OBSERVATION VI
Rétention incomplète depuis sept ans. — Rétention complète depuis six mois. — Infection prononcée. — Prostatectomie suspubienne. — Guérison.
M. F..., soixante-trois ans, pépiniériste à Angers. Pas de maladies antérieures. Commence à uriner plus sou- |
vent depuis sept ans environ. époque à laquelle apparaissent des mictions nocturnes. Ces mictions nocturnes deviennent progressivement plus fréquentes, trois ou quatre fois la nuit. Apparition de douleurs sciatiques assez tenaces il y a quatre ans. Il éprouve peu de temps après, quelques troubles digestifs ; on lui conseille alors le sondage. Le malade se sonde de temps à autre, pour évacuer lerésidu de la vessie, lorsque les troubles digestifs apparaissent. Puis le malade est obligé de recourir à la sonde plus fréquemment. Les urines s’infectent, les douleurs apparaissent etavec elles des envies d'uriner plus fréquentes. Depuis un peu plus d'un. an,les mictions sont assez nombreuses, trois ou quatre fois le jour, cinq ou six la nuit. Depuis mars dernier, rétention complète, avec troubles digestifs graves, dysphagie buccale. Depuis un mois ou deux les sondages sont très répétés, quatre ou cinq
iois par jour el quelquefois huit ou dix la nuit.
Le malade est soumis à une désinfection vésicale soigneuse pendant dix jours.
Opération le 24 septembre 1907 avec le Dr Roguet.
Lavage vésical. Introduction d’eau boriquée dans la vessie, sonde à béquille munie d’un bouchon.
Position inclinée.
Cystostomie. — Un aide repousse la prostate par un doigt introduit dans le rectum. Le bec de la sonde rabattu en avant protège la paroi antérieure du canal.
Essai de décortication avec l’ongle impossible. On Famorce par un coup de ciseaux dans la muqueuse vésicale. Décortication facile. Ablation d’une prostate de bo grammes, en totalité, avecun petit lobe postérieur déchiqueté et deux gros lobes latéraux. Avec elle l’urètre prostatique et des fibres circulaires, formant le sphincter vésical, très nettes.
Peu de sang. Lavages chauds qui amènent une hémostase rapide. La sonde a été enlevée.
Gros drain vésical. Suture de la vessie. Sutures cutanées. Petites mèches en avant et en arrière du drain.
Suites opératoires. -— 24 septembre. — Sang. Toutes les deux heures lavage chaud et eau oxygénée par le drain.
Température 363, le soir.
5 septembre. — Pas de sang dans les urines. Lavages. Rend des gaz le matin.
Température 37°1, matin et soir. Pouls 88.
26 septembre. — Pas de sang dans les urines.
Les mèches sont changées chaque jour,
Lavage de la vessie, par l’urètre avec la canule de Janet.
Salol et quinine.
> septembre. — Urines encore un peu sanguinolentes.
Lavage de la vessie par l’urètre.
Lavement et eau de Janos. Selle.
Apyrexie. Pouls de8o à 88.
28 septembre. — Le gros drain vésical est sorti et ne peut être remis en place. On le remplace dans la vessie par une sonde Nélaton introduite par la plaie.
Urines encore foncées, mais non sanguinolentes.
29 septembre. — Lavage de la vessie par une sonde béquille introduite dans la vessie par l’urètre.
Injection de nitrate d'argent.
30 septembre. — Lavage de la vessie à la sonde par l'urètre, et les jours suivants.
La sonde-drain est enlevée.
Vessie propre, mais urines foncées et troubles.
1 octobre. — On alterne le salol avec l'urotropine.
Même pansement.
2 octobre. — On enlève les crins.
Diarrhée dans la nuit, dure deux ou trois jours.
3 octobre. — La vessie commence à se contracter quand on introduit la sonde.
La plaie abdominale est presque fermée.
6 octobre. — Sonde à demeure. Il ne s'écoule plus rien par la plaie abdominale, dont l'orifice est très petit ou même fermé. On laisse la sonde jusqu'au 8 octobre au matin. La plaie vésicale est complètement fermée etle malade urine tout seul toutes les heures.
Trois lavages par jour. El vide bien sa vessie; à peine quelques grammes de résidu.
9 octobre et jours suivants. — Urine toutes les heures ou
une heure et demie. La plaie abdominale se cicatrise pro-
gressivement. Les urines sont toujours troubles et même assez épaisses. Le malade est mis quelques jours au régime lacté. Les urines deviennent plus abondantes et plus claires.
Lorsque le malade quitte la maison de santé, il urine toutes les deux heures et demie à trois heures. Urines presque éclaircies. Pas de résidu.
Le malade présenté à la Société de Médecine d'Angers au commencement de novembre 1907 a un état général excellent ; ses mictions sont parfaites, quatre ou cinq fois le jour, deux ou trois fois la nuit. Pas de résidu.
M. F... est mort de cachexie, sans troubles urinaires, à la
fin de 1908, plus d’un an après l'opération.