IV.— ÉTUDE CRITIQUE es OBSERVATIONS
Nous allons voir maintenant, d’après les deux observations précédentes et celles que l’on trouvera à la fin de ce travail, quels sont les avantages de la prothèse immédiate et les critiques que l’on peut lui adresser.
Pour cela nous n'avons qu’à prendre chacun des accidents que nous avons indiqués comme se produisant consécutivement à la résection du maxillaire inférieur et nous verrons dans quelle mesure la prothèse immédiate obvie à chacun d'eux. l
Le premier accident qui peut se produire est la rétrocession linguale. Nous n'avions pas à la craindre dans nos deux observations personnelles, mais il n’en était pas de même dans les observations V et VI, puisque la portion médiane du maxillaire se trouvait intéressée dans ces deux cas. Aussi le chirurgien fixa-t-1l la langue au maxillaire artificiel à l’aide d’un fil et toute espèce d'accident fut conjuré, la langue étant maintenue jusqu'à ce qu’elle eût contracté des adhérences cicatricielles suffisantes avec les parties voisines.
Dans une résection ordinaire, on obvie bien un peu à la rétrocession linguale en passant un fil dans la langue et en conduisant ce fil hors de la bouche du malade; mais, en dehors de la gêne qui en résulte pour celui-ci, cette précaution ne le met pas à l’abri des déviations de l’organe ainsi
An
que le montre l'observation III où cette pratique avait été suivie. | ,
Maintenus en place par l'appareil artificiel, les fragments restants n'ont aucune tendance à la déviation, les dents supérieures et inférieures conservent leurs rapports normaux et la cavité buccale sa grandeur; les mouvements de la mâchoire inférieure s’effectuent normalement.
Nous avons dit au début de ce travail que presque tous les accidents qui suivaient la résection d’une portion du maxillaire inférieur étaient dus au déplacement des fragments restants; C’est donc à ce point capital, maintien en position normale de ceux-ci, que sont ‘dus la plupart des avantages de la prothèse immédiate.
Chez les malades auxquels on à pratiqué cette opération, l'alimentation s'effectue dans de bien meilleures conditions que chez ceux où la résection n’a pas été suivie de prothèse. Chez nos deux malades les mouvements s’effectuaient très bien dès les premiers jours, et, dès le début, ils ont pu s'alimenter eux-mêmes avec des aliments liquides, alors que dans des cas semblables on est parfois obligé de recourir à la sonde œsophagienrne. Les mouvements de la machoire poüvant s'effectuer sans peine et les arcades dentaires concordant d’une façon normale, nos malades purent, dé très bonne heure, s’alimenter avec des aliments demi-solides. On peut voir dans nos observations T et IT qu'au 13° jour
ils ont pu manger de la viande hachée et des légumes.
Sans doute il ne faudrait pas croire que déjà à cette époque; les malades trituraient leurs aliments comme avant
d’avoir subi leur résection, il s’en fallait de beaucoup; ce n’est, au début, qu’une mastication très rudimentaire aidée beaucoup par la langue. M. Martin, qui a pu suivre longtemps un certain nombre de cas, dit que ce n’est guère qu’au bout de deux ou trois ans que les malades peuvent broyer de la croute de pain. Néanmoins, pour quiconque à vu et suivi des malades ayant subi une résection de la mâchoire sans prothèse immédiate, les résultats que nous signalons sont considérables, surtout si l’on songe ainsi que nous l'avons dit, que l’on est obligé parfois, au début, de nourrir ces malades à l’aide de la sonde œsophagienne, qu’ils sont condamnés ensuite à ne se nourrir pendant longtemps que d'aliments liquides et que ce n’est que plus longtemps encore après qu’ils peuvent prendre des aliments demi-solides.
Nous avons vu dans les deux observations précédentes, que très rapidement, au bout de quatre à cinq jours, les malades pouvaient garder leur salivealors que, dans les résections ordinaires, l'écoulement continuel de celle-ci, qui suit toujours ces opérations, se prolonge longtemps d’une façon très intense, favorisé qu'il est par la suppression d’une partie de cette digue naturelle formée par le maxillaire inférieur et les dents.
Dès le début, la phonation est bien supérieure à ce quelle est dans les opérations semblables non suivies de prothèse immédiate ; au bout de quelques jours nos malades pouvaient s'exprimer d’une façon trés intelligible, presque correcte, et cela se conçoit aisément puisque la cavité buccale ayant conservé sa forme et sa grandeur normales, la langue n’est