‹ Contribution à l'étude de la prophylaxie des endocardites infectieuses, particulièrement de la maladie de Jaccoud-OslerChapitre 24 sur 42 · OBSERVATIONS RÉSUMÉES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RÉSUMÉES

Observation I1-(Bonnamour et Delore). — Homme .de 26 ans, entré à l'hôpital avec le diagnostic d’endocardite infectieuse. Après examen minutieux en l’absence de toute infection on ne trouve que des lésions alvéolaires avancées. En dépit des avulsions pratiquées des dents en cause, l’état général reste mauvais. Le pus, mis en culture, montre du streptocoque presque pur. Pendant ce temps, les signes généraux s’aggravent, un syndrome urinaire s'établit et le malade succombe urémique avec anasarque et dyspnée.

A l’autopsie on trouve un épanchement pleural bi-latéral hémorragique. Le cœur est gros (480 gr.) et dilaté, sans lésion mitrale, mais avec insuffisance aortique et lésions très accentuées de l’orifice de l’aorte. La valve supérieure est occupée par une végétation en choux-fÎleurs vers son bord libre. Au-dessus, on constate une perforation de 8 mm. de diamètre entourée de végétations ; au niveau des deux autres valves, la cloison intravalvulaire a disparu. La sigmoïde droite porte sur son bord libre un bourrelet végétant ; la sigmoïde gauche porte sur sa face ventriculaire une dilatation anévrysmale de la grosseur d’une bille, fermée par une paroi amincie et perforée en un point ; le foie est énorme (1 kg. 400); la rate aussi (520 gr.).

En résumé, endocardite infectieuse sub-aiguë ayant évolué en 5 mois, caractérisée cliniquement surtout par des signes de néphrite (albuminurie progressive, anasarque, urémie) et anatomiquement par des lésions ulcéro-végétantes des sigmoïdes et par des lésions de néphrite aiguë.

Observation II- (Courmont). — Malade en bonne santé habituelle malgré une insuffisance mitrale bien compensée, qui fait un abcès dentaire au maxilaire supérieur accompagné de septicité dentaire chronique. Quelques mois après, l’état général du sujet est transformé : il est adynamique et ne peut se lever que quelques heures par jour. Il rentre péniblement de la campagne où il habite et est vu par les professeurs Courmont et Tripier, lesquels en plus de son insuffisance mitrale, lui trouvent des signes incontestables d’endo-

cardite infectieuse. Une hémoculture présente à l’état presque pur un germe à longues chaînettes à Gram négatif, ayant tous les caractères du streptocoque. Inoculé à des lapins par voie intra-veineuse, il détermine chaque fois chez ces animaux de la péricardite séro-fibrineuse.

Observation III - (Aubertin). — En 1950, un homme de 30 ans, porteur depuis 1944 d’une maladie de Corrigan d’origine rhumatismale, admirablement Supportée malgré un travail pénible, subit une avulsion dentaire, une hémorragie assez abondante s'ensuit, mais il ny a pas d'accès apparent. M. Aubertin le revoit alors; les signes ne sont pas modifiés: la fièvre oscille chaque jour de 37°8 à 400. A lhémoculture, présence de viridans. La mort Survient trois ou quatre mois après. Le sujet paraissait tout à fait bien portant les jours qui précédaient l'intervention.

L’essaimage des germes pathogènes a ici nettement succédé à l’avulsion d'une dent ; d'autre part le foyer infectieux n’est découvert par un examen systématique qu'après la greffe de l'infection sur l’endocarde, mais la maladie est définitivement fixée et survit à la suppression de sa porte d'entrée. (Citée par Fleury et Minière. « Presse Médicale», n° 51 du 24 juin 1951, p. 1.035.)

Observation IV -(Raison, Lepoivre et Decrozaille. «Rev. de Stomatol. », n° 18, 1949, p. 738). — Malade de 50 ans envoyée aux auteurs par le prof. Bénard pour examen bucco-dentaire. Elle a eu à l’âge de 20 ans une crise de rhumatisme articulaire aiguë. En 1921, elle a une crise de rhumatisme musculaire. En 1937, elle suit un traitement digitalique. En 1937, élle fait une embolie pulmonaire, et en 1947, on porte le diagnostic d’arythmie complète. L'année suivante, elle entre dans le service du prof. Bénard pour troubles cardiaques complexes consistant en état subfébrile subintrant pour lesquels un traitement microthérapique est institué. Du 3 au 6 juin, elle reçoit un million d’unités-Oxford de pénicilline par jour (soit 24 millions d'unités) et on ajoute à partir du 31 juillet un gramme par jour de streptomycine jusqu’au 25 septembre (soit 50 grammes). En dépit de ce double traitement d’une exceptionnelle puissance, la fièvre persiste et l’état général est très déficient. Cependant, du 11 décembre 1948 au 10 janvier 1949, on lui fait encore un traitement simultané de pénicilline (un million par jour) et de streptomycine (1 gr. 50 par jour), soit au total 30 millions de pénicilline et 45 ete Streptomycine, et ce traitement ne fait pas cesser la fièvre.

L'examen fait au service de stomatologie montre at maxillaire inférieur deux dents dévitallisées dont l’une montre, à la radiographie, un granulose péri-épical net, l’autre restant suspecte. Au maxillaire supérieur une grosse molaire à pulpe gangrenée à droite et à gauche, ainsi qu’un débris radiculaire resté abandonné à la suite d’une avulsion incomplète. De plus, autour d’une molaire existe un clapier pyorrhéique. Aucune de ces lésions n’était douloureuse ni cause de troubles fonctionnels.

On décide de supprimer radicalement toutes ces causes d'infection, ce qui est fait sans incident. Dès ce moment, l’amélioration se manifeste. Quelques mois plus tard, elle revient se montrer véritablement transformée, ayant repris du poids, mieux, dit-elle, que ce qu’elle a été depuis quinze ans. Les signes cardiaques n’ont jamais été si peu prononcés et la température est redevenue et reste normale.

(Cette observation prouve que les foyers péri-radiculo-dentaires sont inaccessibles à la pénicilline.) |

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