RÔLE DES TOXINES DU COLIBACILLE
Le colibacille est peu: virulent ordinairement, mais peut le devenir soit sous certaines influences (déchéanee vitale des tissus avec lesquels il est en contact), soit par l’assoera-
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tion avec d’autres microbes plus virulents. H. VINCENT a montré que tous les colibacilles, à quelque race qu’ils appartiennent, possèdent la propriété commune et caractéristique de fabriquer, des toxines identiques, la seule différence entre les diverses races de colibacilles résidant dans la variabilité de l'indice toxique, c’est-à-dire dans la plus ou moins grande quantité de ces poisons, les uns étant très toxiques, les autres l’étant moins.
Cette propriété de fabriquer certaines toxines serait même le meilleur critère d'identification des cohbaclles, les caractères morphologiques et culturaux n’ayant pour H. VIXCENT pas grande valeur pour différencier les colibacilles et les paracolibacilles des microbes voisins.
Renversant les idées admises, H. VINCENT a prouvé que la toxine colibacillaire n’est pas une, mais qu’elle résulte du mélange de deux toxines différentes. | Les cultures en bouillon de B. coli d’origine urinaire, filtrées et injectées au lapin — animal de choix pour cette étude — amènent sa mort :
—— tantôt à la suite d’une paralysie débutant par les membres postérieurs, gagnant ensuite les membres antérieurs, enfin les muscles innervés par les centres bulbaires ;
— tantôt à la suite d’une entérite aiguë accompagnée de . cachexie ;
— tantôt enfin avec des symptômes qui participent de ces deux formes morbides. :
Les lésions d’autopsie sont celles d’une myélite aiguë avec dégénérescence des cellules des cornes antérieures et postérieures de la moëlle et amyotrophie intense.
Ou bien, on trouvera des lésions considérables de l’intestin grêle, qui est fortement injecté, contenant un liquide glaireux, sanglant ou rosé, dans lequel le microscope montre de vastes placards épithéliaux de desquamation.
Ces symptômes et ces lésions sont conditionnés par deux - toxines différentes
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19 L’exototine, qu'on rencontre plus particulièrement dans les cultures jeunes (de 23 heures à 5 jours).
Elle est thermolabile : résistant à une température de 580 prolongée pendant une heure, elle est détruite au voisinage de "750.
Son action se porte électivement sur le système nerveux central : cerveau chez le cobaye qui meurt dans là stupeur, moëlle épinière et bulbe chez le lapin.
Ces symptômes apparaissent souvent 7 heures après l’injection intraveineuse chez le lapin, mais lorsque la toxine est moins active, la paraplégie, puis la quadraplégie surviennent du 4€ au 8€ jour, parfois même après trois semaines- L'évolution en est généralement fatale. Certains animaux cependant présentent une contracture tétanique, en opisthotonos de la colonne vertébrale dont ils guérissent.
L'action de lexotoxine est donc neurotrope.
20 L’endotoxine est observée surtout dans les cultures vieilles, de 15 à 20 jours, alcalines (p H. < 10) et par conséquent favorisant la lyse microbienne.
Elle est thermostabile : elle résiste à une température de 900, elle n’est détruite qu’à 950-980. On l’isole par chauffage à 90° pendant une heure du filtrat de culture en bouillon.
Son action est particulièrement nocive sur l’estomac (suffusions sanguines) et sur l’intestin. Ses effets rappellent à la fois ceux de la dysenterie et du choléra. Elle est entérotrope et hépatotrope.
D'autre part, l’immunisation de lPanimal contre l’endotoxine ne le protège pas contre l’exotoxine.
« Les deux toxines présentent done, au point de vue physique, biologique et immunigène des caractères entièrement différents ».
Telles sont les deux toxines isolées et décrites par H. Vix- -cenr : cette dualité a été confirmée récemment par Werx- BERG.
19 Le rôle de l’exotoxine neurotrope. — Le rôle de lexo-
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toxine neurotrope dans la détermination des myélites, dans l'atteinte bulbaire, dans la production d’accidents nerveux expérimentaux comme le coma, et même d’amyotrophiesou de paralysies ascendantes plus tardives a été confirmée par plusieurs auteurs :
Craune, Baruk et Foresrier ont établi cliniquement l'existence de véritables démences précoces d’origine colbaaillaire. .
Expérimentalement, Barux a pu reproduire le syndrome psychomoteur catatonique grâce à une intoxication modérée chez le chat, le pigeon, le cobaye, par injection sous-cutanée d’exotine relativement atténuée. Il conclut « que la toxime cohibacillaire neurotrope peut déterminer chez l’animal tous les signes de la catatonie et même réaliser remarquablement certains symptômes tels que le négativisme ét les stéréotypies ».
Baruk à cherché ensuite a préciser la nature de cette action toxique sur le système nerveux par des expériences sur des mammifères, des oiseaux, des batraeciens ; des reptiles et des poissons.
La catatonie expérimentale eolibacillaire est surtout nette chez les animaux dont le système nerveux est élevé en organisation. Son mécanisme paraît résider dans une action somnolente spéciale, contrairement à la bulbocarpine, poison tétanisant et réalisant des décharges musculaires, la toxine cohbacillaire provoque dans toute la série animale un engourdissement prédominant, mais cet engourdissement s'accompagne même chez les animaux inférieurs de réactions psychiques particulières : agitation, réactions émotives et agressives.
Envisageant le rôle du terrain, Baruk a montré que le cobaye tubereuleux était plus sensible à l’action de l’exotoxime colibagillaire neurotrope : des doses de cette toxine ne déterminant chez le cobaye normal que des accidents nerveux passagers (sommeil, catalepsie) ou même restant
chez ces animaux inactives, ont provoqué la mort rapide du cobaye tuberculeux.
Cliniquement, le rôle du colibacille dans la détermination de certaines psychoses a été signalé par plusieurs urologues : LerouTre notamment en a publié deux belles observations, dont l’une concerne une « psychose infectieuse survenue à la suite d’une pyélonéphrite grave de la grossesse », ayant résisté au cathétérisme urétéral avec lavages du bassinet.; l'infection urinaire a persisté après l'accouchement prématuré spontané, survenu à 5 mois, qui cependant a été suivi d’une chute immédiate de la température. La psychose a continué à évoluer pour son propre compte, malgré toute la thérapeutique, avec des phases d’aggravation, et, plus de 6 mois après l'accouchement, aucune tendance à l’amélioration ne s’était produite.
Tout récemment encore, au premuer Congrès de Thérapeutique, Barux a fait une étude clinique synthétique des psychoses cohbacillaires. Elles se manifestent sous la forme soit d'états mélancoliques et dépressifs, soit d’état confusionnels et oniriques. L’un des symptômes les plus importants de la phase prodromique consiste dans la somnolence, la torpeur. D’auire part, il est frappant de voir le parallélisme existant entre les poussées cohibacillaires et les phénomènes de psychose. Les conditions étiologiques de leur apparition sont variées, mais la plus fréquente, semble-t-il, est. « la pyélonéphrite survenant sur un terrain préparé ». La gestation ne réalise-t-elle pas au mieux cette préparation du terrain ?
Par ailleurs, l'existence de sommeil pathologique expérimental chez. l'animal. provoqué. par l’exotoxine neurotrope ne mérite-t-elle pas d’être rapprochée de l'importance du sommeil pathologique et: des manifestations oniriques dans les psychoses: colibacillaires ?
Ces. constatations expérimentales. et cliniques permettent peut-être d'expliquer les symptômes d'ordre nerveux et
psychique qu’on peut rencontrer au cours des formes toxiques de la pyélonéphrite gravidique.
20 Le rôle de l’endotoxine entérotrope et hépatotrope.
Il est logique de penser qu'il en est de même pour l’endotoxine entérotrope et hépatotrope. ViNCENT a constaté expérimentalement l'existence de lésions de l’estomac et de l’intestin grêle, caractérisées essentiellement par des suffusions sanguines et par l’existence d’un liquide glaireux sanglant ou rosé, contenant de vastes placards épithéliaux de desquamation.
Cliniquement, les manifestations de la « colibacillose » en général ne sont-elles pas à prédominances intestinales ?
On connaît bien la fréquence des lésions hépatiques et vésiculaires au cours de toute infection cohbacillaire. D'une manière plus précise, on pourrait expliquer l’existence de symptômes d'insuffisance hépatique au cours des formes gravido-toxiques de la pyélonéphrite par l’action de lPendotoxine de cohbacille. Mais ici nous ne possédons aucune donnée expérimentale où anatomique qui permette d’étayer cette hypothèse.
39 Un autre point nus en lumière par les recherches de H. Vixcenr est la réceptivité locale et persistante de l'appareil réno-vésical pour le colibacille. ;
Il admet l’origine sanguine de l'élimination urinaire du cohbaaille. Celle-ci succède à une phase de septicémie eolibacillare transitoire, tantôt bruyante, tantôt latente, mais laisse après elle une infection rénale et vésicale, avec ou sans pyurie : la colibacillose urinaire peut ainsi persister pendant très longtemps.
Il'existe done un contraste remarquable entre l’immunité générale qui suit la guérison des accidents infectieux et la réceptivité locale et persistante de l’appareil réno-vésical. « Certains départements de l’organisme sont donc exclus de la protection assurée aux autres organes. Le’‘sang s’est débarrassé du microbe, mais celui-ci a élu domicile avec prédi-
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lection dans la substance du rein, dans les calices et les bassinets, enfin dans la vessie. Cette persistance est d’autant plus anormale, en apparence, que la multiplication continue et abondante du colibacille dans le rein, avec production fréquente de petits abeès, devrait produire les effets d’une véritable vaccination.
FH. VixGENT a pu expliquer que ce contraste en montrant expérimentalement que chez les animaux immunisés activement contre le colibacille, l’anticorps spécifique ne subit dans l’urine qu'un court passage pendant lequel il n'existe qu'en proportion minime, alors qu’il existe en abondance dans le sane.
B. — PYÉLONÉPHRITE BANALE COMPLIQUÉE DE SYNDROMES GRAVES CONDITIONNÉS PAR L'ÉTAT DE GESTATION.
Cette conception de la pyélonéphrite dite gravido-toxique cadrerait mieux avec les faits cliniques observés.
En effet, dans les observations publiées, et dans celles que nous rapportons, l'infection pyélo-rénale n’a Jamais présenté de caractères de gravité exceptionnels par ellemême. Jamais on n'a observé, dans ces cas, de rétention pyélique importante, ni persistante, ni de suppuration rénale réalisant une pyonéphrose. La courbe thermique n’a que bien rarement présenté de grandes oscillations, où une élévation en plateau, qui aurait caractérisé une infection sévère, ou même une infection généralisée à type septicémique.
Ce qui a fait la gravité de ces cas, ce n’est pas tant l’intensité de l’infection pyélo-urétérale, que l’altération profonde de l’état général, et l’atteinte hépatique ou rénale, ou lexistence de vomissements graves, ou encore de symptômes nerveux. En somme, les éléments de gravité sont essentiellement d’ordre général, et paraissent liés à l’état de gestation.
Enfin, la dissociation du syndrome —- observée après l'évacuation de l'utérus gravide — avec la persistance des
signes urinaires contrastant avec la disparition des symptômes dits toxiques et l’amélioration rapide des troubles fonctionnels du foie et du rein — fournit un autre argument en faveur de cette conception.
En même temps que l’état gravidique disparaît, les éléments de gravité s’atténuent rapidement et disparaissent bientôt, sans laisser de traces ; seule, l’infection pyélo-rénale persiste quelque temps, mais revêt un aspect tout à fait banal.
Est-1l possible de préciser certains caractères de cet état gravidique particulier, grâce auquel se développent les accidents ? Autrement dit, peut-on mettre en évidence, grâce à des tests biologiques, un certain degré d'insuffisance hépatique ou d’insuflisance rénale chez ces malades.
a) ATTEINTE HÉPATIQUE
On sait que la femme enceinte normale est une cholémique. Cet état de cholémie gravidique se traduit classiquement par le prurigo, des pigmentations diverses et l’aceroissement du soufre neutre dans l’urine (Cournaup et Croce).
S1 un trouble quelconque apparaît, infection ou intoxication, cet état cholémique s’accentue, et on voit apparaître de l'ictère avec tous les signes classiques de l’ictère catarrhal peuvant aller jusqu’à lictère grave, dernier terme de l’insuffisance hépatique.
D'où lintérêt d'apprécier la valeur fonctionnelle du foie par différentes épreuves telles que l’hémoclasie digestive (thèse de PowiLewrcz), la glycuronurie provoquée et accesscirement par la recherche de la toxicité urinaire et du rythme intermittent des éliminations rénales, observé dans les cas d'insuffisance hépatique.
Nous avons appliqué dans une de nos observations la méthode de la galactosurie provoquée récemment préconisée par M. KressinGer, M. Cniray et leur élève Tarépaurr.
D’après TnréBsauzr, le galactose est éliminé normalement à une concentration inférieure à 1 ‘/,. Il faut étudier l’élimination dans les urines émises dans les 24 heures qui suivent Pabsorption de galaetose en étudiant séparément lés échantions des deux premières heures, des deux heures suivantes, des six heures suivantes, et enfin des dernières quatorze heures.
Dans ees eonditions, l'augmentation considérable du taux de la concentration proximale et de la concentration globale semble révéler l’existence d’une hépatite, la quantité globale de sucre émise se tient alors entre 5 et 10 grammes. De plus, l’élimination prolongée par échelons paraît tenir aux lésions anciennes et chroniques du foie.
Chez notre malade, l'épreuve n’a pu être faite que le lendemain de l'interruption de la gestation, les tentatives précédentes d'absorption du galactose ayant été infructueuses, le malade rejetant toute alimentation solide et liquide.
L'épreuve, conduite selon la technique de M. Cniray, a donné les résultats suivants :
Echantillons Volume d'urine Quantité Concentration [0] 109 9,20 17,85 9,60
13,16 0 Jo0
Il y a donc une augmentation considérable de la concen-