‹ Contribution à l'étude de la prostatectomie transvésicaleChapitre 12 sur 44 · COMPLICATIONS OPÉRATOIRES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS OPÉRATOIRES

a) Accidents imputables à la taille ordinaire procédant la prostatectomie

1° Blessure du péritoine. — C’est une faute opératoire, soit que l’incision de la paroi ait été trop hardiment pratiquée, soit même que le péritoine ait échappé au contrôle de l’œil. Accident éminemment grave; mortel même s’il passe inaperçu, mais facilement réparable dès lors que la blessure a été reconnue. Une suture minutieusement pratiquée écartera tout danger d'infection.

2 Hémorragie par section des vaisseaux de la paroi antérieure. — La paroi abdominale incisée et les droits écartés, la vessie apparait bien nettement avec ses vaisseaux généralement saillants. Avant de pratiquer l’incision de la vessie, on en choisira bien

ee ME

l'endroit favorable entre deux vaisseaux. L’incision sera petite. D'ailleurs la ligature des vaisseaux est facile et préviendra toute hémorragie.

3° Infiltration d'urine et infection de la cavité de Retzius. — Cette complication gravene devra pas survenir si l’incision de le paroi a été bien pratiquée, Il faudra en effet bien se garder, comme nous l’avons déjà dit à propos de la technique opératoire, de faire aucun décollement ni sur les côtés de l’incision, ni derrière la symphyse. De plus, la façon dont on fixe la vessie après l'opération donnera, sélon le procédé que l’on aura employé, des résultats différeuts. Si on la fixe par suture, l'urine passant par les points s’infiltrera entre la paroi vésicale et le tissu cellulaire.

Au contraire, la fixatiou par suspension tempoaraire supprime les espaces morts et empêche l'urine de venir au contact du tissu cellulaire prévésical.

L’incision haute et courte sur la vessie mettra la plaie opératoire au-dessus du point déclive.

b) Accidents dus à l’extirpation de la prostate

1° Hémorragie en nappe de la muqueuse péricystique. — Il arrive fréquemment que la muqueuse qui entoure le col de la vessie saigne abondamment. C’est une rcgion habituellement congestionnée et qui est le siège d’hémorragies, soit à la suite d’un cathétérisme même pratiqué selon toutes les règles,

soit à la suite de l’effort qui accompagne toujours les mictions des prostatiques. Aussi, n'est-il pas étonnant qu’au contact du doigt qui vient la déchirer, cette portion de la muqueuse se mette à saigner abondamment. On aura généralement raison de cette hémorragie par un lavage de la muqueuse avec une solution chaude.

2° Hémorragie de lx loge prostatique. — Généralement, lorsque l’opération se passe bien, lorsque la prostate s’énuclée facilement, l’hémorragie de la loge prostatique est presque insignifiante. Cela tient à la situation des vaisseaux à l’intérieur de la capsule externe. Mais si cette capsule a été lésée, ou si encore au lieude sectionner l’urètre, on l’a arrachée en masse avec la prostate, ou si on se trouve en présence d’une hypertrophie à forme saignante, l’hémorragie peut être abondante, inquiétante même.

A ce propos, nous allons ici soumettre nos doutes personnels au sujet de l’utilité du chlorure de calcium pris préventivement contre l’hémorragie. Sur trois malades dont les observations sont ici rapportées (obs. X, XI, XII), on a essayé le chlorure de calcium ; tous trois au bout de quelques jours furent pris d’une phlébite, et l’un d'eux succomba à une embolie (obs. XI. N'y a-t-il pas là une relation de cause à effet ? Pour notre part, nous le croyons fermement. Le chlorure de calcium augmente la coagulabilité du sang; mais on dépasse le but en rendant le sang trop coagulable et en permettant de la

En 0)

sorte la formation de thrombus donnant lieu à des embolies mortelles.

Un bon massage de la loge prostatique entre les deux doigts vésical et rectal sera généralement suffsant pour assurer l’hémostase. On pourra y adjoindre un lavage, soit à l’eau oxygénée chaude, soit à l’eau antipyrinée.

La rachistovaïnisation contribuerait paraît-il à rendre les hémorragies moins abondantes, comparativement aux autres procédés d’anesthésie.

3° Infection de la loge prostatique. — La loge prostatique encore inhabituée à son rôle de vessie accessoire pourra s’infecter au contact de l’urine qui y séjourne. Au bout de quelques jours, alors que tout allait à souhait, la température s’élève, en même temps qu'apparaissent les signes d’une infection manifeste. L’urine qui s’écoule par le drain devient trouble, purulente même. Il faut alors lutter au plus vite contre cette infection qui menace de compromettre le succès opératoire. On fera des lavages de la loge avec une solution de nitrate d’argent à 1/1000, combinés à l’expression de la loge par le toucher rectal. Si cela ne suffit pas, il faudra alors se résoudre à pratiquer un drainage inférieur par une périnéotomie complémentaire.

Celle-ci est des plus simples et doit être faite sans dégâts. Une anesthésie lombaire à très faible dose suffit dans ce cas. Un doigt introduit dans la vessie par la plaie suspubienne, repère la cavité prostatique. Une longue pince courbe est poussée le long du

doigt, et lorsqu'elle est bien en place, on la fait maintenir avec pression par un aide.

L'opérateur peut alors la sentir rapidement au périnée, à travers les parties molles, et la découvrir par une incision sans décollements. Un drain est ramené dans la loge prostatique au moyen de la pince.

4° Orchite. —— L'orchite par inoculation du canal déférent peut survenir dès la première semaine. Complication généralement bénigne, mais douloureuse ; on devra l’éviter au malade.

Pour cela, on pratiquera de parti pris, avant l’opération, la section du canal déférent et sa ligature au-dessus du testicule. C’est vouer ainsi évidemment les malades à une stérilité définitive : mais dans la grande majorité des cas, ils se soucient fort peu de lPabolition d’une fonction qui est déjà depuis longtemps compromise. |

Chez un prostatique jeune ou ayant gardé ses fonctions génitales actives, on devra rejeter la section des déférents.

c) Accidents cardio-vasculaires

19 Syncope. — La syncope chloroformique n’est pas imputable à la prostatectomie transvésicale et peut survenir au cours de toute opération. Cependant, elle peut frapper avec prédilection les prostatiques dont le cœur est assez souvent attéint de myocardite,

2° Phlébite. — La phlébite-est un accident assez fréquent à la suite de la prostatectomie, quelle que soit la voie que l’on ait employée. Généralement bénigne par elle-même, elle sera grave par l’embolie qu’elle peut provoquer ; et on pourra encore distinguer entre les embolies à forme rapide et les embolies congestives formant des infarctus provoquant une congestion temporaire, mais qui arrivent à se résorber.

d) Accidents cérébraux

Le plus redoutable, c’est l’hémorragie cérébrale. Les prostatiques sont presque tous des artérioscléreux, leurs artères épaissies et friables sont à la merci de causes congestionnantes (émotion violente, effort, alcool). Comme nous l'avons dit, il faudra proscrire la position inclinée pour l'opération, position éminemment congestionnante et de plus inutile.La position horizontale, celle qu’emploie Freyer, avec, si l’on veut, un coussin sous les fesses, est la position la plus commode et la moins dangereuse.

On pourrait encore noter certains troubles mentaux que nous nous déclarons incompétents à expliquer, mais qui toutefois ne semblent pas plus imputables à la prostatectomie qu’à toute autre grande opération vésicale. On connait bien les folies surve-

nant à la suite des anciennes tailles.

Page 1