TR TE
OBSERVATION I (1) (personnelle)
Psoîte puerpérale. — Opération. Guérison.
La nommée Clémence G... âgée de 24 ans, couturière, entre le 8 mars 1898, à l'hôpital Necker, salle Lenoir, lit n° 9. Le médecin qui l’envoyait avait formulé le diagnostic probable de phlegmon du ligament large droit.
Antécédents héréditaires. — Rien de particulier à signaler.
Antécédents personnels. — La malade n’a jamais eu
d'autre maladie que la maladie actuelle.
Elle a été réglée à 14 ans, et ses règles ont toujours été régulières jusqu’à sa grossesse.
Elle a accouché, il y a 2 mois 1/2 d’un enfant à terme bien portant. L'accouchement s’est très bien passé, le travail n’a duré que quatre à cinq heures et la malade n’a pas trop souffert.
Elle n’a pas eu de frisson, ni de fièvre les premiers jours qui ont suivi l'accouchement; et les choses se sont si bien passées qu’au bout de 8 jours, la malade sentant ses forces revenues a voulu se lever et reprendre son métier de couturière.
Durant les huit premiers jours qui suivirent la reprise de son travail, la malade ne se sentit nullement incommodée,
(1) Leçon clinique du professeur Le Dentu, le 11 mars 1898, à l'hôpital Necker.
Sie
mais le neuvième ou le dixième jour au soir, elle s’aperçut qu’elle souffrait un peu au niveau de l'aine droite et qu’elle allongeait sa jambe difficilement.
La douleur s'exaspéra peu à peu, mais bien lentement au dire de la malade qui continua à travailler jusqu’au quarante-cinquième jour après l’accouchement.
A ce moment les douleurs étaient devenues continuelles et à certains moments, présentaientdes exacerbations telles qu’elles arrachaient des cris à la malade. Ces douleurs n'étaient d’ailleurs plus seulement localisées à l’aîne droite et s’'étendaient en haut du côté de la région lombaire et en bas vers la face interne des cuisses. Tout mouvement était devenu absolument impossible à cause de la douleur du côté de la cuisse droite. Celle-ci s'était peu à peu portée dans l’abduction et fléchie à environ 45 degrés sur le bassin, En même temps étaient apparus des symptômes généraux graves; fièvre vespérale, frissons répétés, vomissements et diarrhée. Ajoutons que la malade n’avait toujours pas de pertes vaginales fétides pouvant faire supposer une affection puerpérale.
Ge n’est qu’au bout de 8 jours de repos au lit que l’imprudente malade ne voyant pas son état s'améliorer et se sentant au contraire très abattue, se décida à appeler le médecin. Celui-ci prescrivit alors l'application de vésicatoires répétés au niveau de la fosse iliaque droite, des injections vaginales d’eau boriquée très chaudes, et le sulfate de quinine à l’intérieur. à
Au bout de 12 jours de ce traitement, apparut au-dessus de la crête iliaque droite une enflure très nette qui tendait bien plutôt à remonter du côté de la région lombaire qu’à descendre du côté de la fosse iliaque. C’est alors que le médecin déclara qu'une intervention chirurgicale s’imposait
SO «Far
et adressa sa malade à M. le professeur Le Dentu à lhôpi tal Necker.
Examen de la malade, le 10 mars, à l’hôpital.
Inspection. — La malade est très abattue, Ses traits sont tirés, ses yeux excavés, cerclés denoir, ses narines pincées, comme s’il s'agissait d’une affection péritonéale.
Le ventre n’est pas distendu, mais la peau présente à ce niveau une coloration bronzée très prononcée qui n’est certainement pas due à l’application des vésicatoires; puisque ceux-ci n’ont été appliqués qu’au niveau de la fosse iliaque droite, tandis que la coloration bronzée s’observe dans toute l'étendue du bas-ventre.
On ne constate pas non plus de tuméfaction au niveau de la fosse iliaque droite. Ce n'est qu'au-dessus de la crête iliaque droite qu'on constate une voussure. Pour bien voir cette voussure il est nécessaire de faire coucher la malade sur le côté gauche.On constate alors que la voussure en question est large comme environ la paume de la main et se termine insensiblement en haut du côté de la région lombaire.
Le membre inférieur malade est fléchi à environ 45 de-
grés sur le bassin, il est de plus dans la flexion avec rotation externe.
Palpation.— Au niveau de la voussure, la moindre pression détermine une douleur extréme et il est impossible de rechercher les fluctuations. La pression est également très douloureuse au niveau de la fosse iliaque droite qui n’est cependant pas tuméfiée. Au-dessous de l’arcade de Fallope la palpation est encore douloureuse sur le trajet du psoas, mais ici la douleur est supportable.
Organes génitaux. — Le toucher permet de constater que l'utérus n’est pas encore complètement revenu sur luüi-
DR re
même; mais qu'il n’est nullement douloureux et qu’il est en position normale. La malade n’a d’ailleurs pas de pertes.
Les annexes sont parfaitement normales.
Appareilurinaire. — Urines en quantité normale; légèrement albumineuses.
Appareil digestif. — Depuis une dizaine de jours, la malade n’a plus de vomissements ; mais elle a toujours par moments des débâcles diarrhéiques.
Rien aux poumons.
Rien au cœur. À
Le pouls est à 130; très petit, mais régulier La température, le 10 mars au soir est de 3895.
M. le professeur Le Dentu diagnostique une psoite absolument typique.
Opération le vendredi 11 mars après une clinique sur les psoites.
La malade étant anesthésiée à l’éther, M. le professeur Le Dentu fait une première incision de 7 à 8 centimètres parallèle au bord antérieur de l’os coxal à deux centimètres en dedans de ce bord. Aussitôt le fascia transversal incisé il s'écoule une grande quantité de pus qu'on peut évaluer certainement à plus d’un demi-litre,
On fait une deuxième incision en arrière; au niveau de la partie postérieure de la crête iliaque parallèlement à elle et environ à un ou deux centimètres au-dessus d’elle. Cette seconde incision mesure également sept à huit centimètres.
La poche purulente est soigneusement drainée avec deux gros lubes de caoutchouc, dont l'un passe par les deux orifices et dont l’autre sort seulement par l’orifice inférieur .
On fait un pansement légèrement compressif à la gaze odofornis et la malade étant toujours anesthésiée, on
hi
étend doucement mais complètement le membre inférieur malade sur le bassin. La malade est alors reportée sur son lit et on applique sur le membre droit l’appareil à extension continue du professeur Lannelongue.
Soir. — Température : 3705 ; pouls 108.
13 mars. Premier pansement. La malade n’a pas eu de fièvre. La plaie a beaucoup coulé, mais a bel aspect.
Le 15. Deuxième pansement. La plaie coule toujours beaucoup. Pas de fièvre. La malade désormais fléchit et étend elle-même facilement sa cuisse droite sur son bassin.
Ce n’est qu’à la fin de mars que l’écoulement purulent tend àse tarir.
Le 2 avril on enlève le drain qui réunit les deux orifices supérieur et inférieur. L’orifice supérieur est alors seulement drainé avec une mèche de gaze iodoformée.
Le 5. On enlève le second drain.
Le 10. La plaie supérieure est complètement fermée: mais on est obligé de la toucher au nitrate d’argent pour détruire les bourgeons exubérants.
Le 18. La plaie inférieure est complètement fermée.
La malade part à la fin du mois d'avril complètement guérie. Elle se plaignait seulement d'un peu de faiblesse du côté de son membre droit.
OBSERVATION II (Personnelle).
Psoîte non diagnostiquée opérée pour un phlegmon périnéphrélique. — Guérison.
La nommée Eugénie L..., âgée de 18 ans, couturière; est envoyée le 1e août 1898 à l’hôpital Necker, salle Lenoir, lit n° 18, avec le diagnostic d’abcès périnéphrétique.