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Souvent le malade lui-même a oublié la crise de rhumatismes dont il a été atteint dans son adolescence, ses fréquents maux de gorge, ses « douleurs de croissance» d'autrefois. En toute bonne foi il cède souvent aussi à admettre que l’art dentaire n’est pas de la médecine, et donc qu’il est inutile d’ennuyer le dentiste en lui parlant de maladies passées depuis longtemps. Qui pourrait faire grief à ces patients d’être persuadés que toutes les opérations portant sur les gencives ou les dents ne peuvent qu'être inévitablement bénignes, insignifiantes puisqu’ils ignorent — et ils ne sont pas les seuls — que chez des sujets prédisposés ces minimes opérations peuvent avoir des répercussions de haute gravité qui n’apparaissent que bien après ! Mais le praticien dentaire, lui, ne doit pas ignorer que des précautions s'imposent, notamment celles qui ont trait à la prémunition médicamenteuse nécessaire et qui sont d’autant plus indiquées d’ailleurs que, chez les patients qui y sont soumis, les suites opératoires locales sont bien meilleures, moins importantes et les gencives bien plus rapidement cicatrisées.
Il est vrai que l’application de l’asepsie chirurgicale à la pratique dentaire bouleversera quelque peu une tradition séculaire mais cette considération ne saurait être retenue pour éluder cette obligation.
Nous avons déjà indiqué plus haut l’insuffisance de la méthode antiseptique qui, dans les cabinets dentaires des praticiens les plus soigneux, sont habituellement mises en œuvre. Mais la notion de bactériémie post-opératoire et des possibilités d'inoculation liée à l'acte opératoire lui-même lorsqu'il porte sur un foyer septique nous semble tellement importante qu’il rious paraît utile d’insister et de revenir sur le point particulier de l’asepsie en clinique dentaire et la nécessité de son utilisation systématique lorsqu'il s’agit d'opérer des cardiaques, anciens rhumatisants ou porteurs d'anomalies cardiaques congénitales.
Le principe de la nécessité d’opérer aseptiquement en matière de chirurgie dentaire n’est pas contestée et bien des auteurs y ont insisté. C’est ainsi que Hamonet écrit :
«Nous ne pensons pas qu'il puisse se trouver parmi les prati- «ciens de la petite chirurgie, les chirurgiens-dentistes en particulier, «un seul confrère pour nier que la totalité des instruments doit obliga- « toirement subir la stérilisation au même titre et avec la même minutie «que ceux du chirurgien général.»
Marcel Béliard (Traité de prothèse conjointe. Masson. éd., Paris 1949) écrit fort justement :
«La nécessité d'assurer l’asepsie des dents dépulpées destinées
«à servir d'assises à un bridge exige une technique extrêmement sévère
« de leur traitement. Cette technique ne sera sûre que si des principes « d’asepsie, qui ne peuvent souffrir aucune médiocrité ont présidé à
«l'opération L'emploi des antiseptiques n'ayant d'autre effet que
« d'éviter un ensemencement secondaire et ne poursuivant d’autre but «que de maintenir stérile un organe primitivement septique. » Cette
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technique ne peut être réalisée que par des mesures inspirées de la chirurgie générale. « Nous ne pouvons concevoir pourquoi la pulpec- «tomie seule de toutes les interventions chirurgicales, serait irrémé- « diablement condamnée à l’insuccès, alors que c’est une intervention « qui se peut exécuter dans les mêmes conditions d'asepsie que toutes « les autres interventions de la petite chirurgie. » … « Une sérieuse édu- «cation est nécessaire pour rompre un praticien à une stricte obser- «vation, presque subconsciente, des règles de l’asepsie. Les études « médicales préparent admirablement les jeunes stomatologistes à cette «pratique, car c’est pendant les années passées à l'hôpital, dans les « services de grands chirurgiens ou d’obstétrique, auprès de maîtres «exigeants et sévères, que l'étudiant puise les bons enseignements « qu’il ne peut oublier (1). »
Qu'on veuille bien, nous le redisons, considérer et noter que toutes les critiques formulées ici ne visent pas uniquement les praticiens dentaires français. Ces critiques valent pour tous les dentistes du monde entier, autant que la presse professionnelle internationale nous permet d'en juger.
Le très grand nombre des dents qui, après avoir été traitées présentent ensuite des granulomes péri-apicaux est dû à des errements généralisés dont il convient que nous disions quelques mots. Nous le ferons brièvement car il serait bien trop long de nous étendre puisqu’il nous faudrait envisager entièrement toute la question des traitements endo-radiculaires.
Il est pourtant possible d'exposer que, laissant de côté les dents traitées pour gangrène pulpaire (4 degré de carie des Américains) lorsqu'il s’agit de dents ayant subi une pulpectomie systématique, que
(1) Cette judicieuse réflexion est pour nous l’occasion, que nous ne pouvons laisser passer, de rendre témoignage à la clairvoyance de ceux des chirurgiens-dentistes français qui, il y a quelques années, se groupèrent aux fins d'obtenir la réforme du statut professionnel dentaire, déjà amplement périmé, par l’édiction de la nécessité d’être docteur en médecine d'Etat pour exercer l’art dentaire en France. Cet estimable groupement dit « Association Française des Chirurgiens-Dentistes », s’est heurté à l'hostilité farouche de certains ; à la passivité de la masse aveugle ; à lesprit de système non dénué d’égoïsme d’autres groupes et surtout à l’inertie et à l’indifférence des ministères qualifiés pour agir et qui n’auraient pas dû avoir besoin que la voie leur soit tracée. Ce n’est pas ici le lieu de redire les arguments présentés par le programme de l’A.F.C.D. Mais il convient de souligner que, d'emblée, cette Association a réuni spontanément les meilleurs et les plus clairvoyants des chirurgiens-dentistes français. Et c’est pour nous un véritable devoir de rendre hommage à leur attitude hautement méritoire et si mal récompensée. Nous y associerons particulièrement le souvenir de ses administrateurs, vivants ou morts depuis. Un jour, proche ou lointain, viendra assurément où, ainsi qu’il nous est donné de le faire ici aujourd’hui, l'Histoire professionnelle rendra elle aussi lhommage dû à leur dévouement fidèle, à leur désintéressement certain, à leur foi sincère et à leur courage professionnel. £
Le lecteur qui voudrait connaître et apprécier l’intelligente activité de VA.F.D.C. en trouvera la trace dans son Bulletin « Odontiatrie», qui se trouve dans la plupart des Bibliothèques universitaires de France, ”