OBSERVATION. IV
Mme I... Primigeste, âgée de 2! ans, entre à la Clinique Baudelocque le 31 janvier 1933 pour une gestation de 5 mois 1/2 compliquée de douleurs lombaires, fièvre à 399 et urines troubles.
Antécédents héréditaires : Père, âgé de 50 ans, suspect de bawïllose pulmonaire, Mère bien portante (45 ans).
Deux collatéraux bien portants. Une sœur morte en bas-âge, de méningite tuberculeuse (?)
Antécédents personnels : Premiers pas à 23 mois. Nourrte au sem. Réglée à 14 ans. Règles régulières, douloureuses, durant huit jours.
La malade aurait eu, dans son enfance, des aeeès de céphalée frontale intense, avec vomissements, fièvre élevée, mais sans raideur de la nuque, accès se reproduisant à mtervalles irréguhers, mais espacés (tous les 8 mois environ). [Il n’a jamais été pratiqué de ponetion lombaure.
À l’âge de 17 ans, ictère prolongé ; à 19 ans, nouvel tctère, mais de courte durée.
PREMIÈRE GESFATION ACTUELLE : dernières règles, du 25 au 30 juillet 1932. Proeréateur : 24 ans, bien portant.
Au cours des trois premiers mois. de la gestation, vomissements muqueux le matin. Pendant une quimzaine de jours, vomissements alimentaires, parfois au cours du repas, plus souvent après, qui diminuent de fréquence dans les semaines suivantes et n’entraînent aueun amaigrissement.
La femme est réguhèrement suivie à la consultation ; à chaque examen, les urines sont normales. La réaction de Hecht æ négative.
Le 21 janvier 1933 : Brusquement la malade est prise de deux
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syncopes, survenues sans cause apparente, la première au moment du lever, le deuxième peu après, mais de plus courte durée.
Elle ne présente pas d’autres troubles dans les 48 heures suivantes.
Le 23 janvier : Dans la nuit apparaissent des douleurs lombaires, bilatérales, aussi vives à gauche qu’à droite; avec irradiations vers les grandes lèvres. En même temps, surviennent des frissons de courte durée. La température n’a pas été prise, Pollakiurie.
Le 214 et 25 janvier : Les douleurs lombaires persistent, la fièvre est élevée.
La malade remarque que ses urines sont abondantes et troubles. Un médecin consulté, la met à la diète hydrique, puis l'envoie à la Clinique Baudelocque où elle est admise le 31 janvier.
Examen à l'entrée. — La malade accuse des douleurs spontanées dans la région lombaire droite à irradiation descendante vers les cuisses, douleurs assez vives pour entraîner l’insomnie.
Elle se plaint de céphalée. L’anorexie est complète. Vomissements bilieux répétés. La température est à 40°, le pouls à 124. On constate l’existence de subictère des téguments et des muqueuses. Au niveau de la conjonctive bulbaire, hémorragies sous-conjonctivales apparues récemment, plus développées à droite.
Pétéchies sur l’abdomen.
La douleur est vive à la pression du point costo-vertébral droit et des points urétéraux supérieur, moyen et inférieur (par le toucher vaginal) du même côté. Après une chute passagère à 370 Le 2 février, à la suite d’une distension vésicale, la température s’élève ensuite progressivement et oscille chaque jour entre 370 et 40° du 7 au 12 février. Le pouls varie de 90 à 130.
L’urée sanguine est à 0,65. Temps de saignement : 2 minutes 30 secondes. Temps de coagulation : 8 minutes 30 secondes. La diurèse varie peu, entre 500 cc. et 750 cc. Ë
Les urines sont purulentes et contiennent des colibacilles en abondance.
La langue est humide, saburrale. [l n’y à pas de constipation. Le foie n’est pas augmenté de volume.
Les poumons sont normaux. La T. À. {Vaquez) est à 10/6.
Traitement : régime, théobromine, collargol, distensions vésicales
(2, 8, 10, 18 février).
Du 8 au 12 février : Pendant cette période de fièvre à grandes oscillations, les vomissements persistent, abondants et fréquents, survenant après chaque tentative d'absorption de liquide; 1ls sont quotidiens. Pendant une seule journée, le 11 février, la malade n’a pas von.
Les douleurs lombaires, au contraire, diminuent d'intensité. La malade refuse absolument de s’alimenter, et on n'arrive à lui faire boire que difficilement de l’eau lactosée.
Le subistère persiste, mais il varie d’intensité d’un jour à l’autre.
Il existe une oligurie persistante (750 ec. en movenne) : les urines sont troubles, fétides et contiennent toujours de nombreux colibacilles.
L’urée et les chlorures urinaires sont diminués.
A l’examen des régions lombaires, on ne perçoit pas de tuméfaction rénale, mais 1l existe du côté droit un certain degré de contracture des muscles de la masse sacro-lombaire et des muscles abdominaux, À
Le 11 février, apparaît un érythème prurigineux localisé à la face externe des membres supérieurs et inférieurs du côté droit.
Les hémorragies sous-conjonctivales sont en voie de disparition complète. |
Un séro-diagnostic est négatif pour le bacille typhiquesle para A et le para B.
Du 13 au 25 jévrier : Les oscillations thermiques s’amendént, la température oscille d’abord entre 370 et 399 du 13 au 17 février, puis tombe à la normale ; 1l existe même de l’hypothermie pendant 3 Jours. Le pouls suit assez régulièrement la courbe thermique, descendant à 70-80 quand la température est revenue à la normale. Mais la diurèse ne se rétablit pas ; après une amélioration passagère le 17 et le 18 février (1.250 gr.) l’oligurie persiste et s'aggrave, et la quantité .d’urines, foncées, émises en 24 heures atteint à peine 00 ce. en moyenne (250 cc. le 23 février). Les urines contiennent de l’albumine, des pigments et des sels biliaires, de l’urobiline en quantité abondante et des traces d’acétone.
L’urée sanguine est à 0,30 le 13 février et à 0,37 le 2 février.
Cependant, l’état général paraît s’améliorer : le subictère, après quelques variations, rétrocède et a disparu le 23 février. La langue est propre et humide, le facies est meilleur, le teint plus coloré, la
malade absorbe plus facilement les liquides, mais l’anorexie est toujours complète.
Les douleurs lombaires spontanées ont disparu complètement ; à l'examen, on ne trouve plus de point douloureux costo-vertébral, mais seulement une douleur aux points urétéraux moven et inférieur du côté droit.
Depuis le 17 février est instituée une vacecinothérapie anticolibacillaire per os (vaccin de Fisch).
La gestation continue à évoluer normalement, HU. — 23. L'utérus est développé comme dans une gestation de 6 mois 1/2. On ne perçoit encore ni battements du cœur, ni mouvements actifs.
L'amélioration est suffisamment nette pour permettre au professeur Couvelaire de présenter la malade à sa leçon clinique du 2% février, et de conclure à la prédominance des manifestations hépatique: sur les manifestations urétéro-pyéliques — paraissant en voie d’améhoration — de cette infection colibacillaire.
Après un vomissement bilieux survenu dans la nuit du 25 février, la fièvre reprend le 26 février (39°) et on constate une récidive de l'ictère, plus marqué que le subictère du début. En même temps, la palpation de l’hypochondre droit est douloureuse, mais le bord inférieur du foie ne paraît pas déborder le rebord costal.
La malade se plaint aussi d’une reprise de vives douleurs dans la région lombaire droite.
Les urines sont rares (250 cc. le 28 février) et foncées, et elles contiennent des pigments biliaires, de l’urobiline en abondance et de l’acétone. La T. A. est à 11/7.
Au bout de 3 jours (le 28 février) la température revient à la normale, mais l’ictère et les vomissements persistent, vomissements bilieux surtout nocturnes.
La malade est fatiguée et somnolente.
La numération globulaire montre (28 février) :
Hémoglobine 80 %,.
L’hémolyse ne se produit dans aucun tube, ni dans la première, ni dans la deuxième série. La résistance globulaire paraît donc augmentée.
A partir du 6 mars, l’ictère a tendance à s’atténuer, et il disparaît