CHAPITRE V
- Esquisse d’un plan de puériculture en Algérie
- Bien que nous nous intéressions passionnément à la question de l’Assistance médicale et de la protection de l'Enfance en Algérie, nous avons réservé cette question pour la fin de notre travail.
La protection et l'assistance médicale pour lEuropéen, sont organisées dans presque toutes les villes de quelque importance en Algérie, L'assistance médicale äux Indigènes est assurée dans les hôpitaux des villes et dans les infirmeries des médecins de colonisation dans l’intérieur du pays.
L’Assistance médicale de la femme et de l'enfant est assurée par-des cliniques indigènes dans les principales villes d'Algérie, et notamment dans lè département d'Alger où elles prennent chaque jour une extension plus grande. Ces cliniques, dirigées par des doctoresses en médecine, rendent assurément de grands services, mais au point de vue d’une protection efficace de l’enfance du 1° âge, ces institutions, qui sont cependant les mieux placées pour soigner et éduquer les enfants et les mères, n’atteignent que très peu leur but. D’ailleurs, elles ne sont pas assez répandues ni encore organisées pour les soins à donner aux nourrissons. Pour arriver à ce résultat, elles auraient besoin d’être multipliées et dotées d’un outillage médical ainsi que d’une organisation leur permettant de prendre leur part dans la lutte contre la mortalité infantile du 1er âge. Leur situation priv ilégiée les y aiderait puissamment. Il faudrait aussi que les visites y soient quotidiennes au lieu d’être hebdomadaires ou bi-hebdomadaires.
La loi Roussel est appliquée en Algérie aux enfants
assistés, mais pour eux comme pour les enfants de France, la situation est la même et les mêmes défectuosités que nous avons signalées à \ propos de l'application de cette loi subsistent. ‘
La Ville d'Alger est, nous croyons, la seule ville qui possède encore un Tour pour les enfants abandonnés. Mais les enfants qui ÿ sont déposés sont rares, car le système bien préférable à nos yeux du bureau d’abandon secret y fonctionne parallèlement au Tour.
Dans l'intérieur de l'Algérie, l'assistance et la protection médicale de l’enfance indigène sont tout à fait à l’état embryonnaire, il y a là, il nous semble, toute une organisation à créer. SH |
Dans les grosses agglomérations indigènes; où l’on se heurte à une ignorance complète et à des pratiques aussi répugnantes que néfastes, il faudrait tout d’abord éduquer les Arabes. Les thèses du D’ Lévy-Bram, du D’ Bourkaïb ont traité de cette question, et le premier de ces auteurs a exposé quelques idées sur la pénétration de nos habitudes d'hygiène parmi les indigènes et les véhicules qu’il conviendrait d'employer pour y réussir. Il propose l'éducation de sages-femmes indigènes, et l’exercice de leur profession sous la surveillance du - médecin de colonisation. Le D' Bourkaïb propose le rétablissement de la fonction d’officier de santé pour les indigènes. Res ;
Nous préférons l’ idée di Dr Lévy-Bram, sans craindre les périls que comporté l'emploi de la sage-femme indigène au point de vue des conflits avec le médecin, et les avortements qu’elle pourrait pratiquer.
A Madagascar, le général Galliéni a institué des écoles de sages-femmes indigènes, ayant une responsabilité nettement définie vis-à-vis du docteur européen, et les résultats en ont été des plus encourageants, alors que les écoles de médecins indigènes (équivalant aux officiers de santé) ont dû être fermées à cause des abus d'exercice qui se produisaient. : 2
En Tunisie, l’assistance et la protection de, l'enfance
sont aussi à l’état embryonnaire. À Tunis, existe cependant une Consultation de Nourrissons fondée par le Dr Bruch, où on surveille les nourrices et les enfants.
Fait curieux, certaines familles y envoient leur en-' fant avec sa nourrice mercenaire pour avoir un contrôle médical de la bonne alimentation que donne la nourrice à leur enfant.
Au Maroc, pays tout neuf, les œuvres d'assistance naissent seulement, et, en 1914, une Consultation de Nourrissons a été fondée à Casablanca, sous les auspices de Madame Lyautey.
Nous avons recherché la manière dont a été organisé ‘le service d'assistance médicale et de protection de l’enfance dans différentes colonies, et nous nous sommes arrêtée sur l’organisation de deux de nos colonies parmi les plus importantes : l'Indo-Chine et Madagascar ; nous la décrirons brièvement :
Dès 1627 (1), les missionnaires avaient créé en Indo- Chine, des dispensaires, des écoles, des hôpitaux, de; asiles, des crèches, des léproseries. En 1853, les sœurs fondaient à Saïgon, un dispensaire pour les enfants abandonnés.
Plusieurs orphelinats y fonctionnent. On y garde les enfants jusqu’à 18 ans, on leur donne une instruction rudimentaire, et on les emploie au travail agricole, Des Pouponnières y sont installées. Les Maternités et les Crèches y existent en grande quantité.
Pour combattre les préjugés et les pæatiques ue res des matrones, « L'Association maternelle» à créé, avec le concours de la population annamite, chinoise et européenne, une école de sages-femmes indigènes auxquelles-on distribue des pansements ombilicaux individuels stérilisés et des ciseaux courbes ne pouvant servir à d’autres usages.
(1) Kermorgant. — La protection de l’enfant indigène dans les colonies. Bulletin de l’Académie : de médecine (février et mars 1916.)