‹ Contribution à l'étude de la prostatectomie transvésicaleChapitre 11 sur 44 · SOINS POST - OPÉRATOIRES · texte numérisé non relu

SOINS POST - OPÉRATOIRES

Comme nous le disions au début de ce travail, la part qui revient dans le succès aux soins consécutifs à l'opération est énorme. Plus que tous autres, ces opérés doivent être l’objet d’une surveillance intelligenteet constante, et le chirurgien qui a extirpé la prostate ne doit pas considérerque sa tâche s'arrête là. Il doit, sinon effectuer lui-même les pansements, tout au moins les faire faire devant ses yeux pendant les premiers jours qui suivront l'opération. plus encore même, jusqu'à la complète guérison du malade.

Reporté dans son lit, quelles sont les complications que l’on peut redouter pour l’opéré? Le collapsus, l’hémorragie, l'infection.

1° Collapsus. — Il est rare, car l'opération bien faite, est courte et nécessite une anesthésie peu prolongée. Si la perte de sang a été abondante pendant l'opération, si le pouls ne se relève pas, il y aura lieu de pratiquer une injection de sérum artificiel. On lui associera une ou deux piqûres d'huile camphrée pour remonter le cœur.

2 Hémorragie el infection.—On devra aussi lutter

contre l’hémorragie et l’infection. Ces deux indications sont un peu contradictoires. La meilleure manière de lutter contre l'infection est incontestablement l'irrigation continue, or elle a en même temps pour effet de chasser les caillots et de rouvrir les vaisseaux.

Certains chirurgiens respectent avant tout les caillots, et ne font aucun lavage pendant plusieurs jours ; l’hémostase est ainsi mieux établie, les hémorragies secondaires provoquées par le courant d’eau sont évitées. Quant à l'infection, elle pénètre plus difficilement les vaisseaux aveuglés par les ;caillots.

Ce parti pris d'éviter toutlavage pendant plusieurs jours ne laisse pas que d’effrayer un peu et nous ne sommes pas sans craindre grandement de voir l’infection s'installer par suite de la stagnation de l'urine. Aussi après quelques tâtonnements pour s'orienter vers la meilleure méthode, voici à quelle ligne de conduite s’est arrêté mon maître, le Dr Brin.

Le premier jour, on fait des lavages fréquents, toutes les deux heures environ par le tube de Freyer- Marion. Si l’hémorragie est très abondante, on ne fait plus aucun lavage contrairement à la pratique du début. On ne commence le lavage que le deuxième jour. Les lavages aussi chauds que possible sont faits au bock et sans pression faute de quoi ils risquent de provoquer des contractions de la vessie, de la cavité prostatique : ils seraient ainsi douloureux et pourraient faire reparaitre l’hémorra-

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Pour faire ces lavages à l’intérieur du tube de Freyer, on adapte sur ie tuyau de caoutchouc du bock une canule de verre longue et étroite, munie d'un seul trou terminal.

Avec le tube de Marion, on adapte directement la canule sur le petit tube latéral, et le lavage se fait très aisément sans mouiller le malade. Il est un fait à remarquer, c’est que dans les premières heures, il peut s’écouler un peu de liquide entre le tube de Marion et la paroi abdominale, mais qu’ensuite l’accolement est complet et étanche.

Avec une pince à longs mors, on va à la pêche des caillots qui, pendant les vingt-quatre premières heures peuvent venir obstruer le lube de Freyer.

Les deuxième et troisième jours mêmes lavages. Le quatrième jour mêmes soins. Généralement à cette date on supprime le gros drain et on applique l’appareil d'Irving. Grâce à cet ingénieux appareil, les malades en effet sont toujours au sec, l'urine, drainée presque immédiatement à la sortie du tube de KFreyer, dans un urinal, ne reste pas au contact de la peau ni de la plaie et on évite de la sorte l’érythème et les complications cutanées et sous-cutanées dues à cette cause.

Voici en quoi consiste l’appareil type. Entièrement construit en celluloïd, ce qui rend son port léger et lui permet d'être tenu très propre, il affecte la forme d'une boîle plate et ovoïde dont le fond manquerait. Son grand axe, l'appareil mis en place, doit se superposer à la direction de la plaie abdominale qu’il. doit

mr 39 pe dépasser un peu en haut et en bas. L'appareil est maintenu en place par une ceinture et des souscuisses s’accrochant à des agrafes destinées à cet effet.

La paroi supérieure forme couvercle et s’enlève à volonté. Les parois latérales hautes de 4 centimètres reposent par leur circonférence inférieure sur la paroi abdominale qui forme ainsi le fond de la boîte, Cette circonférence inférieure est mousse et éversée en dehors pour ne pas entamer la peau.

Au point déclive de l’appareil et de chaque côté du grand axe se trouvent deux tubulures de vidange auxquelles on adapte deux gros tubes de caoutchouc qui enmènent les urines dans un urinal placé entre les jambes du malade.

Le Dr Brin se sert maintenant de cet appareil modifié par Gautier, et tout entier en nickel pur.

La ceinture destinée à maintenir l'appareil en place devra ètre modérément serrée de façon à éviter la coupure de la peau tout en assurant l’étanchéité de l'appareil.

Grâce à l'enlèvement facile du couvercle, on pourra faire des lavages par le tube de Freyer aussi souvent qu'il sera nécessaire sans risquer même de mouiller le malade.

Comme nous l'avons dit, les lavages pratiqués sans pression ne sont pas douloureux. Si cependant les malades souffraient, on pourrait leur administrer le lavement suivant: chloral 2 grammes, antipyrine 1 gramme, laudanum X gouttes.

Du cinquième au dixième jour, on continue les lavages par la plaie suspubienne, toujours à l’eau bouillie boriquée ou légèrement oxygénée et on commence les lavages par l’urètre. Dans les premières observations, on employait volontiers le lavage sans sonde. Maintenant, la sonde est préférée. Toutefois, s’il n’y a pas de signe d'infection, il vaut mieux remettre les lavages par l’urètre au huitième ou même au dixième jour.

Lorsque l’orifice suspubien a tendance à s’oblitérer trop vite, on y placeunesonde de Nélaton qu’on enferme dans l'appareil d'Irving.

Ordinairement, vers le douzième ou le quatorzième jour, on met la sonde à demeure. Pour cela, d'ailleurs on est généralement guidé par le besoin d’uriner ressenti par le malade. Dans bien des cas, au bout de quarante-huit heures de sonde à demeure, la plaie hypogastrique est complètement fermée, si l’on en a retiré tout drain. C’est pourquoi, si l’infection est intense ou s’il persiste un peu de température, on devra se hâter de remettre le drain suspubien.

On fait par la sonde à demeure des lavages fréquents, mais peu abondants (20 à 25 gr. de liquide) pour ne pas distendre la vessie.

Vers le vingtième jour, on peut essayer d’enlever la sonde à demeure ; dans la grande majorité des cas, il se produit une miclion spontanée. Le malade peut être alors considéré comme guéri. Dans plusieurs de nos observations, la miction spontanée

était rétablie et la vessie fermée, le onzième, douzième ou treizième jour.

Chez ces malades, généralement des vieillards, il faudra prévenir la congestion hypostatique possible en les faisant asseoir de bonne heure dans leur lit. Cette position assise, d’autre part, sera favorable au bon fonctionnement de l’appareil d’Irving.

Il faudra également veiller au bon fonctionnement de l'intestin dont l'évacuation doit être quotidienne, au moyen, s’il est nécessaire, de purgations ou de lavements.

Enfin l’urotropine et le salol viendront aider aux lavages par leur action antiseptique et leur usage devra en être continué par les malades longtemps après qu'ils auront quitté la maison de santé,

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