RÉSULTATS
Senn (1) publie 21 cas avec un seul insuccès ; divers auteurs, Mackie, O’Keef, Deaves Jones, Miller, Murray, Middeldorpf, Esmarck, Mikuliez, Weyr, Kummel une série de cas avec des succès variables, mais en somme, la majorité des chirurgiens a obtenu de bons résultats de ce procédé.
Le professeur Le Dentu (?) a employé fréquemment cette méthode. Sur les dix cas présentés dans la thèse de Buscarlet, on relève sept succès, un cas douteux, et deux. insuccès, mais pour ces deux malades, il est de toute évidence qu'ils étaient dans des conditions déplorables, pour la réparation, et qu'aucun procédé n’aurait donné des résultats plus favorables. Jamais il n’y a eu d’accidents et jamais l'intervention n’a été préjudiciable au malade : le plus souvent les os implantés ont été résorbés et remplacés par du tissu osseux néoformé.
Dans tous les cas, le remplissage des cavités osseuses a permis de suturer la peau et de remplacer une plaie ouverte par une plaie fermée, d'obtenir la guérison par première intention, au lieu de ces foyers de suppuration
(1) BuscaRLET (/oc. cil.).
(2) BuscarLeT (/0c. cit.).
LS osseuse qui mettent des mois à se combler spontanément, Pour résumer, nous adopterons les conclusions du docteur Buscarlet: « L’implantation d’un os décalcifié dans « une gaine périostique privée de son contenu a le dou- « ble effet de servir de soutien provisoire, et d’exciter « les propriétés ostéogéniques du périoste ».
(est cette méthode que le docteur Péan a employée à l'Hôpital International pour combler la perte de substance produite dans le tibia d’un de nos malades, par lablation d'un foyer volumineux d’ostéite.
A. M... 50ans, négociant, entré le 4 novembre 1895 à l'hôpitai. Rien dans les antécédents héréditaires, sauf une sœur morte de tuberculose pulmonaire. Personnellement il aeu la rougeole à 12 ans, la variole à 19 ans? A 20 ans, il a contracté une syphilis bénigne qui ne s’est manifestée que par un chancre et des adénopathies. Il suivit un traitement spécifique pendant trois mois seulement. À 27 ans, ila eu des douleurs rhumatismales. À 38 ans, sciatique qui guérit rapidement. À 41 ans, vertiges, amblyopie, bourdonnements d'oreille, et perte de l’ouiïe consécutive du côté gauche.
Il y à six mois, le malade commença à ressentir de vives douleurs dans la jambe gauche, puis un œdème apparut au pied, qui se propagea à toute la jambe. Un mois après, s'ouvraient deux abcès à la face interne du tibia : l’un à $ cent. au-dessous du bord supérieur du plateau tibial, lPautre à 5 cent. au-dessus de la malléole interne.
Actuellement, œdème du pied et de la jambe gauches, avec traces de pointes de feu et trajets fistuleux aux deux
SM
points où se sont ouverts les abeès. Ces fistules conduisent à l'os qui semble dénudé. L’œdème est blanc, dur, résistant sous le doigt, et non douloureux. Au niveau de la fistule inférieure, la pression du doigt réveille des douleurs.
Il s’agit là, à n’en pas douter, d'une ostéite du tibia, qu'on pourrait croire spécifique, vu les antécédents du malade, mais la forme nettement subaigüe de l'affection semble détourner ce diagnostic, et, de plus, le traitement ioduré a été essayé en vain, aussi, nous ne devons considérer que le fait d’une suppuration osseuse, et, par la trépanation, nettoyer le foyer de ses fongosités.
16 novembre. Opération. Chloroforme. Incision de quinze cent. le long de la face interne du tibia, rejoi- gnant les deux trajets fistuleux. Les couches osseuses sont épaissies, infiltrées, œdematiées. Au tiers supérieur, on trouve une cavité kystique du volume d'une chataigne. Ce kyste, ainsi que les mailles du tissu cellulaire voisin, contiennent une sérosité jaunâtre, non visqueuse, qui s'écoule de toutes parts.
Le périoste étant détaché de toute part à la rugine, on trouve la surface de l’os inégale, percée d’orifices. En un point, une couche d'os de nouvelle formation fait soupçonner de l’ostéite profonde. Nous enlevons donc la lame compacte de la face interne du tibia, au moyen de deux traits verticaux parallèles, distants d'environ deux centimètres l’un de l’autre. Ces traits qui sont faits au moyen de la scie circulaire, sont rejoints en haut en en bas par deux traits obliques. Ge volet est enlevé très facilement. et on voit que la lame compacte, épaissie, mesure près
d'un centimètre. L'intérieur de la diaphyse etde l’épiphyse sont trouvés remplis de fongosités et de bourgeons violacés, noirâtres, que l'on enlève à la curette.
I] nous restait une cavité volumineuse dans le corps et l'extrémité supérieure du tibia : nous décidèmes de combler cette cavité par la méthode de Senn-Le Dentu : nous la remplimes de petites tiges d’os, placées bien parallèlement, de façon à remplir la cavité de la plus grande quantité possible de cette matière. Le volet osseux qui avait été conservé dans l’eau stérilisée à 38° fut remis à sa place. Le périoste fut suturé au catgut, puis les parties molles au crin, et l’on fit un pansement salolé compressif.
(L'examen histologique fait par M. le docteur Brault donne les résultats suivants: Ostéite destructive d’origine probablement tuberculeuse).
21 novembre. Premier pansement. La réunion n'étant pas suffisamment assurée, on laisse les crins en place.
2S novembre. Pansement. Les crins sont enlevés. Réunion par première intention.
9 décembre. Le malade demande à rentrer chez lui. Il a un peu de raideur du genou que l’on combat par des massages.
25 décembre. Le malade se lève et commence à marher avec deux cannes.
15 janvier. Le malade marche seul.
Nous avons suivi le malade depuis ce temps. Depuis son opération, il ne souffre pas, ne boîte pas, bref il ne saurait se plaindre d’aucun malaise du côté de la jambe
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No
gauche. Il nous a semblé fort intéressant de prier M. Mergier, préparateur de physique à la faculté de Médecine de Paris, de vouloir bien photographier la jambe dé notre malade au moyen des rayons X du professeur Rontgen. L'an sait en effet que ces rayons traversent les os d'autant plus facilement que ceux-ci sont moins richés en matières minérales, et M. Bar, dans une conférence faite le 6 février 1896 à l'amphithéâtre de la Clinique d'accouchements, a montré le parti que l’on pourrait en tirer pour l'étude des points d’ossification. Aussi, dans le cas présent, la radiographie pouvait nous montrer où en était, au bout de sept mois, l'ossification nouvelle dans la cavité que nous avions remplie d'os décalcifié. En effet, l'os décalcifié, comme l’os dont la minéralisation n'est pas complètement terminée, présente une transparence assez prononcée aux rayons X.
Le cliché radiographique dont nous avons ci-joint la réduction en phototypie a été pris le 21 juin dernier, au moyen d’un tube de Crookes, type focus, actionné par une bobine de 12 centimètres d’étincelle. On voit parfaitement à ce niveau les deux os de la jambe, sur une longueur dè vingt cinq centimètres au-dessous du pli articulaire du genou. À ce niveau l’os est complètement reformé, et on ne voit pas de différence entre l'os nouveau et l’os ancien.
Il était intéressant de reproduire le résultat de la photographie par les procédés nouveaux, qui permet de suivre la marche de réparation aussi sûrement que par la dissection la plus attentive.