyait se rapprocher accoucheurs et syphiligraphes.

Après DoUBLET, MAHON, puis BERTIN remplirent les fonctions de médecin du service des mères et enfants syphilitiques.

La mortalité des enfants syphilitiques tomba de 78 % à 30 %. C'était un magnifique succès, mais BERTIN insistait sur l'utilité, chez les enfants, d’une surveillance prolongée et d’un traitement longtemps poursuivi.

Malgré cela, BERTIN n’eut pas de successeur. Ses fonctions furent attribuées au chirurgien déjà chargé des autres services de vénériens. La collaboration de l’accoucheur pédiâtre avec le syphiligraphe était morte. Ce fut le début de la décadence de la Maison Maternelle.

En 1836, elle émigrait encore et était rattachée à l'hôpital de Lourcine, devenu depuis Hôpital Broca.

D'année en année, la Maison Maternelle vit rapidement son activité décroître et peu à peu disparut.

C'est surtout à [a fin du siècle dernier que l'étude de la syphilis héréditaire connut un regain d'activité avec Alfred FOURNIER et ses élèves. Ils montrèrent :

— que la syphilis était loin d’être guérie parce qu'on avait, par un traitement de quelques semaines ou de quelques mois, fait disparaître ses manifestations objectives ;

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— que des syphilitiques ainsi « blanchis » étaient parfaitement capables de transmettre la maladie à leurs enfants, ou même à leurs petits-enfants par l'intermédiaire d'enfants apparemment sains, parfois porteurs de stigmates dystrophiques révélateurs d’hérédo-syphilis ; parfois même, indemnes de tout stigmate ;

— ils montrèrent aussi le polymorphisme des manifestations de la syphilis héréditaire, et c’est à Alfred FOURNIER que l’on doit la description de tous ces petits signes dits de certitude ou de probabilité, qui nous sont encore d’un si grand secours dans le dépistage de la maladie :

— c'est enfin sous l'impulsion d'Alfred FOURNIER que furent créés des dispensaires et, dans les hôpitaux, des consultations du soir pour faciliter et amélicrer le traitement des syphilitiques.

Maloré ce progrès d’une importance sociale considérable, les accoucheurs enregistraient toujours sensiblement la même proportion d’avortements et de mort-nés.

Peut-être même, ces syphilis seulement « blanchies », parfois même mal « blanchies », offraientelles un danger plus grand au point de vue de la procréation ; en effet :

Les mères qui se croyaient guéries, omettaient, par une discrétion bien compréhensible, de signaler à l’accoucheur, à l’occasion de la grossesse, la syphilis dont elles avaient été atteintes.

D'autre part, l'examen clinique ne révélait plus aucun signe apparent de la maladie.

Quant à l’hérédo-syphilis, lorsque les procréateurs en étaient eux-mêmes atteints, elle échappait presque toujours au dépistage. D'ailleurs, bien peu de médecins, hormis les spécialistes, croyaient à la virulence de ces hérédo-syphilis et à l’opportunité d’un traitement actif.

La syphilis n’était donc qu'exceptionnellement reconnue à la « Consultation de Femmes enceintes ». Il fallait que la femme présentât :

— des accidents primaires ou secondaires de syphilis acquise,

— ou bien quelque symptôme gravidique, comme l'hydrammios,

— ou bien encore qu’elle accusât des antécédents obstétricaux chargés motivant un examen sérologique,

pour que la syphilis fût découverte et qu’un traitement fât conseillé.

Même lorsqu'il était conseillé, ce traitement était rarement bien suivi.

Car, aux consultations spécialisées des Hôpitaux, les femmes enceintes répugnaient à se rendre pour des raisons bien compréhensibles.

Et dans la famille, elles se contentaient de quelques pilules, de quelques doses d’iodure, sur l'ordonnance d'un médecin de famille souvent sceptique, parce que mal instruit des questions d’hérédité.

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Dans tous les cas, l’accoucheur ignorait à peu près tout de ce qui avait été fait au point de vue prophylactique, et l’auteur de cette prophylaxie était mal renseigné des résultats acquis.

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