OBSERVATIONS
Oss. I. — Forme fébrile franche.
(Observation du Dr Herscher).
Mme Le F1... Ernestine, âgée de 22 ans, enceinte de six mois, primipare. Dès le début de sa grossesse, constipation opiniâtre. Brusquement, le 5 novembre, douleurs aiguës et persistantes dans la région rénale droite, courbature, perte de l’appétit, frissons répétés, fièvre, céphalée violente, accablement.
À son arrivée dans le service, la malade est très fatiguée, présentant un faciès septicémique avec des symptômes de stupeur. Etat inquiétant, céphalée vive, température à 39°8, oligurie, urines foncées, très troubles, chargées de pus. La région lombaire est toujours très douloureuse.
Le lendemain, la température s'élève à 4o°. L'examen cyto-bactériologique de l'urine y décèle de nombreux globules de pus et une très grande abondance de colibacilles.
On lui fait, à partir du 14 novembre, une injection quotidienne de 4o cmc. de sérum anti-colibacillaire, sans aucun autre traitement. À ce moment, la température est à 4o0. Le surlendemain matin, chute thermique considérable à 36°, La température n'est plus le même soir que de 3708. Les jours suivants, la température se maintient définitivement normale, c'est-à-dire au voisinage immédiat de 390,
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«Sur ma demande, écrit le professeur Vincent, on fit à
cette femme, dans le service de M. le D' Marion, un lavage du bassinet et de la vessie. Je conseillais, en outre, à la malade, d'adopter dorénavant pour le repos au litet pour la nuit, la position demi-assise avec inclinaison sur le côté gauche afin de diminuer la compression du rein droit qui avait été si profondément infecté.
«La malade a suivi docilement ce conseil. Elle a accouché à la fin du mois de février dans le service de M. le D: Devraigne. Mon collègue a bien voulu m'informer que la parturiente est, depuis lors, demeurée complètement
guérie de la colibacillose qui avait failli l'emporter. »
Il s’agit là, d’un cas remarquable de guérison, très rapide et définitive, d’une forme grave de pyélonéphrite suppurée. Nous avons vu que la température est descendue de 400 à 36° en 48 heures et est demeurée normale. L’urine très purulente et très épaisse a commencé à s’éclaircir le quatrième jour. C'est à la demande du professeur Vincent, alors que la malade était déjà hors de danger, que l’on a fait des lavages du bassinet et de la vessie, au nitrate d'agent.
Grâce à la sérothérapie, la malade a guéri définitivement et a pu mener complètement à terme, sans aucun incident, sa grossesse. Cette guérison à été obtenue au sixième moiset s'est maintenue, alors que le facteur mécanique persistait. Après l’accouche ment, aucun accident infectieux colibacillaire ne survint.
O8s. Il — Forme fébrile franche.
(Observation du professeur Lepoutre).
Je suis consulé, le 3 mars 1927, pour une malade enceinte de cinq mois et qui fait, depuis quinze jours, des accidents fébriles graves, avec vomissements, pus dans les urines.
Les 3 et 5 mars, je fais un lavage du bassinet au nitrate d’argent, sans obtenir de modification de l'aspect des urines et de la température. Jajection de sérum anticolibacillaire de Vincent, les 9, 10, 11, 12, 14, 16, 18 et 20 mars. 20 cmc. à chaque injection. Chaque jour est pratiqué un lavage de la vessie au nitrate d'argent. La température tombe définitivement le 23 mars. Mais les urines restent purulentes et renferment des 'colibacilles, Un cathétérisme urétéral pratiqué le 4 mars démontre l’origine rénale de ce pus. Un lavage au nitrate d'argent est sans action.
La malade qui n'a plus de température rentre chez elle. L'accouchement a lieu à terme en juin, et les urines sont restées purulentes jusque-là, mais la fièvre n’a pas reparu. Après l'accouchement, tous les accidents ont cédé. J’ai revu la malade en septembre, les urines étaient limpides et leur
culture est demeurée stérile.
Nous pouvons noter, dans cette forme fébrile franche, que les lavages du bassinet seuls, sont restés sans action. Le sérum amène une chute de la température, définitive le neuvième jour, une sédation complète des signes généraux et permet à la malade de rentrer chez elle et de mener à bien,
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au cours des quatre mois qui lui restaient, sa grossesse. La pyurie et la colibacillurie persistent cependant jusqu'à la fin de la grossesse, mais disparais-
sent ensuite, sans complément de traitement.
O8s. (I. — Forme septicémique, toxique, avec ictère el anurie.
(Observation du Dr Chevassu).
Mme X..., 928 ans, enceinte de six mois. Atteinte d’une septicémie colibacillaire très intense, dans un état d’une extraordinaire gravité, compliquée de pyélonéphrite et anurie. Température montant jusqu'à Z19, ictère, purpura infectieux.
Envoyée pour interruption thérapeutique de la grossesse.
Le D' Chevassu s’y oppose, disant que l'avortement aurait tué non seulement l'enfant, mais la mère.
Sous l’action du sérum, les symptômes disparurent, la température revint à la normale en 36 heures. On pratiqua à deux ou trois reprises le cathétérisme de l’uretère bouché par le pus. Au quatrième jour, la malade pouvait se lever du lit pour voler une côtelette et la manger à l'insu du mé-
decin.
Quand la malade fut hors de danger, on fit des lavages au nitrate d'argent, Trois mois après, accouchement normal d’un enfant sain, sans rechute aucune d'infection par le
colibacille.
Guérison définitive donc, de cette forme septicémique très sévère, accompagnée de symptômes toxi-infectieux très inquiétants. Chute de la température en 36 heures, Guérison en 6 jours. Grâce au sérum, l'avortement thérapeutique a été évité, et ainsi ont été sauvés, et l'enfant et la mère. Notons l'association du cathétérisme de l’uretère.
Oss. IV.— Forme toxique avec intoxication gravidique, nécessitant l'interruption de la grossesse.
(Observation prise à la clinique Tarnier).
Mme G..., Rolande, 26 ans, Ve geste.
Dans ses antécédents, on note des angines à répétition, une sinusite en 1931.
Deux enfants vivants bien portants. Un, mort à quatre mois. Une fausse couche de 4 mois 1/2 suivie de curettage. Les dernières règles survinrent du 17 au 5 mars 1931. Le début de la grossesse fut normal. Etat nauséeux, anorexie, constipation. Signalons des pertes blanches à partir d’un mois et demi.
Ce n’est qu’à la fin du 4° mois, que, brusquement, alors que la malade se levait de sa chaise, elle ressentit une douleur violente dans la fosse iliaque gauche et le flanc gauche. Douleur violente continue, jusqu’au lendemain, l’obligeant. à se coucher sur le côté droit. Pas de frissons. Il y aurait eu peu de fièvre. Insomnies. Pollakiurie, sans dysurie. Un médecin appelé le lendemain diagnostique « une inflamma-
tion péritonéale » d’origine appendiculaire (?). Il prescrit
SA LAr
divers médicaments, parmi lesquels la belladone. La malade remarque que ses urines sont troubles.
Le 17 juillet, son état ne s'étant pas amélioré, elle va consulter à Saint-Joseph. On ne trouve pas là de signes d’appendicite et on lui conseille de se faire hospitaliser dans une maternité. Malgré cet avis, elle rentre chez elle, mais le soir la douleur redevient plus vive, la température est à 39°9, elle vient à Tarnier.
A son entrée, à LA heures, on note : grossesse de quatre mois. Col perméable sur presque toute son étendue. Douleur vive dans le flanc gauche. Température 38%. On ordonne : lavement laudanisé. Morphine. Glace sur le côté gauche.
Admise au dortoir ; ce traitement est appliqué et continué. La douleur et la fièvre persistent.
Le 21 juillet, l'examen des urines au laboratoire n'aurait montré ni pus, ni colibacilles, et cependant les urines sont troubles. On laisse la malade au régime normal. La température d’abord aux environs de 3905-380, s’abaisse à la normale et le 28 juillet, la malade sort de la clinique Tarnier (T5 9700).
Chez elle, la température remonte à 39°. La douleur est calmée. Les nausées, l'anorexie, la constipation, la pollakiurie, les urines troubles persistent. La température oscille pour remonter progressivement mais rapidement.
Le 31 à 21 heures, la malade rentre à la Clinique Tarnier. On note : 4 mois, menace de fausse-couche, col entr'ouvert, culs-de-sac tendus. À 22 h. 45, température 3909, pouls 128. Col dur, fermé. Membranes intactes. Petites douleurs.Léger
péritonisme pelvien. À 93 heures, propidon. Glace sur le
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ventre. On la transporte à l'isolement. L'état général est
mauvais. Endolorissement généralisé. Douleurs abdomipales à droite et à gauche, céphalée, pollakiurie sans dysurine. Urines troubles dont le volume varie entre 500 à 1.500 cmc. Pas d’œdème des membres inférieurs. La température se maintient aux environs de 40, le pouls rapide atteint 120-130. Une hémoculture, pratiquée le 5 août, alors que la température atteint 409, reste négative. Le 3 août et les jours suivants, la malade accuse des phases d’amaurose. Elle voit trouble, ne voit pas de loin, distingue mal de près. Un spécialiste pratique un examen le 7, et ne note rien d’anormal au point de vue objectif ; sinon des secousses nystagmiformes en supra lévo et dextro-gyre. IL conclut : pas de lésions oculaires, amaurose vraisemblablement liée à des phases de troubles circulatoire encéphaliques.
Les traitements appliqués furent : glace sur le ventre. Régime lacto-végétarien, aspirine. Propidon le 2. Ventouses le 3 à cause d'une bronchite légère. A partir du 5, on fait du sérum physiologique sous-cutané, et de l'huile camphrée.
Le 6, on commence le sérum de Vincent (10 cmc. intraveineux), on continue l'huile camphrée, on fait du sérum physiologique par voie rectale. Le 7, même traitement,avec en plus, ro cmc. de sérum de Vincent sous-cutané,
Le 8, la température tombe à 37°. On continue le traitement, mais la température remonte aux environs de 390. Jependant, l’étai général est bon, l’amaurose a disparu.
A partir du 14, on ne fait que 10 eme. de sérum de Vincent sous-cutané.
Le 17 août, la température tombe à 3501. On cesse le
sérum, mais le soir, la température est de nouveau à 3997
NT
Le lendemain 18, on recommence le sérum, 10 CMC. sOUScutané.
La température revient rapidement à la normale le 19 et s’y maintient.
Le 23, elle est le matin à 3602, l’état général n’est pas mauvais, la malade se sent faible, anorexie. La constipation est telle que des lavements quotidiens sont nécessaires. La malade sort sur sa demande,
On la transporte chez elle où elle garde le lit. La température ne remonte pas ; au bout de quelques jours, l'appétit revient, elle mange bien.
Mais le 2 septembre, elle revient à Tarnier, la température est à 396. On note de l’ictère avec anorexie, constipation nécessitant des lavements répétés. Douleurs abdominales diffuses, continues. Contractions douloureuses dans le bas-ventre, avec ténesme anal concomitant.
On prescrit successivement, les régimes : lacté, lacto .végétarien, normal.
Le 9 septembre, un examen des urines montre la présence de pus et de colibacilles.
On recommence le sérum de Vincent dès la rentrée de la femme, le 2 septembre (10 eme. sous-cutané, puis intra-veineux). La température tend à baisser, oscille, puis s’abaisse, devient presque normale, l'état général est assez bon.
Mais le 12, l’état général s'aggrave subitement et décide de l'intervention.
En voici le compte rendu : le 19 septembre, à 10 h. 30, Césarienne vaginale chez une femme enceinte de cinq mois, présentant une pyélonéphrite grave et ayant fait des acci-
dents d’urémie dans les jours qui ont précédé. Anesthésie
SE) pl
locale à la novocaïne. Anesthésie des paramètres et des culs-de-sac antérieur et postérieur. Décollement facile de la vessie. Incision médiane postérieure profonde. Ouverture de la poche des eaux, le liquide amniotique est verdâtre mais ne répand aucune odeur. Version par manœuvres internes sur un fœtus qui se présente transversalement, et extraction par le siège de celui-ci après abaissement des deux pieds. Délivrance artificielle. Placenta inséré en arrière. Suture de la lèvre antérieure du col. Trois mèches.
La femme a, pour ainsi dire, très peu saigné (Dr° Desoubry et Suzor).
Le lendemain, on fait encore 10 cmc. de sérum, Les suites opératoires sont excellentes. La température est au-dessous de 37°. La femme se sent bien, les douleurs abdominales ont disparu. Elle est encore faible, mais l'appétit est revenu.
Les urines restent troubles. Le 21 septembre, elles contiennent encore du pus et du colibacille. Le 27 septembre,
elle sort de la clinique Tarnier, guérie.
Cette observation est très intéressante à plusieurs points de vue :
Au point de vue du diagnostic, elle montre l’erreur commise avec l’appendicite, puis avec une menace d’avortement.
Au point de vue de la symptomatologie,elle montre un mélange de symptômes dus à l’intoxication coli. bacillaire et de symptômes dus à l’intoxication gravidique. C’est cette dernière qui explique la nécessité de l'intervention.
Quant à l’amaurose, sans signes objectifs, avec