OBSERVATION XI
Hypertrophie prostatique. — Rétention incomplète et calcul vésical. — Enucléation d'une prostate de 45 grammes. — Mort
subite vingt-cinq jours après l'opération, avec guérison opéra-
toire et fonctionnelle.
M. 5... Quincé, soixante-douze ans.
Depuis une dizaine d'années, troubles urinaires. Début par
coliques néphrétiques nettement caractérisées, avec douleurs lombaires violentes, irradiations vers la vessic et hématurie. N’étaient calmées que par les piqûres de morphine.
Le malade en a été repris jusqu'à il y a quatre ou cinq ans.
Depuis sept ou huit ans le malade urine plus souvent; il est obligé de se lever la nuit deux ou trois fois depuis quelque temps. Les mictions sont un peu plus rapprochées, quoique presque normales par le repos. La marche augmente la fréquence des mictions, surtout la promenade en voiture sur le pavé, avec apparition de douleurs, besoin pressant d’uriner et hématuries, La première crise s’est produite au cours d’une partie de chasse.
Lorsque le malade marche, il est obligé d’uriner à peu près toutes les heures.
Le repos espace les mictions.
Une crise de rétention passagère de vingt-quatre heures, il y a quatre ans. Le malade après une crise n’a pu uriner, et après deux sondages, la vessie s’est vidée seule.
Actuellement, le malade urine trois à quatre fois la nuit, environ toutes les trois heures le jour au repos, toutes les heures dans la marche. Urines abondantes, claires, riches en urée, avec traces légères d’albumine.
Hernie inguinale gauche ne descendant pas dans les bourses. |
Le malade est gros, pléthorique. Pendant une quinzaine de jours, il suit chez lui un régime lactovégétarien. Pendant les deux jours qui précèdent l'opération, il prend rgr.50 de
chlorure de calcium quotidiennement.
nt NON
Au toucher rectal, prostate moyenne. A la sonde, résidu de 80 grammes.
A l'explorateur, gros calcul dur et bas-fond net.
5 janvier 1909. — Lavage de vessie à l'eau boriquée.
Chloroforme.
On remplit la vessie d'oxycyanure à 1/3000.
Incision médiane, suspubienne. Refoulement du cul-de-sac péritonéal.
Incisionu de la vessie qui est maintenue attirée par deux fils de soie passés dans sa paroi. Extraction d'un gros calcul.
Introduction de l'index droit, le gauche étant dans le rectum, au contact de la prostate. Effondrement de la muqueuse vésicale et recherche du plan de clivage. Le lobe gauche se décortique assez facilement. La prostate ne tient plus que par son lobe droit. Un coup de ciseaux dans la paroi postérieure et le lobe droit s’énuclée aussi.
Peu de sang. La prostate est peu volumineuse : 45 grammes.
Gros drain ; trois points de catgut sur la vessie. Petit drain dans l'angle inférieur de la plaie. Crins.
Pansement.
Suites opératoires. — Soir. Peu de sang. Se mouille bien. |
Température 35°8,
Rend des gaz au bout de douze heures. Pas de vomissements.
Chlorure de calcium 2 grammes. Sérum.
6 janvier. — Lavage par le drain avec sonde de Nélaton,
avec oxycyanure de mercure à 1/4000.
a AUTRES
Température 36 degrés. Pouls 112 le matin.
Le quatrième jour on enlève le gros drain.
Le huitième jour, lavage par le canal à la canule de Janet. Belle plaie qui se déterge rapidement, Sonde à demeure le quinzième jour.
Le vingt et unième jour le malade urine seul, sans sonde. Urines un peu troubles. On continue les lavages deux fois - par jour, mictions toutes les deux heures environ. Le malade se lève et se sent bien. Toutefois depuis huit jours la température remonte un peu, une légère douleur est apparue dans le mollet gauche, sans œdème ni cordon veineux. La plaie abdominale étant fermée, et la miction se faisant bien, le malade se décide à rentrer chez lui. Le 1* février, en faisant sa valise, il est pris d’étouffements et meurt en
quelques instants, évidemment d’une embolie.
OBERVATION XII
Hypertrophie prostatique. — Crises de rétention complète.
Prostatectomie transvésicale. — Guérison.
M. B..., Lézigné, cinquante-deux ans.
Pas de maladies antérieures.
Commence à se lever la nuit pour uriner depuis une dizaine d'années. Il y a sept ans, un dimanche, après avoir bu un peu de vin blanc, il lui est impossible d’uriner.
On le sonde pendant trente-six heures. Il peut ensuite uriner seul. N'a bu ni vin, ni alcool depuis.
Il s’est toujours bien porté depuis. Dans les derniers mois,
les mictions nocturnes deviennent plus fréquentes et l’appétit du malade disparaît.
13 janvier. — Sans cause il est repris de rétention. Le D: Rouanet, appelé quelques heures après, ne peut le sonder. Le malade arrive à la clinique Saint-Louis le 14 dans la soirée: on ne peut le sonder qu'à l’aide du mandrin. Il est sondé avec le mandrin, le 15 et le 16, deux foïs par vingt-quatre heures et soigneusement lavé. Le 15, la sonde passe sans mandrin. Les urines sont claires, non infectées. La langue est devenue humide. Artères un peu dures. Malade maigre.
Prostate très saillante du côté du rectum.
18 janvier 1909. — Chloroforme.
La vessie est remplie ; le malade a un coussin sous le siège. La main gauche de l'opérateur sert pendant l'intervention à refouler la prostate au-devant de l'index droit qui effondre la muqueuse du bas-fond vésical. La prostate est énucléée en quelques minutes. Son poids est de 150 grammes.
Pas de sang. Lavages chauds à l’eau stérilisée et à l’eau oxygénée. Gros drain.
Suites normales.
Le drain est enlevé le cinquième jour. La vessie se déterge lentement et ne se bouche qu’au bout de vingt-cinq jours.
Le malade urine seul le 13 février. On le fait uriner toutes les heures et demie environ les premiers jours.
Il ne garde aucun résidu après la miction.
Troubles gastriques pendant les suites opératoires.
Quitte la clinique, le 20 février, complètement guéri.
Ilest resté parfaitement bien depuis lors. Il urine une
fois la nuit et quelquefois pas du tout.