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CHAPITRE VI

Mode d'action de la pycthérapie

Le mécanisme d'action de la pyothérapie est très complexe.

De nombreuses théories ont été émises.

Celles de nos confrères Belin, Bridré et Velu, méritent de retenir notre attention.

Belin, tout d’abord, avait accordé un rôle prépondérant aux réactions vaccinales des espèces microbiennes contenues dans le pus. Il fallait, suivant lui, préférer les pyovaccins autogènes aux pyovaccins hétérogènes parce qu'ils déterminaient non pas la production d’anticorps n'ayant qu'une action de groupe non élective, mais celle d'anticorps rigoureusement spécifiques.

Cette opposition de vues entre Belin et Velu n'est qu'apparente. Nous n’en voulons comme preuve que le témoignage de M. le Professeur Vallée, lors de la discussion du mémoire Belin à la Société Centrale de Médecine vétérinaire — « La notion de spécificité

d'action qui régit si étroitement les processus de l'immunisalion est, en matière de bactériothérapie presque accessoire, le même antigène, le même médicament bactérien exerce presque indifféremment la même action bienfaisante en des espèces morbides étiologiquement distinctes. Les constatations de Belin et Velu sont, en la matière, en complet accord avec les notions depuis longtemps établies. »

« La pyothérapie n’est qu'une opothérapie extrémement active, combinée à une bactériothérapie réalisée, conformément aux dernières acquisitions de la biologie.» (BELIN, Communication personnelle.)

La non-spécificité des médicaments bactériens fait, que Bridré pense que la pyothérapie ne saurait être rattachée à la vaccinothérapie.

La pyothérapie doit son action « aux leucocytes du pus ou aux débris leucocytaires et aux produits qui en dérivent ». (BRIDRÉ.)

« Des recherches récentes, notamment celles de Policard, ont permis de préciser certains faits nouveaux et montré notamment l'importance des phénomènes de protéolyse intense qui se produisent dans les plaies infectées. Rappelons sommairement quels sont ces processus physiologiques, normaux, de défense et de réparation tissulaire. A la suite d'un traumatisme, il se produit d’abord un afflux local de polynucléaires qui se transforment bientôt en globules de pus et mettent en liberté des ferments proléolytiques. Ces ferments associés aux /ferments

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tryptiques secrétlés par les microbes assurent le nettoyage de la plaie, en activant la disparition par protéolyse des éléments mortifiés qui constituent un excellent milieu de culture ; mais ce sont les leucocytes, qui par. les protéases jouent le rôle essentiel dans ce nettoyage. À ce stade initial des plaies, il faut donc favoriser l'arrivée des leucocyles. On provoque cet afflux par divers procédés. On a essayé l’emploi des substances possédant une chimiotaxie positive et capables d'amener une leucocytose locale dans la région opérée, l'acide nucléinique (Mickulisz), le sérum chauffé (R. Petit), l'eau salée isotonique chaude (Doyen). On a proposé également toute une série de moyens ayant pour but de provoquer la leucocytose générale : l'injection de faibles doses de quinine, de certaines solutions de peptone, d’électrargol, etc. L'emploi de leucocyles comme agents thérapeutiques (Peterson, Salimbeni, Oppie) avait fait prévoir la possibilité d'enrichir notre arsenal thérapeutique.Les expériences entreprises dans celte direction ont été abandonnées sans être arrivées à un résultat définitif.

Au phénomène de nettoyage de la plaie, succède ensuite celui de son comblement et de sa fermeture, Le polynucléaire qui est avant tout une glande à ferment, une glande digestive, devient alors inutile. Il peut même à ce moment jouer un rôle désastreux. En libérant les ferments protéolytiques dans la plaie, il amène la production d’un milieu de culture ; il fait ainsi tomber la défense organique et retarde la cicatrisation. Les leucocytes polynucléaires neutrophiles

RE pe doivent céder la place aux lymphocytes, éléments réparateurs par excellence. Il faut donc alors empécher leur arrivée et provoquer l’afflux de ces derniers. « Il y a loin, on le voit, de ces notions que l'observation minutieuse de nombreux faits a permis d'établir, à l’idée du leucocyle « gendarme » qu'il importe d'appeler et de protéger » (Policard). Contre l'afflux des leucocytes, on connaît déjà quelques moyens. L’héliothérapie constitue un moyen physique précieux. Il en est un autre sur lequel il convient d'attirer l'attention. L'organisme lutte contre l'action de la protéase leucocylaire en produisant un antiferment. La résistance des tissus à l'infection microbienne est essentiellement commandée par ce pouvoir antitryptique des humeurs. Il était donc tout naturel de chercher à utiliser thérapeutiquement cette action anti.

On a employé des sérums antiprotéolytiques dans le but de modérer l’action de la protéase leucocytaire (Muller et Pæser, Kolaczelk, Jochmann, etc.).

En résumé « une notion doit se dégager, celle du rôle à la fois bienfaisant et néfaste du leucocyte. Puissant organe de digestion, il est favorable, quand des actions protéoiytiques sont utiles, par exemple, au moment de la mise au net de la plaie et dans l'arrêt des processus de gangrène. Mais, il est très nuisible à d'autres stades, celui du bourgeonnement surtout, par les actions protéolytiques qu'il détermine » (Poricarp). Une médecine logique doit favoriser le jeu des fonclions physiologiques, aider la protéolyse au début, puis la combattre ensuite,

Lee stimuler la réparation lente qui résulle de la défense organique normale ou insuflisante, ou même la provoquer, si elle tarde à se manifester. Après avoir facilité le nettoyage de la plaie par les polynucléaires, elle doit en activer la réparalion par les lymphocytes.

La pyothérapie semble bien remplir ces indications. Pendant les phases négatives la réaction inflammatoire périphérique devient intense ; le sillon disjoncteur se forme plus rapidement, les tissus nécrosés s'éliminent plus facilement grâce à l'augmentation de la suppuration ; l'intervention chirurgicale devient plus aisée, la plaie se netloie parfois sans délabrements inutiles.

Durant les phases positives la cicatrisation se produit presque sans suppuration, avec une rapidité et une régularité qui étonnent. Le traitement antiseptique local devient presque accessoire. » (VELU.)

Velu a étudié les variations leucocytaires qu’entraîne, chez les animaux atteints de lymphangite épizootique, le traitement par la pyothérapie polyvalente intraveineuse pratiquée d’après les règles indiquées ci-dessus. « Cette étude ne nous a pas permis d'expliquer tous les heureux effets de la pyothérapie, mais elle nous a permis de constater, dit Velu :

a) Que les phases négatives intenses correspondent à la polynucléose neutrophile ;

b) Que les phases posilives correspondent à l'hyperlymphocytose. » Velu conclut :

« Nous pouvons donc admeltre que, en dehors des réactions probablement très complexes qu’il

doit produire, le pus « stérilisé » agil comme un leuco-stimulant, en provoquant des modifications sanguines qui favorisent l’action locale des polynucléaires et accélèrent, grâce aux lymphocytes, la réparation des lésions libres d'agents pyogènes.

Ïl serait extrêmement intéressant de reprendre ces recherches en ce qui concerne la thérapeutique des plaies banales et d'étudier parallèlement les variations du pouvoir antiprotéolytique du sérum sanguin au cours de la pyothérapie.

Il'est, en effet, tout à fait logique de supposer que l'introduction dans l'organisme de débris leucocytaires ou de leurs sécrétions entraîne la production d'anticorps susceptibles de contrarier l’action physiologique des polynucléaires. »

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