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CHAPITRE I

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DE LA PSOÎTE

La psoïte était considérée autrefois, et surtout par les médecins militaires, comme une maladie relativement fréquente. Cela provenait de ce qu’on confondait alors avec elle différentes affections du voisinage; telles que l’ostéomyélite du bassin ou des dernières lombaires, l’appendieite, le phlegmon du ligament large, etc. C’est ainsi qu’il nous a semblé qu'un bon tiers au moins des observations de psoite réunis par Marcano dans sa thèse (1) étaient très discutables au point de vue du diagnostic. Lui-même d’ailleurs l'avoue à différentes reprises au cours de son travail.

Aujourd’hui, au contraire, les différentes affections de la fosse iliaque et du bassin étant bien connues et bien déterminées, la psoïte est considérée comme très rare. Certains auteurs actuels vont même jusqu’à la nier, mais bien à tort selon nous; car il est évidemment impossible de refuser au muscle psoas la possibilité de s’enflammer et de suppurer comme les autres muscles. D'ailleurs la littérature médicale moderne possède quelques observations très nettes, indiscutables de psoîïtes,

(RP TAPANSNre

et nous-même nous signalerons tout à l’heure au cours de notre travail, quatre cas de psoïte pour lesquels le diagnostic ne saurait être mis en doute, puisque dans chacun de ces cas il a été rendu évident aux yeux de tous les assistants par l’intervention.

Au point de vue étiologique nous avons successivement à envisager ici :

des causes prédisposantes, des causes occasionnelles, des causes déterminantes.

Causes prédisposantes. — La psoite est particulièrement fréquente dans le sexe masculin. Cela vient probablement de Ce que la nature de ses travaux expose davantage l’homme aux fatiques et aux traumatismes qui ont une assez grande influence sur le développement de la psoïte. Les gens qui exercent des professions pénibles; tels que les frotteurs, les hommes de peine, les militaires, les chargeurs des Halles, etc., sont particulièrement exposés.

L'âge joue également un grand rôle parmi les: causes prédisposantes de la psoïte. C’est en effet surtout de 25 à 35 ans, période pendant laquelle l’activité humaine est particulièrement grande, que se développe l'affection qui nous intéresse. Celle-ci ne fait cependant pas défaut aux âges extrêmes de la vie; et dans une observation que nous citerons tout à l'heure et que nous avons empruntée à la thèse de Condamin ; le malade opéré était âgé de 67 ans.

Les états diathésiques tels que la syphilis, le rhuma-

tisme chronique, le diabète, etc., et les maladies antérieurés, jouent ici comme dans les autres états infectieux un grand rôle en préparant un terrain favorable à l'invasion microbienne.

Ajoutons enfin que le muscle psoas est particulièrement exposé à l’inflammation pour deux grandes raisons : d’abord à cause de sa texture extrêmement délicate; ensuite à cause des mouvements incessants et souvent violents et brusques dont il est Le siège.

Causes occasionnelles. — Les causes à l’occasion desquelles peut se développer la psoïte sont très nombreuses et très différentes. Vincent, de Lyon, à ce sujet distingue dans son article du Dictionnaire Dechambre, 6 catégories de psoites : : |

1° Les psoites traumatiques plus ou moins infectieuses ;

2 Les psoïtes puerpérales;

3° Les psoïtes infectieuses, franches, spontanées ou sans trauma notable : ce sont les vraies psoites ;

4° Les psoïtes secondaires à une inflammation pelvienne, à une ostéite du bassin, à une carie vertébrale, à une cellulite sous aponévrotique, par propagation d’une affection des reins, de la prostate, etc. ;

0° Des psoïtes rhumatismales douteuses;

6° Des psoïtes syphilitiques et scrofuleuses.

Pour nous ces différentes catégories peuvent être en définitive réduites à 8, savoir :

1° Les psoïtes consécutives à une affection du voisinage ;

2 Les psoïtes complications de maladies générales infectieuses ;

3æ Les psoïtes traumatiques.

1° Psoites par propagation d'une inflammation du voisinage .

Le muscle psoas iliaque peut être envahi par toutes les suppurations qui se développent autour de lui, quelle que soit leurorigine : ostéomyélite de l’os iliaque ou des vertèbreslombaires, abcès iliaque superficiel, appendicite abcès périnéphritique, phlegmon iliaque, etc. Dans tous ces cas le tissu cellulaire qui enveloppe le muscle est d’abord envahi, de telle sorte qu’il y a péripsoïtis avant psoitis véritables.

Ajoutons que le fascia iliaca, comme nous le verrons tout à l’heure à propos de l’anatomie pathologique ne se laisse pas traverser partout aussi facilement. A la partie supérieure, par exemple, les suppuration du voisinage le pénètrent facilement par ulcérations, tandis qu’à la partie inférieure au contraire, le fascia iliaca, épais, oppose au pus une barrière presque infranchissable. Aussi doit-on admettre qu’à ce niveau « la gaine du muscle est envahie par propagation progressive de l'infection et non par ulcération. Dans certaines ostéomyélites de los iliaque, au contraire, l’effusion du pus par ulcération du périoste se fait directemont dans le muscle iliaque, et sans doute un certain nombre d'observations de psoïtes à évolution rapide et très graves chez certains jeunes

sujets doivent être rapportées à des ostéomyélites de la fosse iliaque », (1)

2% Psoites consécutives aux maladies générales infeclieuses.

Toutes les maladies infectieuses peuvent provoquer la suppuration du psoas ; l'infection purulente, la fièvre typhoïde, la variole, ete. Abel a noté la succession d’un panaris, d’un abcès du psoas et d’un hydrothorax. Nous relaterons tout à l’heure une observation de Pantelakis, dans laquelle une psoïte et une péricardite suppurées ont compliqué une cachexie palustre.

Mais de toutes les maladies infectieuses, c'est assurément la septicémie puerpérale qui occupe de beaucoup le 1" rang dans l’étiologie de le psoïte. Marcano dans sa thèse fait jouer un rôle capital aux différents et multiples traumatismes qui peuvent se produire au moment de l’accou*hement, et prétend ainsi expliquer la fréquence de la psoïte puerpérale. Quant à nous, nous ne partageons nullemeut cette manière de voir, et si nous admettons que dans un certain nombre de cas un traumatisme antérieur a pu à la rigueur prédisposer le sujet à une psoite, nous n'enconsidérons pas moins la psoite puerpérale comme une psoïte infectieuse, type déterminé par la pénétration d’un agent pathogène dans le

muscle psoas iliaque.

En ce qui concerne le rhumatisme, il est assez bizarre de voir cette maladie qui a généralement si peu de tendance à la suppuration être parfois la cause d’un abcès

(4) Th,, chirurgie Duplay et Reclus (t, II, page 425),

Tu

. du psoas iliaque. Le fait est rare, mais ila cependant été observé par Gendron au 24e jour d’un rhumatisme articulaire généralisé, et aussi par Withmoreet de la Motte.

3° Psoites traumatiques.

Sous ce nom, Marcano désigne dans sathèse toute une catégorie de psoites déterminées uniquement par des traumatismes quelconques. Pour Marcano, le traumatisme joue le grand rôle, l'infection ne compte pas.

Tout autre est notre conception des psoites traumatiques. Il est en effet bien démontré aujourd’hui que ces psoites sont encore avant tout des infections du muscles psoas, mais des infections préparées par un traumatisme.

Existe-t-il des infections primitives du muscle psoas, survenant en dehors de tout traumatisne? Un grand nombre d’auteurs le prétendent. Toutefois parmi les nombreuses observations que nous avons lues, nous n’en avons pas trouvé une seule qui permit de soutenir cette hypothèse. Toujours nous avons trouvé dans les antécédents du malade soit un traumatisme, si léger qu’il soit, soit un effort.

Jusqu'à plus ample informé, nous admettrons donc que si ies psoites traumatiques sont avant tout des psoïtes infectieuses primitives, en revanche ces psoites infectieuses sont toujours préparées par un traumatisme quelconque.

Voyons maintenant comment agit le traumatisme ?

Tantôt il est direct, et dans ce cas il y a ou il n’y a pes pénétration. Quand il y à plaie pénétrante, la patho-

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