‹ Contribution à l'Étude de la Protection des Enfants en bas âgeChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE je · texte numérisé non relu

CHAPITRE je

La dépopulation de la France. — Diminution de

la natalité. — Mortinalité et mortalité infantile

Dans le tableau de l'accroissement par 1.000 habitants dans les divers Etats d'Europe (1), la France tient le dernier rang avec la moyenne de 7 (Angleterre

115, Allemagne 141), elle est également à la dernière

. place dans le tableau du nombre moyen des naissances

par 1.000 habitants : 21,4. (Hongrie 42,8, Allemagne 35,1) (2).

Plus éloquente encore, est la statistique officielle de la décroissance de la natalité en France de 1874 à 1915

Périodes Naissances en France par ; 1.000 habitants.

LS DO PES Re 26.1 EUR ER ETS ANR EE A 25.3 DOS is ete a pin raraiae 24.7 DUB ro 28.7 TR PTE CR Te CSA VE 22.5 DOS LT EE 22.2 ’ DDADOT EN M aie 21.8 1OIO2 DA NN RS 21.2 DORE TEE 20.3 OB AO Res 19.8 MR un 18.2

La diminution n’est pas seulement proportionnelle

‘au chiffre de la population ; même en nombres absolus

elle est considérable :

(1) Ch. Richet : La dépopulation en France (Bullet. de l Acad: de Médec., 15 mai 1917).

(2) M. Cambillard : Revue Philanthropique, tome II, p. 2383-

Or

Naissances annuelles Naissances annuelles 1876,... 1.011.362 1905.... 807.290 HPASSLE ES 987 .057 1906.... 806.847 : 1886... 912.838 1907.... 772.681 RCI 866.377 1908.... 792.178 1896.... 865.586 1909.... 769.565 1901: Tete 8s7 ed 1910.... 774.390 1902.... 845.378 1911... 742.114.

Nous assistons au lent glissement de la nation sur la pente de la dépopulation, et nous comprenons les eris d'alarme jetés par tous les hommes soucieux des intérêts de leur pays. Re

Les conséquences de cet affaiblissement de la natalité sont : que dans 5 années, de 1906 à 1911, le chiffre des décès a dépassé à deux reprises celui des naissances : de 20.780 en 1907 et de 32.974 en 1911. À la veille même de la guerre, la statistique nous apprend que pendant le premier semestre de 1914, notre population avait diminué de 24.816 habitants. Le nombre des naissances avait diminué de 3.971 unités alors que le nombre des décès augmentait de 20.845.

En Algérie, où vit une population européenne à côté d'une population indigène, on constate une natalité plus forte, mais il est difficile de donner des chiffres tout à fait probants ; l'immigration continue de nouveaux colons fausse les calculs. Il faut tenir compte de cet important facteur dans l'accroissement de la population européenne qui s’est augmentée de pius de 168.000 habitants en 10 ans (1901-1911) (1).

A côté de ce premier facteur de dépopulation par décroissance de la natalité, se place un autre élément

(1) Population totale de lAlgérie. Recensement 1911 : 5.492.569 habitants dont 752.043 Européens et 562.931 Français. x

NE RS SPA EPA AO ROLE Re

non moins important d’affaiblissement : la mortinatalité. "n Dans son Etude sur la répartition de la mortinatalité ‘en France, Chambrelent (1) constate qu'il y à plus de 80.000 mort-nés par an dans toute la France.

Pendant les années 1907-08-10, il y avait dans notre pays un mort-né pour 22 enfants déclarés vivants, soit

. 45 mort-nés pour 1.000 naissances. En 1913, la statistique accuse 44 Yo, soit près. d’un enfant mort-né pour 20 naissances.

La Do phlatioh urbaine fournit le plus gros chiffre de la mortinatalité. Paris et le département de la Seine ont le triste privilège de venir en tête de la liste avec le chiffre impressionnant de 62 %,, et nous constatons qu'en 1911, sur 74. HI enfants vivants, il y a eu 4.598

mort- -nés..

Le professeur Pinard (2) rapporte que du 17 août

1913 au 1° août 1914, la mortinatalité s’est élevée

dans Paris à 7,69 % (48.197 naissances, 3.711 mortnés).

Dans les autres villes de France, la moyenne est moins forte, mais encore respectable (55 %). Dans la population rurale, elle est de 39 %,.. Les départements industriels paient le plus grand tribut à cette léthalité, dans le Nord elle atteint 50,9 %, et dans la Loire LE CAE TES

Dans le camp retranché de Paris, pendant la duerre, la mortinatalité était de 6,63 % en 1915 et 7,67 % en

1916. Par ces statistiques on voit qu’en France, la mortinatalité HQE reste stationnaire avec une légère tendance à décroître..

Un autre facteur de dépopulation réside dans la mortalité infantile.

Il naît, en France, environ 800.000 enfants pr an. Nous en avons perdu :

(1) Bulletin de l’Académie de Médecine 1913, p. 626. (2) Bulletin de l’Académie de Médecine 1915 (5 octobre),

en 1908..... SE AE M 102.269 LABO EAN LES NON 622 ROLE den ent, \ "88-088 Lot ae SAONE

C’est donc environ 100.000 enfants que nous pete dons chaque année (Bertillon).

MM. Balestre et Gilletta de St-Joseph de Nice (1) ont calculé que la population urbaine, tiers de la population eh France, perd bénévolement tous les ans 30.000 enfants qui auraient pu être sauvés.

Le professeur Marfan, dans sa magistrale leçon i inaugurale de la Chaire d'Hygiène et de Clinique de la 1re enfance à la Faculté de Médecine à Paris (2) nous apprend qu’en France, «au début du XX® siècle», sur 1.000 naissances, 1l se produit :.

150 décès dans la 1'° année (46 dans le 17 mois, 17 : dans les 5 premiers jours). à

50 décès dans la 2° année.

25 décès dans la 3° année.

17 décès dans la 4° année.

13 décès dans la 5° année.

56 décès de 5 à 10 ans.

34 décès de 10 à 15 ans.

C’est donc dans la 17° enfance que la mortalité est la plus élevée. :

Par rapport aux autres nations d'Europe, la France tient une meilleure place pour la mortalité infantile que pour la mortinatalité. Pour 1.000 décès généraux, les décès de 0 à 1 an 1 sont à

Norvège..... 67. France... 154 SUCER 77 ftèkes 156 Angleterre... 121 Allemagne. 178.

Dune. 272 (3)

(1) Etude sur la mortalité de la mere enfance dans la population urbaine de la France de 1892 à 1897. 4

(2) Revue d'Hygiène et de Police sanitaire, Dear

(3) Province Médicale, 1911.

REG T L Ce A DEA

Notre regretté camarade, le Dr Mantout (1), fait suivre ces chiffres par les suivants :

Algérie EP RS 232 Européens 158 [ndigènes

Ce total place l'Algérie parmi les pays où la mortalité infantile est la plus forte.

Cependant, la mortalité infantile est depuis 50 années, en décroissance marquée dans les 30 dernières années surtout. Vers 1830, la mortalité infantile, d’après Quetelet (2), était de 224,72 %, : elle est maintenant de 132 %,. On doit certainement l’attribuer aux progrès de la lutte menée contre la léthalité et à la diffusions des notions d'hygiène infantile. Mais est-ce la seule raison ? Ne devrait-on pas y voir aussi une con- . Séquence du décroissement de la natalité ? Les enfants de 0 à 1 an qui pèsent si lourdement sur les statistiques, naissent bien moins et le taux de la mortalité générale s’en ressent.

Mais il n’en est pas moins constaté que la décroissance de la natalité, la mortinatalité et la mortalité infantile sont 2 fléaux al déciment notre pays.

Les causes, les remèdes

La diminution de la natalité est-elle la conséquence d’une dégénérescence de la race qui frappe les nombreux ménages français sans enfants, ou avec un ou deux enfants seulement ? N'est-ce pas plutôt. une restriction volontaire de la natalité ?

Bien que M. Macquart (3) prétende que «plus l’ani- : mal se perfectionne moins il est fécond, au développement des facultés intellectuelles correspond un décroissement de la force génératrice», nous penchons plutôt vers la seconde hypothèse. |

(1) Mantout : La Mortalité Infantile en Algérie. (Thèse Alger 1914).

(2) Rouvier : Précis d'Hygiène de la 1'° enfance.

(8) Macquart : Grande Revue, 1901.

A CE UE et LEP a CNE LUS be ; ERNEIES

Nombreux, en effet, sont les jeunes ménages qui sé sont fixés une date éloignée pour avoir leur premier enfant ; plus nombreux encore sont les couples qui en ont d'avance limité le nombre,

En 1891, à Paris, y avait : (1) Pas d’enfant vivant dans 28.824 famil. soit 21,9 %

div A A CT UN PR 2 — — 097.889. — x 212% Be 2 16,694 EN SAT EE AE ee D OM te 6,9 % pin RU ANAGG STRESS 8,4 % Ge Le 2149) OP 7 et au-dessus — 1.688 me 1,3 %

Ch. Richet (2 qui se pose la même question conclut, qu’en France, les couples se limitent volontairement à 3 enfants et même moins. Il en est de même, d’ailleurs, pour l'Angleterre où ils se limitent à 4, en Allemagne à 5, comme en Russie et en Roumanie, et, d’après lui, la cause en est le désir de ne pas s’imposer la charge pécuniaire qu'aggrave la venué au monde de chaque nouvel enfant. :

En effet, charge pour la population urbaine, l’enfant depuis l’extension du machinisme agricole est aussi une charge pour le paysan, car il n’est plus l’ouvrier futur que recherchaient les parents dans la population rurale, Bien au contraire, c’est la perspective du morcellement de ia propriété familiale par suite du plus grand nombre d’héritiers. L'enfant voit donc sa place diminuée dans les foyers de la campagne. Et la question d’héritage est prépondérante, aussi bien dans les villes que dans les CHER dans les classes riches et aisées.

Restent l’ouvrier, l'employé et le paysan pauvre,

(1) Ch. Richet : Bulletin de l Académie de Médecine 1917. (2) Ch. Richet : La dépopulation de la France. Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1915. Yu

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