HISTORIQUE
Nous ne reprendrons pas l'historique de la pyélonéphrite survenant au cours de la gestation dont la première description est due à Raver (1841). Mais nous essaierons de montrer après quelle évolution des idées cliniques, pathogéniques et nosologiques a pu être isolée récemment la forme clinique de Pyélonéphrite dite « gravido-toxique ».
[9 EvoLurIoN DES IDÉES CLINIQUES. — Quand RayEr étudiait « les rapports de la pyélite avec les affections des organes de la génération », 1l entrevoyait l’influence de la gestation sur les infections des voies urinaires supérieures. Sa description est celle d’une atteinge de pyélonéphrite typique avec le début brusque, l’ascension thermique élevée avec frissons, Poligurie avec urines troubles, suivi de phase d'amélioration et d’aggravation, correspondant à ce qu’on a su depuis être des alternatives de rétention et de débâcle pyélique.
En 1892, ResrauD montre qu’il peut exister plusieurs formes de pyélonéphrite, et il insiste sur le polymorphisme des réactions cliniques de ces infections et de leur évolution. M. Caruaza, en 1904, dans sa thèse classique, insiste sur la phase de début ; et il distingue la phase présuppurative décrite par M. Bar, et la phase suppurative ; il met également en valeur l'importance des infections surajoutées. La même année, dans son rapport au Congrès de Rouen, M. Lecueu étudie les différents aspects cliniques que peut revêtir la pyélonéphrite au cours de la gestation.
Poe
Bref, ‘la conception elinique de la pyélonéphrite n’a guère varié pendant une soixantaine d'années. Puis différents auteurs, depuis Reblaud, ont montré la variété d’aspects cliniques qu’elle peut revêtir : BALATRE, CHAMPETIER DE Rises (Thèse de Brépier, 1902), puis Warricn (Thèse de TuéBauLrr, 1907), étudièrent les formes latentes. Grâce à introduction dans la pratique courante du cathétérisme urétéral, et à l'intervention des urologues (ArBarran (1898), Mariox), on isola les formes fébriles avec rétention.
Puis on décrivit des formes fébriles prolongées avec évolution septicémique, et des formes graves par l'existence :
soit de suppuration rénale ou périrénale :
— pyonéphrose, — abcès miliaires du rein (JEANNIN et CATHALA), — phlegmon périnéphrétique ;
soit d’altération, suppurée ou non, du parenchyme rénal ;
soit d’autres localisation multiples de l'infection : cholécystite, appendicite, pleurésie.
Plus récemment, on a insisté sur l’existence de formes bâtardes, conditionnées souvent par une tuberculose ou une lithiase rénale, ou par une sténose du collet de l’uretère ; et la gravité de ces formes associées a été révélée.
Enfin, en 1933, M. FruniNsnozz a isolé une forme grave, non pas du fait de l'intensité de l’atteinte infectieuses ou, de l'association avec d’autres lésions de l’arbre urinaire, mais du fait de la coexistence d’un trouble de l’organisme tout entier, avec prédominance de l’altération fonctionnelle sur le foie et sur le rein, se caractérisant cliniquement par des symptômes rappelant ceux de la toxémie gravidique. Pour bien montrer le rapprochement qu'il faisait entre l'infection urinaire et les symptômes dits toxiques, il a proposé pour ces formes le nom de Pyélonéphrite « gravidotoxique ».
RAT LME
II. EvocuTioN DES IDÉES PATHOGÉNIQUES. — La pyélonéphrite était considérée, autrefois, comme une infection purement urinaire. Kiess (1868), CramBertain (1877) admettaient que l'infection de luretère, du bassinet et du rein se fait par vote ascendante.
Mais Regraun, en 1892, émet l’hypothèse que l'intestin est la grande source de ces infections, que le colibacille parti de lintestin arrive au rein par voie sanguine et se fixe dans les voies urinaires grâce à la compression mécanique de l’uretère par l'utérus gravide. Il appliquait ainsi aux pyélonéphrites la théorie de l’infection par vote descendante, dont AzBarRrAN en 1891 avait montré la fréquence générale dans les infections rénales.
Reprenant et élargissant cette notion, M. Bar en 1904 a montré :
19 que « l’infection des uretères », la pyélite propre à la grossesse est fonction de la colibacullose gravidique, dont elle n’est qu’une des localisations, au même titre qu’une appendicite, une cholécystite, une hépatique aiguë ou même une pleurésie.
29 que la pyélonéphrite suppurée n’est qu’une des phases de l'infection urinaire gravidique, et qu’elle est précédée en particulier d’une phase présuppurative.
Puis la pratique de l’hémoculture a permis à Wipaz et BénaRrD (1912) puis à Acxarp et Sainr-Girons d’apporter la preuve irréfutable de l'infection sanguine qui semble être à l’origine de la plupart des pyélonéphrites apparaissant au cours de la gestation.
Enfin, plus récemment, Herrz-Boyer a synthétisé les caractères cliniques de ce mode d’infection, en dehors de la gestation, sous le nom de syndrome entéro-rénal.
Ainsi la conception pathogénique de la pyélonéphrite s’est trouvée modifiée : d’une infection purement urinaire,
on est venu à la considérer comme une localisation urinaire d’une infection générale.