RON E RSR NE CL
que, cependant, ellé ne peut garder auprès d'elle. Ïl s’agit de cette catégorie de femmes, si nombreuses déjà, et qui augmente de jour en jour : l’employée et l’ouvrière d'usine. Le refuge qui s'offre à leur enfant pen-
. dant l’absence de la mère est la Crèche.
C’est à Firmin Marbeau que vint l’idée (en 1844) de fonder une crèche en vue de soustraire les enfants à la gardeusé, qui exploitait si durement les mères, sans donner à l’enfant les soins les plus élémentaires d’hygiène. Moyennant une faible rétribution, les enfants étaient gardés et nourris, leur mère venait les prendre à la sortie de son atelier, L'idée était bonne, et cette institution eut un grand succès ; les crèches se multiplièrent. La mortalité y était grande, mais infime en
comparaison des ravages qu’elle exerçait chez la gar-
deuse. On a pu écrire que les soigneuses du Nord laissaient mourir 86 % des enfants qui leur étaient confiés.
Cependant, les crèches pour rendre les services qu’on pourrait en attendre, devraient être nombreuses, afin que la mère n’ait pas un trajet trop long à faire, pour venir allaiter son enfant. Elles devraient avoir un personnel de berceuses bien dressées, ayant des notions précises sur l'hygiène du nourrisson et contenir un nombre restreint d'enfants (15 à 20). La surveillance médicale, le plus souvent assurée par plusieurs médecins qui visitent la crèche à tour de rôle, manque d’unité. La crèche a besoin d’une visite médicale quotidienne.
Les directrices doivent être très compétentes, et chercher à encourager les mères des enfants trop Jeunes à les allaiter au sein, au besoin même les signaler à des œuvres de charité qui leur faciliteraient la garde de leur
enfant à domicile.
Le professeur Hutinel a même conseillé la suppression de ces établissements. D' Variot, D' Braumberger (1) les accusent d’être des «écoles de rachitisme » et des «pépinières d’atrophiques ».
(1) Braumberger : Rachitisme et crèches. (Thèse, Paris, 1903).
On est actuellement moins sévère à leur égard. C'est que, grâce à l'expérience, les défauts de ce genre d’institutions sont grandement atténués. L’adjonction d’une consultation de nourrissons, l’éducation des directrices, des berceuses, Ja distribution du lait stérilisé, la surveillance de la biberonnerie, le triage des enfants à leur arrivée, le matin, l'isolement rapide des enfants suspects, les transformations qu’on a fait subir aux locaux, ont diminué la mortalité infantile, sans supprimer cependant le danger de ces agglomérations d’énfants, où la contagion trouve pour sévir un champ aussi vaste que bien préparé.
A Paris, et dans les grandes villes où les crèches ont accepté de réformer leur organisation, on ne peut qu’encourager leur diffusion, mais en province, où les errements anciens subsistent, il faut imposer aux crèches une surveillance médicale régulière et très sévère.
Les usines ont suivi cet exemple, en trop petit nombre encore, mais une campagne vigoureuse est menée ‘actuellement pour généraliser et même rendre obligatoire cette institution, qui répond à un vœu universelle-
ment exprimé : ne pas séparer l’enfant du sein de sa .
mère.
Les crèches d'usine sont situées dans l’usine même: la mère a l'autorisation de quitter son travail au moment des tétées de son nourrisson. Pendant l’intervalle des tétées, l'enfant est confié à la garde d’une berceuse. Ce sont de véritables crèches d’allaitement maternel.
De nombreuses usines (surtout dans le département
du Nord et de la Loire, les plus industriels) avaient déjà institué ces crèches. Mais on leur reprochait l’exiguité des locaux, le personnel pas assez nombreux. Il n'en est pas moins vrai que les créches d'usines ont rendu de grands services.
Avec le développement formidable qu'ont pris les usines de guerre et autres pendant la triste période que nous traversons, le nombre d’enfants que leur mère négligeait ou sevrait prématurément était devenu inquiétant,
pau
Toutes Le Sociétés médicales et philanthropiques é émirent le vœu que des chambres d’allaitement sous la surveillance médicale fussent instituées et des crèches-garderies fondées obligatoirement, par chaque industriel qui emploierait plus de 100 femmes dans ses ateliers.
Déjà, en 1913, M. Enguerand, député, faisait adopter le principe du temps nécessaire à l’ouvrière pour l’allaitement de son enfant, soit, une heure par jour, qui ne doit pas être décomptée sur le salairé journalier de la
femme.
En 1917, le Dr Doizy, député des Ardennes, demandait à la Chambre de rendre ôbligatoire par une loi, l'installation d’une chambre d'allaitement à proximité de l'atelier, et d’une crèche-garderie pour les enfants
. sevrés des ouvrières, jusqu’à leur entrée à l’école mater- nelle.
Des chambres d'allaitement ont été également créées dans certains grands magasins. Celle des Galeries Lafayette à Paris est un modèle. |
Un autre essai, malheureux à ses débuts, et qui aujourd’hui obtient l’approbation de tout le corps médical a été la fondation des Pouponnières.
La Pouponnière de Porchefontaine à été fondée près de Versailles par Mesdames Charpentier et E. Manuel. Ces dames avaient pris l'initiative, hardie à cette époque, de recueillir un certain nombre de femmes, des filles-mères surtout, et d’en faire les nourrices payées de leur enfant à condition qu'elles élèvent en même temps, soit au biberon, soit à l'allaitement mixte, un autre enfant dont les parents paieraient la pension ; elles devaient s’occuper également de deux enfants déjà sevrés.
C'était une excellente idée que de donner à la mère, pendant une année, la sécurité matérielle et morale pour allaiter son enfant, la rétribuer (30 franes par mois) et permettre de vivre à 3 autres petits êtres que les parents ne peuvent soigner. Les résultats cependant
si —
furent presque désastreux. Malgré des frais très lourds, la mortalité y'était grande (24, 24,50 %, en 1897 et 98).
La raison en était que dans ces agglomérations d’enfants, où la surveillance médicale doit être extrêmement rigoureuse, la moindre épidémie tuait une bonne partie de sa population infantile. En 1901, le D' Raimondi, spécialiste compétent et énergique, prit la direction de l’œuvre et lui donna une impulsion nouvelle avec le concours du Dr Mery et de Me Veil-Picard.
Grâce à des règlements d'hygiène draconiens, grâce à un aménagement intérieur parfait et à un personnel bien dressé, grâce aux consultations de nourrissons où ‘chaque enfant avait son bulletin sanitaire, la pouponnière de Porchefontaine est devenue un modèle d’établissement de puériculture.
Successivement, elle s ’adjoignit des services nouveaux d'élevage et d'enseignement. Elle eut ses Nids destinés aux enfants sevrés, son école ménagère où les femmes employées dans l'Œuvre, trouvaient un enseignement leur permettant de soigner, à leur sortie, les enfants en qualité de nurses. Elle créa un pavillon d’enseignement, dans lequel on donnait un cours complet de puériculture et de la sorte devint un centre de hautes études de puériculture où se rendaient les jeunes filles des lycées et des écoles normales, ainsi que les étudiants des Facultés de Médecine, pour y faire un stage d’externat ou internat.
En 1913, sur 149 mères recueillies et 257 enfants ad mis, dont 75 débiles, 3 décès seulement ont été enregistrés.
Le coût excessivement élevé des institutions de ce genre n’en permet pas la création partout, mais nous aimerions que chaque département, ainsi que le demandait le professeur Pinard, eût son «Institut de puériculture comme Porchefontaine». Il servirait de lieu d'enseignement par l’exemple. En recueillant des mères ignorantes, il les renverrait à la société, connaissant les règles qui doivent présider à l'élevage de l'enfant, et