INTRODUCTION
La résection de tout ou partie du maxillaire inférieur entraîne à sa suite toute une série d'accidents qui, parfois assez redoutables comme la rétrocession linguale, occa= sionnent, même dans les cas les plus favorables, une infirmité des plus gênantes.
M. C. Martin, dans son livre sur la prothèse immédiate, divise en deux catégories les accidents consécutifs aux résections du maxillaire inférieur : les accidents immédiats, accidents qui se produisent dans les quinze premiers jours qui suivent l'opération, et les accidents secondaires. Cette division est un peu arbitraire car, en réalité, les accidents secondaires ne sont pas différents pour la plupart des accidents primitifs, ils sont seulement plus accentués.
Quoi qu’il en soit, immèdiatement après la résection d’une portion du maxillaire inférieur, la face est plus ou moins déformée, la phonation est difficile ou impossible, les mouvements de déglutition sont très pénibles, la salive s'écoule incessamment hors de la bouche, la mastication est impossible. Le malade ne peut prendre que des al : liquides et encore quelquefois on est obligé d'employer la sonde œsophagienne.
Enfin, quelques jours après l'opération, si ce n’est immé-
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diatement après, le ou les fragments restants se déplacent et ce déplacement s’accentuera de plus en plus par suite de la rétraction cicatricielle ; en sorte que, s’il ne reste qu'un fragment il sera entraîné fortement du côté de la portion enlevée, le condyle servant de pivot dans ce mouvement de torsion; et, s’il reste deux fragments, ils tendront à se rapprocher, à se souder même dans certains cas. | Mais l'accident le plus immédiat et en même temps le Plus grave que l’on puisse observer est la rétrocession de la langue. En effet, si la section a intéressé la portion médiane du maxillaire inférieur, les genioglosses se trouvent sectionnés et la langue, entraînée en arrière, et par la position du malade et par les tractions musculaires antagonistes, vient se tasser sur l’orifice laryngien et amène une asphyxie brusque ou lente suivant les cas (Verneuil).
* Après la cicatrisation tous ces accidents persistent, quelques-uns s'étant un peu atténués, d’autres au contraire s'étant aggravés.
Les mouvements de déglutition étant devenus plus faciles, le malade perd moins sa salive ; mais comme nous l'avons dit plus haut, le déplacement du ou des fragments restants s’est très accentué, et c’est lui qui entraîne tous les autres accidents.
Par suite de ce déplacement, les arcades dentaires supérieure et inférieure ne concordent plus; les dents restant au maxillaire inférieur viennent rencontrer des dents très éloignées de leurs antagonistes naturelles ou bien elles viennent s’enfoncer dans la voûte palatine amenant ainsi
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des ulcérations de la muqueuse; dans d’autres cas ce sont les dents supérieures, particulièrement les molaires, qui s’enfoncent dans les parties molles inférieures amenant également leur ulcération.
Ce défaut de concordance des arcades dentaires entrave nécessairement la mastication : le malade ne peut plus se nourrir qu'avec des aliments très peu consistants et encore avec beaucoup de difficulté.
La cavité buccale se trouve rétrécie, d’où trouble de la phonation par gêne des mouvements de la langue; cette
gène pourra encore être augmentée par la déviation cicatricielle de cet organe, comme on en verra un exemple dans une de nos observations de prothèse tardive (Obs. III). Le maxillaire supérieur subit également une déformation. Enfin, toujours par suite du déplacement du ou des fragments, il y a une déformation plus ou moins considérable de la face suivant l'étendue et le siège de la résection. Jusqu'en ces dernières années, on ne possédait qu’un seul moyen de remédier à ces graves inconvénients. C’était la prothèse après cicatrisation complète, la prothèse tardive; mais, depuis quelques années, il existe un autre procédé dû à lingéniosité et à l’habileté de M. Claude Martin, notre distingué confrère lyonnais, c’est la prothèse immédiate. Nous avions déjà eu l’occasion de faire divers appareils de prothèse tardive lorsque nous eûmes à faire, ces derniers temps, deux opérations de prothèse immédiate. C’est ce qui nous a donné l’idée de choisir ce sujet de thèse, pensant que
les observations que nous avons pu faire au sujet de ces
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divers cas pourront être de quelque utilité dans cette question si intéressante.
Nous ferons tout d’abord une étude d'ensemble de la méthode de C. Martin; puis nous donnerons la relation de nos deux observations personnelles et essaierons alors de tirer de celles-ci et de quelques autres de divers auteurs, quelques déductions pratiques.
Nous étudierons ensuite la prothèse tardive dont nous donnerons deux observations personnelles et enfin nous examinerons comparativement la prothèse immédiate et la
prothèse tardive.